Avec un taux de remplissage de 65,4% pour Mare-aux-Vacoas, 52,3% pour Midlands, 72,8% pour La Nicolière et 65,9% pour Piton du Milieu, la fourniture d’eau sera revue dans plusieurs régions de l’île. Pour cause : la Central Water Authority (CWA) s’inquiète du risque de sécheresse avec l’arrivée de l’été et veut parer à toute situation. Si le pays manque d’eau, c’est en raison de la pluviométrie déficitaire cet hiver, considéré comme le plus sec depuis 1985, soutient la CWA. L’arrivée de l’été n’augure pas de bon présage, tenant compte que si le manque de pluie affecte incontestablement les réserves en eau, outre la consommation quotidienne par tête d’habitant (avec un nombre grandissant de consommateurs), les projets en termes de captage, à l’exemple du Bagatelle Dam, se font toujours attendre. Dès lors, la CWA mise sur une distribution réduite dans diverses parties de l’île jusqu’aux prochaines grosses pluies, en février 2014 peut-être.
Le relevé des ressources en eau disponibles dans les différents réservoirs et nappes phréatiques du pays effectué récemment par la CWA inquiète l’organisme, les réserves montrant des signes d’affaiblissement.  Alors qu’en septembre 2012 Mare-aux-Vacoas affichait un taux de remplissage de 76,8%, cette année, à la même période, le plus grand réservoir de Maurice affiche 65,4%.  Si La Nicolière s’en sort avec à ce jour 72,8%  contre 46,8 l’année dernière, la situation au niveau du réservoir de Midlands est plus inquiétante, le réservoir affichant un taux de remplissage de 52,3% contre 94,1% en 2012. Une baisse est également notée au niveau de Piton du Milieu, rempli à ce jour à 65,9% contre 70,6% l’an dernier. En cause, selon la CWA, le taux de pluviométrie déficitaire cet hiver, soit 245 mm de pluie contre 515 mm en temps normal.  
L’arrivée de l’été n’augure rien de bon. Au-devant de la situation, la CWA, qui a mis en place un plan d’action, compte réduire la fourniture d’eau dans certaines régions afin de pouvoir assurer une distribution adéquate à travers l’île jusqu’aux prochaines grosses pluies. Si dans le Nord de l’île c’est l’irrigation qui sera interrompue, les Plaines Wilhems et l’Est seront davantage touchés par les coupures. La faible pluviométrie a aussi fait chuter le ni­veau d’eau dans les nappes phréatiques, souligne la CWA, inquiète de l’arrivée de l’été. L’inquiétude est d’autant plus grande du fait que les trois prochains mois, surtout octobre, sont d’ordinaire très secs.
Malgré l’insistance de la CWA, pour certains observateurs, le faible taux de pluviométrie enregistré ces derniers mois n’est pas l’unique cause de la pénurie à laquelle le pays fait face. Selon les statistiques, le pourcentage d’eau injectée dans le réseau de distribution a connu une hausse annuelle de 3% pendant les 20 dernières années. En 1990, le volume d’eau injectée par jour était de 310 000 m3. Aujourd’hui, il est passé plus à 600 000 m3. La consommation d’eau par habitant est passé de 152 litres par jour à 170 litres à ce jour. La hausse du nombre d’habitants, le nombre accru de projets hôteliers et IRS n’ont fait, par ailleurs, qu’augmenter le water stress sur le pays. L’eau traitée distribuée aux secteurs de l’économie a aussi connu une hausse de 2,2% pendant les 25 dernières années, révélait un rapport  du ministère de l’Énergie et des Services publics à l’occasion de la journée mondiale de l’eau.
Si la consommation a augmenté, avec en l’occurrence le mode de vie des Mauriciens qui a changé et beaucoup utilisant l’eau à tort et à travers, reste que la CWA fait face également à un problème de « non-revenue water ». Cette différence entre le volume d’eau produit et distribué à travers le réseau est due à un certain nombre de raisons, dont les principales sont la perte d’eau dans la distribution, les compteurs défectueux et le vol d’eau. Un budget substantiel a été mis à la disposition de la CWA pour lui permettre de mettre en place un programme annuel de remplacement de tuyaux, résultant en des investissements de l’ordre de Rs 800 millions. D’autres mesures ont été enclenchées pour réduire la dépendance sur les réservoirs, la CWA s’appuyant sur des ruisseaux et rivières. En dépit des mesures prises pour assurer une distribution équitable autour de l’île, certains foyers souffrent cruellement du manque d’eau.
Gestion irrationnelle, selon le PM
Jusqu’à présent, les problèmes se situaient uniquement au niveau de l’acheminement et de la distribution, alors que l’eau elle-même en tant que ressource naturelle ne risquait pas de manquer, il suffisait de la capter. Mais ces dernières années, le captage est source de préoccupation nationale. C’est la raison pour laquelle les autorités avaient lancé les projets d’envergure pour la construction de nouveaux barrages, à l’instar de celui de Rivière-des-Anguilles ou plus particulièrement celui de Bagatelle, afin d’alléger la pression sur les autres réservoirs. Or, enclenché l’année dernière – après 12 ans – le barrage de Bagatelle, prévu pour 2014, est toujours en gestation (voir hors texte). Ce barrage, long de 2 500 mètres, avec une capacité de 2,4 millions de mètres cubes d’eau et équipé d’une technologie de pointe, devrait, avec une capacité de 14 millions de m³ d’eau, alimenter 24h sur 24 Port-Louis et certaines régions des basses Plaines-Wilhems et Rivière Noire.
Outre le problèmes de captage d’eau, le Premier ministre a lui-même reconnu, lors de la pose de la première pierre du barrage de Bagatelle l’an dernier, que le manque d’eau à Maurice est du à une gestion irrationnelle. Navin Ramgoolam devait d’ailleurs s’appuyer sur le rapport des experts singapouriens pour expliquer que « trop d’institutions, à savoir la CWA, la Water Resources Unit, l’Irrigation Authority et la Wastewater Management Authority, s’occupent de l’eau. » D’où les recommandations des experts Singapouriens de réunir en une seule entité ces 4 institutions pour une meilleure gestion. La réforme du secteur se fait toujours attendre.
Révision des horaires et volume de distribution
En attendant, pour parer aux mois secs, la CWA envisage d’autres mesures en vue d’une utilisation des ressources disponibles à bon escient et les faire durer jusqu’en février 2014. Ainsi, la production quotidienne à partir du réservoir de Mare-aux-Vacoas sera réduite de 120 000 m3 à 100 000 m3 ; celle de Midlands de 150 000 m3 à 100 000 m3 et celle de Piton du Milieu de 20 000 m3 à 15 000 m3. Ce qui provoquera inévitablement une révision des horaires de distribution d’eau ou du débit dans les régions des Plaines Wilhems. Ainsi, depuis quelques jours déjà, plusieurs régions des basses Plaines Wilhems observent une baisse de la pression de l’eau.
La CWA indique que, dépendant de l’évolution de la situation, d’autres mesures seront enclenchées dans les jours qui viennent. En ce qui concerne la région nord, avec la baisse conséquente du niveau d’eau de Grande Rivière Nord-Ouest, la production a été revue à la baisse et, depuis hier, les habitants de Port-Louis Centre, Vallée des Prêtes, Vallée Pitot, Tranquebar et les régions avoisinantes reçoivent l’eau entre 04h30 et 08h30 et 16h30 et 20h30. Des travaux sont en cours pour la mise en opération de certains forages pour alléger la pression. Des baisses de pression se feront également ressentir dans les foyers situés dans le Sud de l’île en raison de la diminution notée sur le forage de Mare d’Albert, dont la capacité de production a été réduite à 4600 m3 contre 5700 m3 généralement.
Outre le réajustement des horaires d’approvisionnement, la CWA a mis en place des équipes d’intervention pour réagir à tout éventuel problème sur le réseau, une escouade antifraude est aussi en alerte pour traquer ceux qui volent de l’eau et le remplacement des vieux tuyaux se poursuit. Si l’organisme ne tire pas encore la sonnette d’alarme et estime que pour le moment la situation « n’est pas dans le rouge » mais plutôt « en alerte orange », elle sollicite la collaboration du public pour éviter les gaspillages et prône le captage d’eau de pluie.