Une Petite et moyenne entreprise (PME) qui ne chôme pas un seul jour de l’année et a du travail en permanence pour ses 13 employés, c’est qu’elle est en bonne santé économique. C’est le cas de Vijay Trading Ltd. Cette conserverie dispose en effet d’un bon pied sur le marché local et ses produits se vendent très bien ailleurs dans le monde. « Je n’ai pas connu un seul jour sans travail depuis que j’ai lancé mon entreprise, en 2011 », déclare Vijay Luchmun, managing director de la compagnie.
« Je n’achète pas mes matières premières par kilos mais par tonnes, que je conserve et que j’utilise quand j’en ai besoin », déclare Vijay Luchmun, managing director de Vijay Trading Co Ltd, située à L’Espérance Trébuchet. Cette PME produit des achards de différents fruits, des pâtes d’ail et de piment, entre autres, pour le marché local, et même pour l’exportation, principalement vers l’Australie. Mais Vijay Luchmun n’a pas toujours été entrepreneur. À l’origine, il était employé dans la fonction publique en tant qu’auditeur jusqu’à ce qu’il prenne sa retraite et travaille dans une conserverie où il avait des investissements. Ayant travaillé pendant 14 ans comme general manager dans cette entreprise, il a ensuite claqué la porte en raison « d’un manque de transparence » qui animait la compagnie. « Je suis resté sans rien faire pendant six à sept mois jusqu’en 2011, où j’ai décidé de bouger. Je me suis lancé dans le commerce de l’ail, que j’importais d’Inde. Comme je savais préparer des achards, je me suis également lancé dans cette activité », dit-il. Puis il a commencé à transformer l’ail en pâte, en achards, confit, le mélangeant avec du gingembre et du piment.
Après quelque temps, l’entrepreneur s’est retrouvé avec une douzaine de variétés, avec l’ail comme matière première, qu’il vendait à ses premiers clients. Pour l’aider dans sa tâche, il engage quelques femmes de son village. Son neveu s’est joint à lui pour s’occuper de la distribution alors que lui s’assurait de la production. Tout doucement, l’entreprise, dans laquelle Vijay Luchmun avait investi environ Rs 1,2 million, décollait et grandissait à vue d’oeil.
Entrée au supermarché
Alors qu’il leur vendait de l’ail, ses clients cherchaient du piment, des limons et d’autres fruits et légumes transformés. Vijay Luchmun a ainsi commencé à importer du piment de Madagascar, des limons de Rodrigues, du gingembre de l’Inde… Autant de matières premières qu’il transforme et vend à sa clientèle. Aujourd’hui, il offre 38 variétés de produits transformés, dont des caramboles, des olives, des bilimbis, des mangues et des fruits de cythère.
Avec autant de variétés de produits, son entrée au supermarché a été facile. Une première vente d’une valeur de Rs 2 200 atteint aujourd’hui les Rs 35 000 au moins une fois par mois, pour chacun des supermarchés avec qui il travaille. « Mes produits se trouvent dans presque tous les supermarchés, sauf dans quelques-uns qui veulent trop baisser les prix, voulant 13 pots pour 12. On ne peut pas faire du business de cette façon. Zot fer dominer ar PME, zot tou le tan rod pri ba. Moi, je travaille avec tous les supermarchés qui opèrent dans la transparence. Mo pa pou permett ki pendan ki nou travay kouma bef isi, banla manze kouma souval », souligne notre interlocuteur.
Pour satisfaire toute cette clientèle, et dans les temps, de même que les petites boutiques et de nombreux individus, qui s’approvisionnent chez lui, Vijay Luchmun constitue toujours un bon stock de matières premières, mais aussi de ses produits. « Je produis toujours plus que la commande, comme la pâte de piment rouge. Sa li eklate sa, nou prodir boukou nou garde », explique-t-il. Il indique aussi avoir recours à l’énergie solaire pour faire tourner ses grosses machines qui sont utilisées dans la stérilisation et la pasteurisation de ses produits. Quant aux matières premières, il n’en manque pas dans les arrière-cours et sur le marché à Maurice. Des fois, les gens lui donnent des mangues en cadeau, surtout vers la fin de l’année.
Vijay Trading exporte aussi ses produits vers l’Australie, la France et la Belgique, où il a noué des contacts avec des acheteurs qu’il connaissait depuis l’époque où il travaillait avec l’ancienne conserverie. « Ils m’ont appelé. Certains sont venus me voir et nous avons repris notre collaboration. Je leur ai montré mon entreprise et ils étaient ravis de pouvoir travailler avec moi », dit-il, avant d’indiquer que les commandes « pleuvent de l’étranger ». Son principal marché d’exportation est l’Australie, où il travaille avec un Mauricien, établi dans ce pays, et qui a créé une marque de fabrique appelée “Lakaz Mama”. « Lakaz Mama est très connu là-bas, plus que Vijay Trading. Li pe kass pake laba », ajoute-t-il. Ses produits se retrouvent aussi à Paris et à Strasbourg en France, de même qu’à Bruxelles, à travers un Belge marié à une Mauricienne.
Des autorités qui n’aident pas
Vijay Luchmun est très critique envers les différentes autorités du pays. Il estime que si un entrepreneur n’est pas patient, il peut fermer boutique du jour au lendemain. « Il est très difficile d’avoir un permis de PME dans une zone résidentielle. Ou gagn tou kalite problem ou kapav al ferme tou si ou vwazin proteste », fait-il ressortir. De l’autre côté, la Mauritius Revenue Authority (MRA) « harcèle », selon lui, les PME. « À l’heure où je vous parle, la MRA me réclame Rs 790 000 de taxes pour l’année écoulée. Elle a supposément évalué mes ventes. Elle me demande des explications. Pensez-y : une PME doit payer Rs 790 000 de taxes, be ou ferm bwat-la. Cette façon d’agir rend notre vie très difficile », déplore-t-il. Il ajoute : « Le ministre du Business, Sunil Bholah, ne sait faire que de beaux discours au sujet des PME. Mais c’est tout le contraire qui se passe sur le terrain. Par exemple, il encourage les Mauriciens à créer des PME, mais où est le marché ? La foire coopérative, une fois par mois ? Quel est le montant de leurs ventes dans cette foire ? Rs 5 000 ? Et les frais ? Ces PME ne peuvent avoir accès aux supermarchés car elles n’ont pas de “pre-market certificate” ni de code-barres. Alors comment leurs produits vont-ils entrer dans les supermarchés ? » Vijay Luchmun est d’avis que tous les entrepreneurs ne peuvent entamer de telles démarches, faute de moyens financiers.
Ses critiques vis-à-vis des autorités nous amènent chez Enterprise Mauritius, qui organise des “road shows” pour nos PME à l’étranger. « C’est très bien d’amener les entrepreneurs à prospecter à l’étranger, mais encore faut-il que ces marchés soient porteurs et connaissent au moins nos produits », dit-il. Et de poursuivre : « Tenez, l’autre fois, elle nous a emmenés en Pologne et en Hongrie “pou vann zasar”. Et bien les Polonais et les Hongrois ne connaissent pas ces produits alimentaires. Il n’y a aucun client pour les achards là-bas. Nous sommes allés perdre notre temps dans ces pays où j’ai dépensé plus de Rs 150 000. C’est beaucoup d’argent pour une PME ! »
Par contre, cet entrepreneur est ravi de son voyage à Melbourne, où vivent beaucoup de Mauriciens. Mais à Perth, dit-il, « nou finn bizin koz ant nou mem pandan trwa zour ». Quant à la SMEDA, Vijay Luchmun observe que cette dernière organise de petites foires « sans intérêt, où les recettes ne suivent pas, mais où les dépenses sont énormes ». Il précise : « Je suis triste pour les PME qui participent à ces foires et font des recettes de quelques milliers ou centaines de roupies. Moi, je ne crois pas dans la SMEDA. Elle ne représente rien pour moi. »
Malgré ces manquements, qui affectent quelquefois la bonne marche de son entreprise, Vijay Luchmun se considère comme un entrepreneur heureux. « Je suis heureux avec mon entreprise, ma production, avec le marché local et étranger, mes travailleurs et mes clients. Je suis heureux avec tout. Je n’ai pas de dettes, ni à la banque », souligne-t-il, avant d’indiquer : « Nous ne sommes pas une grande entreprise mais de taille moyenne. Par rapport à d’autres dans le même domaine, qui existent depuis trois à quatre décennies, je peux dire que mon entreprise marche très bien. »