Ce joyau culturel que fut le Plaza avec sa splendide caractéristique spacieuse, sa fosse d’orchestre et une sonorité acoustique de qualité, aussi bien que cet autre bijou que fut cet élégant théâtre de Port Louis, avec les mêmes aménités structurelles théâtrales, quoique d’espace moindre, ont été affreusement enlaidis par les négligences de certains responsables et employés de ces deux municipalités, pourtant dotées, semble-t-il, de budgets faramineux pour l’entretien de ces glorieux centres de patrimoine culturel. Tout laisse deviner que par une apparente méconnaissance de l’art et de la grande valeur de leur paysage culturel, ces deux temples artistiques, historiquement uniques et précieux par leur beauté dans cette région des Mascareignes, ont agonisé faute de maintenance, qui pourtant était du ressort de ces municipalités. Je conçois cela comme un acte criminel malgré le fait que les dits responsables ont toujours essayé d’invoquer l’inacceptable raison que ces deux magnifiques édifices de culture n’aient subi inévitablement que les outrages du temps. Fallacieux prétexte pour qu’on n’affiche pas au grand jour leur affreuse négligence et une faillite abominable d’un manque de professionnalisme pour la bonne maintenance de ces grandioses temples artistiques. D’autre part, on peut bien supposer qu’il existait bel et bien un portefeuille ministériel des arts et de la culture, probablement que de nom seulement, et qui ne se souciait nullement de cette tragédie dramatiquement scandaleuse.
La restauration proposée par des comités où siégèrent apparemment de grands connaisseurs en la matière pour faire revivre ces deux théâtres dans les plus brefs délais, ne semble pas jusqu’à maintenant être en voie de concrétisation malgré sa mise en chantier. Les amateurs de pièces théâtrales, qu’il s’agit d’opéras, d’opéras comiques, d’opérettes et autres prestations de comédies musicales ou de productions culturelles, qui ont attendu impatiemment qu’elles redeviennent disponibles avec une fonctionnalité complète, désespèrent de plus en plus quoique depuis des lustres d’importantes aides financières des amoureux de l’art lyrique du pays aussi bien que de pays amis ne semblent avoir été qu’une louable entreprise sans lendemain puisque caracolant difficilement. Peut-on bien se demander où en est toute l’affaire ?
Ces deux grands temples du théâtre, conçus dans le passé par des professionnels étrangers, amoureux du beau, et dotés de caractéristiques structurelles et esthétiques essentielles d’une vibrante sonorisation parfaite, procurant un excellent confort auditif et visuel d’un bon théâtre, furent surtout les répliques des théâtres du monde artistique italien et français où la culture musicale et théâtrale eut toujours préséance sur d’autres activités sociales. Ces hauts temples de l’art, presque toujours bondés dans le passé, ravissaient des générations du pays par ces diverses productions théâtrales d’artistes étrangers de renom et même de l’opéra de Paris aussi bien que des nôtres, parmi lesquels de très talentueux réussirent avec brio une mise en scène impeccable des oeuvres de grande tenue et de magistrale envergure culturelle qui furent des moments de pur bonheur et de suavité extrême qu’on délectait avidement. Sous ses voûtes enchanteresses, ce furent des moments délicieux et inoubliables de prestations glorieuses aux muses de la culture et de l’art vers qui s’empressèrent toutes les ethnies passionnées du beau, de la culture, de l’élégance et de l’art qui jalonnèrent suavement toute notre vie mauricienne des grands jours passés.
La grande famille Duvergé
Un tableau réaliste de ces heures passées dans une communion amoureuse du chant, de la musique et de l’audience émerveillée, se situait dans ces temples de suprême qualité artistique où je fis mes premiers pas dans la grande efflorescence de l’art lyrique et des envolées orchestrales. Quelle chance inouïe me fut alors donnée d’y goûter à l’orchestre, en tant que violoniste, clarinettiste ou pianiste, sous la direction de divers grands chefs d’orchestre français. J’eus la grande joie après d’y exercer ma profession de chef d’orchestre après des études approfondies. Sous ma direction y excellaient alors dans le répertoire théâtral de nombreux artistes locaux et étrangers de l’opéra de Paris et de Londres, exprimant la vie dans sa plénitude artistique. Ce fut un monde mythique créé par de prestigieux artistes qui y prêtaient leur vibrant potentiel de bel canto et qui s’exprimaient avec talent et prestige comme voulant dépasser l’ébauche d’une société avide du beau pour exprimer un symbolisme d’universalité. L’assistance envoûtée et enivrée de ces vertus auditives et visuelles, se laissait bercer par les exquises tessitures adorables et de pur cristal des différents répertoires de tous ces virtuoses du bel canto et de jeux scéniques impeccables. Comment ne pas se remémorer ces instants sublimes de ces opérettes si artistiquement montées et interprétées par la grande famille Duvergé ? Il ne faudrait surtout pas oublier la grande et prestigieuse Chorale Œcuménique, malheureusement disparue aujourd’hui, qui interpréta avec magnificence et maîtrise de grandes oeuvres classiques et religieuses avec le support professionnel de l’orchestre de la Police sous ma direction. Ce furent de grands moments de pur régal comme des gerbes de culture et d’art évoluant dans les décors de ce grand artiste, peintre décorateur, que fut Serge Constantin.
J’eus aussi la bonne étoile de faire raviver d’autres avenues artistiques, combien mystérieuses et délicieuses d’oeuvres musicales et littéraires qu’on délectait – comme pour la Traviata, Le Pays du Sourire, les Pêcheurs de Perles, le Barbier de Séville et bien d’autres, toutes truffées de superbes mises en scène et d’inoubliables interprétations théâtrales lors de soirées culturelles exceptionnelles. Peut-on bien se demander si le musée, précieux souvenir par excellence des artistes étrangers et locaux de renom qui ennoblirent les grands jours du Plaza, qui se trouvait à l’arrière, près des loges des artistes, ne se trouve pas jeté dans les déchets d’une inconsciente poubelle ?
A un moment où à Maurice la musique savante bascule trop souvent vers une exagération folklorique de musique populaire qui insidieusement ne peut que nous accabler de choses pas si attrayantes, pourquoi ne pas faire de Rose Hill la cité de l’art et de la culture qui pourrait se mettre en place tout autour du Plaza, dans sa cour très spacieuse, par de bonnes écoles de chant, d’émulation poétique, de danse, de musique, d’harmonie et surtout d’apprentissage orchestral – mais certainement pas, sans aucune méchante critique, comme celui du conservatoire ? Sans aucune impertinence démotivante, ni méchanceté ou arrière-pensée malicieuse, ce n’est qu’une observation constructive car ne serait-il pas plutôt fantastique de transmettre à cette nouvelle génération de vraies belles choses merveilleuses et leur apprendre le sens du « beau » et non du « bluff » ? Faudrait-il encore continuer après un long quart de siècle, qu’un amateurisme fallacieux et artificieux puisse vouloir, soutenu tacitement par le laisser-aller et l’apparente apathie culturelle des autorités, nous embobiner, et nos jeunes avec,