À Maurice, la planification familiale avait été décidée et mise en place pour réguler les naissances. De nos jours, elle est devenue un atout pour conduire à plus de stabilité dans les familles. Vidya Charan, directrice exécutive de la Mauritius Family Planning Association (MFPA), et Jacqueline Le Blanc, directrice de l’Action Familiale (AF), nous en parlent.
“La planification familiale a un rôle important au sein d’un couple. Elle permet de planifier une grossesse et sert à mieux gérer la santé sexuelle et reproductive”, souligne Vidya Charan. Au début, le contrôle des naissances avait été mis sur pied pour diminuer le nombre d’enfants par famille. Aujourd’hui, il faut tenir compte d’autres facteurs qui sont liés aux problèmes de santé et de reproduction : VIH/sida, violence conjugale et domestique, grossesses précoces, infections sexuellement transmissibles (IST), maladies non transmissibles…
Avantages.
“Avant, il fallait faire comprendre aux couples l’importance d’espacer les naissances pour la santé des mamans, et également parce que cela engendre des dépenses financières supplémentaires”, confie Jacqueline Le Blanc. Lorsque les naissances sont espacées, chaque enfant peut bénéficier d’un meilleur encadrement.
Tous les couples devraient se sentir concernés par les programmes de planification familiale, soulignent nos interlocutrices. “Maurice était à une époque une nation pauvre. Nous sommes aujourd’hui un pays nouvellement industrialisé. Il y a certaines réalités auxquelles nous devons faire face. La planification familiale doit soutenir le développement et aider les plus vulnérables”, argumente Vidya Charan.
Quelle que soit la méthode de planification familiale choisie, naturelle ou scientifique, elle contribue à resserrer des liens dans le couple, affirment Jacqueline Le Blanc et Vidya Charan. Un couple adopte une méthode de contraception par consentement mutuel et les deux conjoints sont sollicités pour des explications et des conseils.
Vidya Charan précise qu’une bonne planification permet aux époux de mieux gérer leurs carrières professionnelles et d’accorder plus de temps à chaque enfant, si le couple en a plusieurs.
Réticence.
L’Action Familiale propose des méthodes de contraceptions naturelles et les programmes sont acceptés sans trop de difficultés, admet Jacqueline Le Blanc. Mais cela ne semble pas être le cas à la MFPA. Vidya Charan déplore le manque d’intérêt autour de cette question. “Nous notons une réelle réticence due à l’ignorance et nous devons la combattre. Certaines personnes ne se sentent concernées que lorsqu’elles sont confrontées à une grossesse non désirée.” Elle précise que le programme de planification familiale doit concerner aussi bien la femme que l’homme. “Notre défi est de faire comprendre cela. Il y a des gens qui connaissent nos services mais qui n’en profitent pas.”
Selon un rapport de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), il y aurait environ 200 millions de couples dans les pays en développement qui souhaitent différer le moment d’avoir un enfant ou de ne plus en avoir, mais qui n’utilisent pas de moyens de contraception. Jacqueline Le Blanc et Vidya Charan notent qu’en dépit de la contribution de leur organisation respective à une fécondité et une parenté responsable et malgré leur présence sur le terrain, le nombre de personnes sollicitant leur service n’a guère évolué. Selon la directrice de la MFPA, certains ont toujours une fertilité élevée et d’autres ont des comportements à risques, malgré les campagnes d’information et de formation. “Certaines personnes n’accordent pas l’attention voulue à leur santé sexuelle et reproductive.”
Nécessité.
La MFPA accentue ses interventions chez les groupes les plus vulnérables en raison de leurs conditions de vie précaires. “Beaucoup de personnes ne peuvent pas se payer les services d’une clinique privée. Elles s’adressent à nous”, souligne Vidya Charan. Afin d’atteindre un maximum de gens, la MFPA est en étroite collaboration avec les travailleurs sociaux dans les quartiers. Selon notre interlocutrice, il y a une autre approche à développer pour qu’ils aient une meilleure qualité de vie.
À l’AF, il n’y a pas de ciblage particulier : l’organisation estime que tous les couples doivent se sentir concernés par les programmes de planification familiale. “Nous touchons toutes les couches sociales et tous les groupes ethniques. Nous allons vers les plus pauvres, mais nous ne mettons pas forcément l’accent sur les groupes vulnérables”, confie Jacqueline Le Blanc.
En dépit de la présence des deux organisations sur le terrain, il est difficile de toucher tout le monde. Sur la vingtaine de personnes sensibilisées dans les centres de santé, seulement un quart va solliciter les conseils de l’AF, déplore Jacqueline Le Blanc. Vidya Charan précise, pour sa part : “Nous faisons ce que nous pouvons avec les moyens que nous avons.”