La première audition par la National Energy Commission, présidée par Dev Manraj, Senior Adviser au Prime Minister’s Office, des promoteurs de CT Power cet après-midi pourrait faire remonter à la surface les « relations incestueuses » entre le Central Electricity Board et cet opérateur dans le secteur énergétique. En effet, des membres de la Commission Manraj s’apprêtent à contester la présence des représentants du CEB sur le panel pour la présentation de la centrale de 100 MW à Pointe-aux-Caves, Albion.
Avec une prise de participation à hauteur de 26 % dans l’actionnariat de CT Power, le CEB se retrouve dans la position délicate de juge et partie dans l’évaluation de ce projet de centrale à charbon d’autant plus que le General Manager de cette institution, Shiam Thannoo, qui siège sur la National Energy Commission (NEC), fait également partie du conseil d’administration de CT Power Mauritius. La séance de travail de cet après-midi risque d’être aussi houleuse que celle de mardi si les représentants du Kolektif pu Lenerzi Renouvelab décident de faire valoir leurs points de vue.
« Avec l’audition des promoteurs de CT Power de cet après-midi, les représentants du CEB porteront pas deux chapeaux mais bien trois, soit celui du CEB, de partenaire de CT Power et de membre de la NEC. La logique voudrait que le rôle et les responsabilités du CEB soient réglés une fois pour toute. Cette institution ne peut continuer à être juge et partie en même temps sur le projet de centrale électrique de Pointe-aux-Caves », souligne-t-on dans les milieux du Kolektif pu Lernerzi Renouvelab en prévision de la séance de travail du jour.
Le problème de la position de conflits d’intérêts dans la mise à exécution du projet de centrale d’Albion se posera dans toute son acuité par rapport à la clause 16 des conditions de l’Environmental Impact Assessment (EIA) Licence émise par le ministère de l’Environnement à la fin de janvier dernier. Cette condition impose au CEB, un actionnaire du projet, d’avaliser le design technique du projet présenté par CT Power avec le CEB comme actionnaire. D’aucuns affirment que si des mesures de précaution ne sont pas prises, le CEB pourrait s’exposer à des risques de conflits d’intérêts sous la Prevention of Corruption Act avec l’Independent Commission Against Corruption initiant une enquête.
Néanmoins, la situation du CEB pourrait se décanter avec le Legal Advice sollicité auprès du State Law Office par la National Energy Commission quant à la présence des représentants du CEB sur cette commission au vu de son engagement financier aux côtés de CT Power. Les commentaires du State Law Office devraient permettre de dégager les lignes de démarcation dans le respect de la bonne gouvernance.
Avec le démarrage cet après-midi de la présentation du projet de centrale thermique à charbon d’Albion, des membres de la commission Manraj cachent difficilement leur impatience pour interroger les promoteurs de CT Power sur le projet. L’un des aspects qui devra retenir l’attention concerne les conditions imposées à la clause 15 de l’EIA Licence. Cette clause stipule que les promoteurs doivent faire au préalable la démonstration de leurs capacités financières pendant toute la durée d’exécution du projet, soit des garanties bancaires variant entre Rs 6 milliards et Rs 8 milliards.
La NEC a déjà fait de cette clause 15 une condition sine qua non pour enclencher des procédures. Le CEB est également en présence des directives de cette instance soulignant que dans l’absence des détails de ces garanties financières, il devra s’abstenir de contracter des engagements formels ou encore de signer des accords avec CT Power pour le démarrage du projet sur le chantier de Pointe-aux-Caves.
La séance du jour et les prochaines risquent de se dérouler sous haute tension comme celle de mardi dernier où le représentant du CEB aurait dérapé face à un des membres de la NEC, qui avait osé soulever des inconsistencies de fond entre les détails de l’Energy Intergrated Plan 2013-2022 et la projection Micro-Point devant la commission.