Le vice-Premier ministre et ministre des Finances a accordé une attention particulière au secteur des petites et moyennes entreprises (PME) dans son budget, le reconnaissant comme le « vivier où naît, grandit, s’enracine et se démocratise la culture de l’entrepreneuriat » du pays. Xavier-Luc Duval annonce un vaste plan de soutien, dont un accès démocratisé au financement qui demeure le nerf de la guerre de ce secteur. Parmi les principales mesures : Rs 3 milliards sur trois ans, soit Rs 1 milliard chaque année, à être mis à disposition par les banques à un taux d’intérêt ramené à la moitié de celui pratiqué jusqu’ici ; création de 175 nouvelles unités industrielles dans cinq sites pour abriter les PME et remise de 50 % sur les frais de location durant les premiers trois ans ; inclusion d’au moins deux PME lors d’allocation de contrats gouvernementaux pour la fourniture de produits et services ; prêt allant jusqu’à Rs 20 000 mensuellement aux nouveaux entrepreneurs méritants qui ne touchent aucun revenu durant la première année d’opération.
Le ministre des Finances souligne la grande contribution des PME au Produit Intérieur Brut (PIB) : 37 %, soit une valeur productive équivalente à environ Rs 120 milliards, et son importance en tant que gros pourvoyeur d’emplois, soit à pas moins de 250 000 personnes. En ces temps de compétition acharnée de la part des marchés émergents, de crise en Europe et de morosité sur le plan de la croissance, la capacité de résilience des PME est mise à rude épreuve. Pour M. Duval, leur plus grande frustration face aux défis à relever demeure l’accès au financement. Dans le passé, dit-il, un certain nombre de mesures ont été prises afin de leur faciliter le recours à l’aide bancaire. « The results have been limited at best. Admittedly, it is a tough issue to crack », convient le ministre des Finances, qui exprime dans ce budget la détermination du gouvernement à contrer cette adversité. « Mr Speaker Sir, on SME financing we will break the mould », a affirmé M. Duval. « Others have tried and failed. But we shall not falter. We will prevail. » Le ministre des Finances en appelle à la solidarité des banques commerciales qui, souligne-t-il, « need to understand that the provision of credit to SME’s at a fair rate is central to the Government’s policy to ensure equal opportunities for all. »
Démocratiser l’emprunt
En effet, pour concrétiser ce plan d’accès au financement, le gouvernement veut soutenir les PME là où elles souffrent le plus, soit en agissant sur le coût prohibitif du crédit. Xavier Duval déplore la pratique de taux d’intérêts de 14 %, voire plus, qui menace dangereusement, dit-il, l’élan de création de richesse des entrepreneurs, les profits et la compétitivité de petites et moyennes entreprises. Le ministre des Finances annonce qu’à l’issue de négociations avec le secteur bancaire, celui-ci a accepté de mettre à disposition des PME une enveloppe financière de Rs 3 milliards, à un taux d’intérêt revu à la baisse et qui sera de 3 % au-dessus du Repo Rate, soit 8,5 %. Ce plan se décline comme suit : a) les nouveaux découverts et emprunts bancaires de même que le renouvellement des facilités existantes seront frappés d’un taux de 8,5 % ; b) les frais de procédures et autres frais y relatifs seront enlevés ; c) les banques qui participent au plan mettront collectivement à disposition des PME Rs 3 milliards durant les trois prochaines années, soit Rs 1 milliard par an ; d) l’Equity Fund mettra en place un mécanisme de garantie pour offrir des “risk covers” s’élevant à 35 % de chaque emprunt et découvert bancaire ; e) dans le cas de “bad debts” de la part de PME, les banques seront autorisées à réclamer des déductions de la taxe, cela sans avoir à recourir à une cour de justice.
Zones dédiées
Le ministre des Finances se félicite de ce nouveau plan de soutien financier et a, au passage, remercié la Banque centrale et les banques commerciales pour leur coopération en permettant d’offrir « cette mesure révolutionnaire ». Celle-ci, dit-il, est à double effet puisqu’elle s’attaque tant au problème d’accès qu’au coût du financement. De plus, elle ne couvre pas seulement les nouveaux emprunteurs mais va également bénéficier aux clients existants pour le renouvellement des facilités d’emprunt. Au niveau de la Banque de Développement de Maurice (DBM), les nouveaux emprunts se feront au nouveau taux d’intérêt de 8,5 %. M. Duval annonce aussi l’abolition des frais d’inscription sur les “registered loans” ; le retrait de la taxe d’enregistrement qui varie entre Rs 1 000 et Rs 10 000 sur les prêts n’excédant pas Rs 1 million. Conséquemment les frais à payer ne concerneront plus que les “processing costs” de Rs 1 000. Ces deux dernières mesures vont coûter au gouvernement environ Rs 70 M, a dit le ministre.
Sur le plan infrastructurel, le ministre des Finances constate que le manque d’espace industriel freine considérablement le développement du secteur. Afin de limiter l’impact négatif sur l’environnement que constitue l’utilisation d’espace résidentiel à des fins de production industrielle à petite et moyenne échelles, 175 nouvelles unités industrielles d’au moins 500 pieds carrés chacune seront aménagées dans cinq sites. Elles abriteront une palette de PME, dont de mécanique, des charpentiers, ébénistes, forgerons, entre autres. Pendant les trois premières années, l’État accordera une remise de frais de location à hauteur de 50 % aux bénéficiaires.
Contrats de l’État
Autre mesure visant à booster le secteur : une plus grande démocratisation de l’allocation de contrats gouvernementaux pour la fourniture de produits et services. M. Duval a annoncé l’ouverture de la présélection à au moins deux petites et moyennes entreprises soumissionnaires pour des “restricted biddings” valant jusqu’à Rs 5 M. Cette mesure nécessitera des amendements à la Public Procurement Act. De même, s’agissant de contrats sujets à des “restricted bids” et allant jusqu’à Rs 500 000, le Public Procurement Office émettra des instructions pour inclure au moins une PME dans la liste des présélectionnés. D’autre part, les procédures de soumission de documents seront simplifiées afin de permettre au plus grand nombre de PME de prendre avantage de cette nouvelle mesure.
Enfin, Xavier Duval constate que le manque de revenus du nouvel entrepreneur durant la première année d’opération constitue un problème majeur dans le démarrage de son business. Aussi, annonce-t-il, les nouveaux à se lancer dans le secteur et qui méritent d’être soutenus bénéficieront de jusqu’à Rs 20 000 mensuellement pour couvrir leurs dépenses. Pour pouvoir prétendre à cette aide, ils devront être des PME innovantes avec des projets approuvés par le Mauritius Business Growth Scheme, dont ce sera l’un des services d’assistance proposés ; cette aide sera remboursable selon les mêmes conditions d’emprunt annoncées pour la relance du secteur des PME.
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Amar Deerpalsing (Small & Medium Enterprises Federation) : « Manque de mesures incitatives pour booster la croissance »
Globalement, je constate que c’est un budget qui fait preuve de beaucoup de responsabilité économique et sociale. Il contient plusieurs bonnes mesures. Soulignons en outre que c’est la toute première fois qu’un budget présente un surplus sur le budget courant. Passées les premières impressions d’ensemble, j’éprouve une certaine frustration sur le taux de croissance projeté à 4 %. Lorsque l’on sait que la moyenne africaine, pour ne citer qu’elle, est de 5 %, il est évident que si l’on n’arrive pas à ce taux, il n’y aura pas de création de nouveaux pôles de croissance. Contrairement aux budgets passés qui ont introduit des pôles tels que les ICT et le Seafood Hub, le présent exercice n’en contient aucun. Dans l’ensemble je ressors de ce budget déçu du manque de mesures incitatives pour booster la croissance et créer la richesse. Il est injuste de vouloir contrôler le niveau de l’inflation, qui est une inflation importée, au détriment de la croissance. D’où mon impression d’un budget qui pèche sur le plan national par manque de créativité et d’innovation.
Cela dit, sur le plan sectoriel, les Petites et moyennes entreprises, elles, peuvent mieux respirer avec quelques mesures qui viennent soulager les entrepreneurs des boulets qui les empêchaient d’avancer. Premièrement, l’abolition de la Landlord’s & Tenants Tax dont l’application pénalisait doublement le propriétaire comme le locataire d’un emplacement commercial ou industriel. Cela était d’autant plus injuste que le locataire est le maillon faible de la chaîne. Non seulement cette taxe varie actuellement d’une collectivité locale à une autre, mais les municipalités n’offrent en retour aucun service spécial aux entreprises, comme par exemple la collecte de déchets industriels. Bref, au lieu d’attirer les entrepreneurs dans le périmètre de la ville et de bénéficier de la création de richesses, les municipalités les repoussaient hors de leurs murs ! Ce budget vient corriger cette anomalie.
La création de zones industrielles est bien accueillie car elle fait suite à une demande criante pour des espaces dédiés pour opérer. De plus, le “discount” de 50 % accordé pendant trois ans sur les frais de location de ces futures unités industrielles va soulager le fardeau financier de l’entrepreneur.
Si la mesure concernant l’accès à un financement bancaire de Rs 3 M à un taux d’intérêt préférentiel est louable en soi, force est de constater qu’elle n’est pas nouvelle et surtout que tous les Memorandum of Understanding passés signés à cet effet entre les banques et le ministère des Finances n’ont pas été respectés. Permettez-moi donc d’exprimer mes craintes de voir cette mesure subir le même sort.
Le budget encourage la participation des PME à des foires internationales et les incite à explorer de nouveaux marchés, dont ceux de la région ; un accès qui était jusqu’ici restreint en raison de manque de moyens financiers. Le pourcentage d’entrepreneurs qui va réussir à prendre avantage de cette mesure libérera de l’espace localement, permettant à d’autres PME de se positionner. Cela fait longtemps que la Fédération demandait l’exploration de marchés autres que l’Europe. Enterprise Mauritius a péché par excès d’eurocentrisme. Ce n’est que maintenant, après la crise en Europe, que l’on se tourne vers ces autres marchés. Or, il ne faut pas être réactifs mais proactifs. Cela dit, il n’est jamais trop tard pour bien faire et le présent budget l’a compris.
Sur le plan de la formation, je ne vois pas comment les PME vont bénéficier de leur contribution à un fonds dédié à la formation. Valeur du jour, il n’y a par exemple aucune institution qui pourrait former un employé de PME en, disons, food processing. En revanche, les cours de rattrapage (summer school programme) pour les recalés au CPE dont une grande partie est employable par les PME, sont une bonne mesure.
Autre satisfaction : la possibilité octroyée aux PME de participer à des appels d’offres pour offrir leurs produits et services à l’État, et la décision de simplifier les procédures très compliquées de cotation.