Du fait des deux procès en attente, le Leading Counsel du panel d’avocats de la plateforme No to New Id Card, Me Sanjeev Teeluckdharry, lance un appel au public pour qu’il attende la décision de la Cour suprême avant d’entamer les procédures d’enregistrement en vue d’obtenir la nouvelle carte d’identité biométrique.
Alors que l’étape de l’enregistrement des données des citoyens a entamé un nouveau tournant depuis le 1er décembre dernier, avec les 23 à 44 ans, le mot d’ordre à la population de Me Sanjeev Teeluckdharry, qui tenait un point de presse dans son cabinet lundi après-midi, était de « think well ». « Attendez la décision de la cour », a-t-il dit, faisant principalement référence au main case logé par Rajah Madhewoo, un des membres de la Plateforme No to New ID Card et dont la prochaine date a été fixée au 21 janvier prochain. « Cette carte représente un grand danger pour la démocratie », a affirmé l’avocat, qui met en garde contre les « dérives d’une île Maurice à la Big Brother » avec l’informatisation graduelle de tous les systèmes, dont le prochain système de vote électronique et la nouvelle carte d’identité biométrique, soulignant les possibles « abus » qui peuvent en découler.
Outre la « transgression des droits fondamentaux » du citoyen, qui doit obligatoirement soumettre ses empreintes digitales – ce qui constitue, selon l’avocat, un « traitement inhumain et dégradant » –, les craintes de ce dernier sont dirigées vers l’utilisation « incontrôlées et abusives » de ces données par les autorités dans le futur. « Zot pas realize ki kalite razwar la police pou mette are zot. Est-il prudent d’encoder autant de données sensibles sur une carte d’identité ? Quelles garanties avons-nous concernant la sécurité et l’invasion des systèmes informatiques par des hackers ? », s’interroge Me Sanjeev Teeluckdharry.
L’homme de loi ne mâche pas ses mots, estimant que le gouvernement est « arrogant » et n’a « aucun respect pour le judiciaire », l’exercice d’enregistrement et de conversion des données des citoyens se poursuivant malgré les deux procès intentés par la plateforme citoyenne. Le Leading Counsel du panel d’hommes de loi – composé de Me Erickson Mooneapillay et de Me Kaviraj Bokhoree, avoué – dit regretter que le gouvernement n’ait pas attendu les décisions de la Cour suprême pour aller de l’avant avec les procédures d’enregistrement.
Saluant l’action citoyenne de la plateforme No to New Id Card, Me Teeluckdharry a par ailleurs dénoncé le « manque de réflexion » autour de ce projet de nouvelle carte d’identité. « Pourquoi un tel empressement du gouvernement ? Eski zot konsilte zot mandant ek la populasyon pou gayne zot lavi, surtout pou ene proze ki coute autan cass a l’Etat ? Quelle est l’urgence d’un pareil projet alors que la pauvreté ne cesse de gagner du terrain à Maurice ? » questionne ce dernier.
À ses côtés, Rajah Madhewoo a pour sa part dénoncé le fait de rendre obligatoire la soumission d’empreintes digitales lors des procédures et a affirmé que « la démocratie est menacée ». Celui-ci a également commenté les facilités mises à la disposition des juges et magistrats de la Cour suprême pour s’enregistrer pour la nouvelle carte d’identité. « Quelle impartialité ? Ce sont ces mêmes juges qui vont devoir trancher dans le cadre de mon procès », s’interroge Rajah Madhewoo. Rebondissant sur ce point, Me Sanjeev Teeluckdharry devait ajouter que cet élément représente un argument de poids pour toute forme de contestation du projet d’un point de vue légal. « Nou pou ena ene rezon pou challenge zot », a-t-il déclaré.
Rajah Madhewoo a, pour rappel, intenté un procès à l’État et au ministère des Technologies de l’information et de la communication pour réclamer l’arrêt de toutes les procédures concernant la nouvelle carte d’identité, s’appuyant sur le fait que cette nouvelle carte « enfreint les libertés fondamentales de l’individu », notamment le droit à la liberté et à la vie privée. L’autre affaire en attente concerne l’appel au rejet de la demande injonction de la même plateforme.