Les nouvelles règles qu’a imposées la Tourism Authority (TA), qui seront en vigueur le 1er novembre prochain pour réglementer l’activité de dolphin watching et de nage avec les dauphins, sont loin de faire l’unanimité au sein de la Federation of Pleasure Craft Operators, qui regroupe une quinzaine d’associations de plaisanciers. La fédération s’oppose à l’activité de nage avec les dauphins. L’intervention urgente du Premier ministre est par ailleurs réclamée sur ce dossier, qui suscite d’autres contestations comme les différents frais réclamés aux opérateurs.
Karl Lamarque, secrétaire et porte-parole de la Federation of Pleasure Craft Operators, estime que ces règlements ne protègent pas les dauphins et n’assurent pas la sécurité des clients. Ils comportent certains éléments qui le font douter du bien-fondé de cette démarche, dit-il. Celle-ci spécifie en effet que « no person shall provide the activity of dolphin and whale watching against payment of a fee unless he is the holder of a licence in respect of the activity of dolphin and whale watching, the pleasure craft used to carry out the activity is operated by a skipper who holds a certificate […] ». Un label devra être apposé dans un endroit visible pour indiquer que le bateau en question est autorisé par les autorités à faire du dolphin watching and whale watching. De plus, pour permettre la nage avec les dauphins, un permis spécial sera requis.
La Federation of Pleasure Craft Operators s’oppose à l’activité de nage avec les dauphins car la pollution sonore occasionnée ne fera que stresser ces mammifères. Les bateaux tendent à s’engager dans une course pour aller déposer leurs clients le plus vite et le plus près des dauphins, souligne Karl Lamarque. Dans les amendements, une période spécifique a été décidée pour la nage avec les dauphins, soit entre 6 h et 9 h. Ce qui résultera en un « embouteillage monstre » parce que tous les bateaux seront contraints de se déplacer durant cette tranche d’heure, dit Karl Lamarque. « Sa pou gate partout, li enn danze pou dauphins, danze pou clients, client pas pou satisfait, activité kapav tomber enn sel kout. En pratique, ce sera très difficile de faire respecter les règlements selon l’activité de nage avec les dauphins ».
Pour des questions de sécurité, dit Karl Lamarque, la nage avec les dauphins devrait être découragée car lorsque le mammifère attend des petits, il peut devenir agressif ; un dauphin sautant avec toute sa vigueur peut blesser un nageur. Il soutient de plus qu’un nageur en eau profonde a des risques de se retrouver en difficulté. « Pour des raisons de sécurité et de tranquillité, la nage avec les dauphins n’est pas une bonne chose. Dans beaucoup de pays, il est d’ailleurs défendu de nager avec les dauphins », souligne Karl Lamarque, catégorique sur le fait qu’il faut les protéger.
Le dolphin watching est une activité qui a pris de l’ampleur depuis une dizaine d’années à Maurice et les sorties en bateau, près de l’habitat de ces mammifères, ont augmenté. D’où les règlements pour cette activité qui impliquent, entre autres, le respect des pratiques d’observation, les distances à maintenir avec ces mammifères et les conduites à adopter en leur présence. La Mauritius Marine Conservation Society (MMCS), qui oeuvre pour l’éducation et la préservation de l’environnement marin depuis plus de 25 ans, a présenté une étude il y a trois ans pour mesurer l’impact sur les dauphins et définir si le dolphin watching menace leur population, et  si oui de quelle manière. Une étude scientifique relative à ces activités au large de Maurice, dans la région ouest (allant du Morne à Flic-en-Flac), présentée en mai 2009, a démontré que cette activité, telle qu’elle était pratiquée à l’époque, affectait grandement le comportement des dauphins. La MMCS avait alors tiré la sonnette d’alarme auprès des autorités concernées, plaidant que cette activité devait être régulée afin de protéger ces mammifères. L’organisme craignait un déclin progressif de la population de deux espèces spécifiques de dauphins dans nos eaux, voire même leur disparition, vu que les premiers résultats de l’étude ont prouvé que l’activité affecte le taux de reproduction des dauphins.