Les délibérations d’hier de la National Energy Commission (NEC), sous la présidence de Dev Manraj, Senior Adviser au Prime Minister’s Office, se sont déroulées dans une ambiance de haute tension. La principale cause de cette passe d’armes entre les membres de la NEC était l’Integrated Energy Plan 2013/2022 du Central Electricity Board, dont le lancement officiel était intervenu hier matin. Sous la pression des représentants de la Platform Sitoyen, dont le syndicaliste Rashid Imrith, la NEC a statué que les projets de construction de centrales thermiques pour les dix prochaines années, soit le CT Power de 100 MW et les deux autres centrales de 50 MW chacune, sont dorénavant placés sous la tutelle de cette instance. Lors des prochaines séances de travail, la Platform Sitoyen compte remettre en question et dénoncer, avec chiffres à l’appui, les hypothèses du CEB pour justifier la construction de nouvelles centrales à charbon.
Devant la levée de boucliers au tout début de la réunion, la présidence de la NEC a dû se plier aux exigences des membres à l’effet que le CEB, en publiant l’Integrated Energy Plan 2013/2022, s’est inscrit en porte-à-faux avec le mandat formel de la commission Manraj. La principale attribution de cette instance, instituée suite à une décision du conseil des ministres, est de revoir toute la politique énergétique du pays et de soumettre des recommandations subséquentes au gouvernement sur les principales orientations.
Des représentants de la Platform Sitoyen ont stigmatisé la démarche du CEB, présentée comme « un fait accompli imposé à la NEC ». Les représentants du CEB ont tenté de faire comprendre que l’élaboration de ce plan intégré pour les dix ans à venir avait été initiée bien avant le démarrage des consultations de la commission Manraj. En vue d’apporter des précisions nécessaires et d’atténuer tout antagonisme entre membres, la NEC a émis un communiqué officiel pour rappeler au CEB qu’il ne pourra pas entamer la réalisation des projets de centrales thermiques envisagés à l’Ouest sans examen préalable des dossiers par la commission nationale de l’énergie.
« The Nation Energy Commission, at its meeting of Tuesday 19 February 2013, has taken note that the Integrated Electricity Plan 2013/2022, has been released by the CEB today. In accordance with its mandate, the Commission will examine the contents of the Plan and subsequently advise government thereon », note cette communication officielle émise après la réunion d’hier après-midi.
Les aspects majeurs de l’Integrated Electricity Plan sont la construction de trois centrales thermiques à charbon d’une capacité globale de 200 MW, dont CT Power de 100 MW et deux autres de 50 MW dans la région ouest. Au cours des dix ans à venir, le CEB prévoit des investissements de Rs 18 milliards dans le secteur de l’énergie, dont Rs 13 md venant du privé. Rs 5 md devront être consacrées à l’exploitation des sources d’énergies nouvelles et renouvelables au cours de la même période (voir détails plus loin).
Ashok Subron, un des animateurs de Rezistans & Alternativ, se félicite de la décision de la NEC de remettre en perspective les attributions de la Commission. « Il est regrettable de le dire mais le CEB ne fait qu’agir en tant que courtier des intérêts privés au lieu d’assumer ses responsabilités et son rôle en tant qu’institution publique dans le cadre de la politique énergétique. Le CEB veut par tous les moyens causer une véritable psychose dans le pays en brandissant la menace de black-out au lieu de remettre en cause les contrats des Independent Power Producers (IPPs) », a-t-il soutenu.
Lors des prochaines réunions de la NEC, les représentants de la Platform Sitoyen comptent revenir à la charge en contestant les hypothèses établies par le CEB pour justifier les projets de construction de nouvelles centrales thermiques à charbon. Dans un premier document présenté à la NEC par Yan Hookoomsing, scientifique de CARES, la Platform Sitoyen avait déjà donné le ton lors de la première réunion.
« It is worth nothing here that CEB’s forecasts of annual peak demands (MW) and energy (GWh) were persistently higher — by up to 14 % of actual values. One only has to compare the forecast values in the Outline of Energy Policy 2007-2025 for 2006-2013 and the actual values 2006-2012 from CEB/Statistics Mauritius data. For instance, the forecast for 2007 was 382 MW of peak power but it turned out eventually that the figure in 2007 was in truth 367.6 MW for Mauritius + 5.9 MW for Rodrigues = 373.5 MW. In 2010, the forecast was 437 MW and the actual figure finally was 410.2 MW, i.e well below. In 2011, again another substantial gap : 456 MW in forecast and 418.9 MW in reality », a avancé la Platform Sitoyen, qui est d’avis qu’il faut se garder de tomber dans le piège du CEB.
« In short, there is no emergency upon us. We can take the time to decide on our long-term sustainable energy future. We do not need CT Power and we need to move away from coal. We have until the end of 2014 to decide on what kind of new electricity plants we need and 3 more years after that to build them », affirme Yan Hookoomsing.
Du côté du CEB, cette analyse de la part de la Platform Sitoyen est considérée comme étant « tre amater » vu que des paramètres majeurs n’ont pas fait partie de cette Energy Matrix. Les représentants du CEB se disent confiants de pouvoir justifier devant la National Energy Commission les hypothèses contenues dans l’Integrated Energy Plan.