Éric Mangar, manager du Mouvement Autosuffisance Alimentaire (MAA), trouve que le plan stratégique agricole 2016/2020 présenté cette semaine par le ministre Mahen Seeruttun contient plusieurs éléments positifs mais aussi des contraintes auxquelles il est difficile pour un petit pays comme Maurice de faire face. « Je constate aussi que chaque ministre vient présenter son plan stratégique pour l’agriculture mais la majeure partie des projets annoncés ne sont pas implémentés. J’espère que celui-ci réussira », dit-il.
Éric Mangar retient deux éléments positifs : le ministre compte revoir la Veterinary Act et construire un nouvel abattoir aux normes européennes. Le premier, selon lui, est très important pour la santé animale. « Si on perd une vache, c’est Rs 100 000 qui partent. Je pense que cette loi devrait accorder plus d’autonomie aux petits éleveurs pour les faire devenir des professionnels au niveau de la santé animale. Il faut aussi permettre aux vétérinaires d’être attachés aux sociétés coopératives d’élevage pour que le travail soit bien fait », explique-t-il, avant d’estimer que si on veut augmenter la production de lait par 10 %, il nous faut importer 6 000 vaches d’Afrique du Sud et en outre avoir un breeding programme à Maurice. Pour ce qui est du nouvel abattoir, il estime que Maurice aurait dû, depuis longtemps, s’équiper d’une telle structure aux normes européennes. « Grâce à cet abattoir, on pourra exporter de la viande de cerf vers la région ou même vers les pays européens. Ce qu’on ne peut pas faire actuellement », fait-il ressortir.
S’agissant de la production laitière, Éric Mangar estime que beaucoup de travail a déjà été abattu dans le passé dans ce secteur, mais que celui-ci ne décolle toujours pas « pour la bonne et simple raison que la nourriture animale est importée et coûte très cher ». « Augmenter la production de lait n’est pas une mince affaire à Maurice car les vaches qui sont de gros animaux consomment beaucoup de nourriture. C’est sur ce plan que la recherche doit intervenir pour trouver des alternatives sur le plan local afin de pouvoir nourrir ces vaches, avec du pâturage, du fourrage qu’on doit cultiver à Maurice », souligne notre interlocuteur. Selon lui, « il nous faut travailler dur si on veut augmenter la production laitière et aussi celle de la viande bovine ».
Le manager de la MAA déplore, par ailleurs, l’abandon des terres par de nombreux agriculteurs et son utilisation à d’autres fins. Citant les statistiques officielles, il indique qu’environ 20 000 hectares sous culture de canne à sucre et de culture vivrière ont été réquisitionnés ces dernières années pour la construction des infrastructures et autres. « On veut faire du bio, il nous faut commencer par analyser nos terres qui sont très affectées par les fertilisants chimiques », déclare-t-il.
Pour que ce plan stratégique puisse être implémenté, Éric Mangar estime qu’il faut évaluer les ressources qui sont disponibles au niveau du ministère de l’Agro-industrie. « On manque de ressources dans ce ministère. Il faut aussi de nouvelles têtes avec de nouvelles idées qui peuvent implémenter ce plan stratégique pour qu’on obtienne les résultats escomptés. Si nous continuons avec le même système, les mêmes personnes avec la même mentalité, ce nouveau plan ne bougera pas », estime-t-il. Selon lui, les anciens plans stratégiques n’ont pu être implémentés à cause de ce problème. Il estime aussi que le ministère doit travailler de concert avec les petits producteurs qui luttent pour leur survie et le secteur privé en vue de faire avancer la cause agricole.