C’est d’une même voix que les familles dont les maisons ont été inondées à Bambous et Richelieu, mercredi dernier, réclament l’aide des autorités, qui les ont, disent-elles, ignorées. Si à Bambous les familles sinistrées, toutes squatters, ont regagné leurs maisons précaires, à Richelieu, 40 personnes, adultes et enfants, dorment toujours au centre social de la cité. Leurs maisons, envahies par l’eau boueuse, sont invivables. Depuis cinq jours maintenant, elles n’ont rien reçu des autorités ! De leur côté, les promoteurs d’un projet photovoltaïque à Bambous, tenus responsables par les victimes des intempéries d’avoir détourné le cours de l’eau qui provient de la montagne en temps de pluie, s’activaient à faire des travaux chez les sinistrés, hier. Et selon ces derniers, après qu’ils ont manifesté devant le chantier vendredi, les promoteurs du projet leur ont remis des provisions, promis des revêtements de sol, entre autres.
La boue entraînée par les grosses averses a laissé des traces dans les maisons des squatters de l’Avenue Folles Herbes, à Bambous. Construites sur des terres – de l’État – en pente, au pied de la montagne, ces maisons en tôle et en bois ne sont pas à l’abri des conséquences de pluies diluviennes. «Mais cela fait quand même 11 ans depuis que je vis ici, je n’ai jamais vécu une telle catastrophe !», lance une mère de famille. De son côté, Renecie Milazar, mère de quatre enfants, précise : «Inn pass dan siklonn, gro lapli, inondasyon zame otan delo inn rant dan lakaz koumsa.!»
Mercredi dernier, au moment des grosses averses, la jeune femme travaillait. «Mon fils m’a téléphoné, il était seul avec mon bébé. Il paniquait, il me disait que l’eau avait envahi la maison et que le berceau de ma benjamine flottait ! Mo’nn degaze pou retourn lakaz, letan mo vini, mo leker ti kapav arete. Ber mo ti baba inn deplase, linn sorti enn kote pou al lot kote», raconte Renecie Milazar. Comme la plupart des familles, d’origine rodriguaise pour la quasi totalité, Renecie Milazar dit avoir perdu des effets personnels et des denrées alimentaires, balayés par l’eau. Et à l’instar de ses voisins d’infortune, elle a accepté, dit-elle, les quelques aliments que les promoteurs de la ferme photovoltaïque ont remis aux familles de l’Avenue Folles Herbes, vendredi dernier.
«Mo’nn oblize pran, diri mo ne pli ena, mo’nn bizin zete !» dit-elle en montrant la boîte dans laquelle elle a gardé les aliments. Remontée, une de ses voisines laisse échapper : «Sa ousi kinn gagne ? Enn boutey delwil, inpe mine, enn bwat somon Zot inn pran non zenfan pou donn linz. Ils ont voulu se racheter !» Se racheter de quoi ? «D’être, affirment les habitants rencontrés, responsables de l’inondation des maisons.» Depuis que les promoteurs (Sarako Ltd) d’une ferme photovoltaïque, ont démarré les travaux du projet au pied de la montagne il y a plusieurs mois, ils auraient, selon les habitants, modifié la topographie des lieux. «Kan zot inn tir gro, gro ros, tou delo la pli vinn direk kot nou. Avan delo la ti ena so parkour», expliquent les habitants de la localité.
Depuis les intempéries, les familles ont fait le va-et-vient entre le centre communautaire de Bambous et leur maison. Vendredi dernier, elles ont regagné leur domicile précaire qu’elles essayent de nettoyer avec le peu de moyens dont elles disposent. «Ils nous ont promis de nous donner des revêtements de sol. Ils ont fait mesurer la superficie du sol», explique Renecie Milazar, qui ajoute: «Mo’nn bizin met karton anba, delo inn tir mo sali.» Mais les sentiers, différents accès et cours recouverts d’une couche épaisse de boue compliquent les tâches ménagères. Non loin de deux maisons, un tracto-pelle, dirigé par quelques hommes, s’active. «Zot pe fouye pou ki delo pa res dan lakour», explique une femme. Malgré les «rattrapages» des promoteurs, les résidents de Folles Herbes sont encore remontés contre Sarako. D’ailleurs, ils ont manifesté leur colère vendredi dernier devant le chantier où travaillent de nombreux étrangers et Mauriciens. «Personne ne s’est intéressé à notre sort !», disent-ils en faisant le compte des biens abîmés par l’eau : mobilier , télévision, matelas, vêtements, nourriture.
 
Désintérêt inhumain des autorités
À Richelieu, précisément dans le centre social de la cité, une quinzaine de familles déplorent également l’indifférence des autorités à leur égard. Depuis qu’elles ont trouvé refuge dans le centre, les familles sinistrées réclament l’aide de la National Empowerment Foundation, de la Sécurité sociale ou autres pour reprendre le cours normal de leur vie. Pourtant, disent-elles, elles ont été à la police comme le stipule les procédures pour les victimes de sinistres. «Depuis que nous sommes là, des représentants de la NEF sont passés jeudi  pour nous poser des questions. Ils sont partis, et depuis, rien ! Des volontaires nous donnent à manger. Nous nous entraidons. Mais nous ne comprenons pas comment et pourquoi aucune autorité ne se soucie de notre sort», scande une mère de famille. Et une autre d’ajouter : «Quand il y a une calamité à l’étranger, le Premier ministre nous demande de faire preuve de solidarité. Mais qu’en est-il de nous, son peuple ?»
Nous montrant une vidéo et des images prises des rues, cours et maisons inondées, les sinistrés regroupés dans le centre social disent n’avoir jamais vécu une telle situation. «Delo lor lari pe rant dan lakour avan rant dan lakaz», raconte un jeune maçon. Un peu plus tard, ce dernier et son beau-frère nous montreront l’état de leur maison respective. Elles sont pour l’instant invivables. «Je n’ai plus de vêtements pour mon bébé», confie une maman dont la maison a aussi été inondée. C’est au total une quarantaine de personnes, hommes, femmes et enfants, qui depuis cinq jours déjà vivre ensemble, dans la promiscuité, au centre social de Richelieu.
«Nou pa kapav real res kot nou. Tou nou zafer inn tranpe. Nou ale dan la zourne pou guete ki kapav fer, me li pa posib pou reste. Si gouvernman ti kapav o mwen soutenir nou, donn nou inpe matla, vinn guet nou, donn nou manze, nou ti pou kontan», disent les sinistrés de Richelieu. Ne pouvant contenir sa colère, une maman explique que son enfant est malade. Elle trouve inhumain le désintérêt des autorités à leur égard. Et relève avec justesse : «Mo pa konpran kouma apre enn inondasyon zot pa’nn panse pou avoy enn dokter pou vinn tchek nou, sirtou bann zenfan. Zot pa finn mem vinn dezenfekte landrwa ek Centre !»
Nous avons vainement tentés d’entrer en contact avec la compagnie Sarako Limited pour connaître sa version sur la responsabilité que lui attribuent les sinistrés de l’Avenue Folles Herbes.