Metro Express (ME) ou drains, se demandent beaucoup de Mauriciens. Road Decongestion Programme (RCP) sans système de drains adéquat, s’inquiètent d’autres. Ce n’est pas aussi simpliste que ça, diront certains. Mais quand le gouvernement fait les deux (ME et RCP) en parallèle sans, au vu des récentes inondations, un système de land drainage adéquat, nous Mauriciens nous nous demandons à quoi sert le système de pilotage de ce pays. Et quand on voit la détresse de tellement de nos concitoyens à chaque épisode de pluies de forte intensité de courte durée, caractéristiques du changement climatique, on est en droit de se demander si un fast-tracking des Rs 20 milliards de l’aide indienne dans la mise en œuvre d’un plan directeur efficace pour le land drainage n’aurait pas été plus utile. Cette mise en œuvre à échelle nationale demanderait en effet la mobilisation de ressources financières conséquentes. Car il ne s’agit pas seulement de construire des drains dans les localités habitées mais il faut aussi canaliser l’eau de ces drains vers des exutoires tels que rivières et mer. Ceci ne sera pas possible sans un plan d’aménagement du territoire pour un développement durable.
Des rapports sur le changement climatique à Maurice font clairement référence au besoin d’un plan d’aménagement du territoire. Tant que le pays n’aura pas intégré ce principe de base, ce sera latizann apre lamor mem. Il existe des solutions durables et efficaces qui intègrent la nature dans la prévention des inondations, que ce soit sur le littoral ou à l’intérieur des terres.

Selon le dernier budget, des fonds seraient disponibles pour le land drainage sous la rubrique de l’adaptation aux effets du changement climatique, mais où en est la Land Drainage Authority avec le plan directeur qu’il a la responsabilité de préparer ? Rappelons toutefois qu’il existe, entre autres, le rapport Gibbs de 2003 pour le compte de la Water Resources Unit qui ne demanderait peut-être qu’une mise à jour. Où ont été utilisées les Rs 965 millions earmarked pour le Flood Management Programme 2018/19 jusqu’ici (i) ? Pourquoi des rapports et des plans tels le Disaster Risk Reduction Strategic Framework and Action Plan et les cartes des drains naturels (natural drain maps) ne sont-ils pas facilement accessibles au public ? Et entre-temps, que font les propriétaires fonciers, surtout les grands, pour s’assurer que leurs projets immobiliers et les drains naturels bloqués lors de travaux préparatoires des champs pour la mécanisation n’aggravent pas la situation ? Des wetlands, surtout dans le nord où la situation est déjà critique, ne sont pas à l’abri de comblement. Que font les municipalités et district councils pour faire appliquer la loi et les règlements en matière de drains, de constructions, et de comblement de wetlands ? Et surtout, que fait le ministère des Terres et du Logement qui a la responsabilité de l’aménagement du territoire ? Ce qui tient lieu de plan d’aménagement du territoire à Maurice, la National Development Strategy (NDS), devrait avoir fait l’objet d’une révision de mi-parcours en 2013. En 2016, ce ministère avait annoncé le recrutement de consultants pour cette révision. Et depuis, plus rien.
Et ce dimanche 17 février, un énième triste spectacle d’eaux en furie, de maisons inondées, de rues transformées en rivière, de ronds-points submergés, et de scènes de détresse et de désarroi chez des familles de condition modeste. En décembre dernier, le village de Cottage était traversé par un torrent de boue, semant désolation sur son passage. Un titre de presse avait alors mentionné la construction d’un bassin de rétention dans des champs de canne en amont.
Une lueur d’espoir ? Le land drainage master plan adopterait-il comme ligne directrice le Sustainable Urban Drainage System (suds) pour la gestion des eaux pluviales ? Le principe des bassins de rétention n’est pas exclusif au suds, mais il en est un des éléments. La ligne directrice des suds est d’imiter la nature dans sa capacité à gérer l’absorption et la canalisation des eaux pluviales. Elle fait entrer en jeu des arbres et autres plantes, des rigoles naturelles, des bassins de rétention/décantation et des wetlands artificiels. À l’échelle régionale et nationale, ce genre de système ne se cantonne pas à un village ou une ville, mais s’étend pour faire en sorte que l’eau drainée dans ces agglomérations n’aille pas inonder des localités ailleurs et n’atteigne pas la mer avant d’être débarrassée d’un surplus de sédiments (boues) et autres polluants comme on le voit actuellement.
Mais pour que le principe suds puisse être intégré à un véritable plan d’aménagement du territoire, il faut avoir la volonté d’inclure la nature dans le « développement » au lieu de l’exclure. On ne parle pas là de gimik pou fer zoli dan diskour sur le développement durable mais d’une vraie intégration du principe. Où sont les décideurs politiques et économiques qui sont prêts à le faire ?

i) Public Sector Investment Programme 2018/19 – 2022/23. http://budget.mof.govmu.org/budget2018-19/2018_19PSIP2018-2023.pdf