L’AGM de la PMPA (Private Medical Practitioners’ Association) s’est tenue le 28 février. Outre la réélection de Patrick How comme président de cette association et la constitution d’un nouveau comité exécutif pour l’année en cours, l’agenda de la réunion a été largement occupé par la « douloureuse question de la menace croissante des médecins étrangers dans notre pays ». Une situation jugée « très sérieuse » car elle représente « un manque à gagner énorme pour nombre de nos confrères locaux, puisque cet état de choses crée une concurrence déloyale et malsaine dans le milieu ! » déplorent nombre de médecins rencontrés.
La situation n’est pas nouvelle, expliquent ces médecins regroupés au sein de la PMPA. « Cela fait plus de deux ans déjà qu’il a été porté à notre connaissance que la présence grandissante de médecins étrangers à Maurice représente une menace pour les médecins locaux. Et ce à différents niveaux. » En effet, « alors que, selon les procédures normales, ce sont dans les “scarcity sectors”, soit dans des secteurs de spécialisation de pointe surtout, qu’il est conseillé au pays de recruter des professionnels étrangers s’il en manque localement, dans la réalité, cela se traduit autrement ! ». Nos interlocuteurs poursuivent : « Au lieu d’octroyer des permis de travail à des médecins dans des secteurs où on en aurait besoin, on s’est retrouvé, ces dernières années, avec une politique ayant favorisé l’entrée dans le pays d’un nombre important de spécialistes pratiquant dans des secteurs où les professionnels mauriciens eux-mêmes sont déjà considérablement présents. » Ce qui a automatiquement, soutiennent les médecins concernés, « provoqué une saturation dans ces secteurs ». Pire encore : « Cette situation qui perdure provoque un énorme manque à gagner puisqu’elle génère son lot de frustrations causées par cette concurrence déloyale et malsaine dans notre métier. »
Ce qui ne manque pas de susciter « l’indignation et un fort sentiment d’injustice » auprès de ces médecins quant à cette situation qui, hélas, « perdure, et ce malgré nos efforts et démarches auprès de certaines instances… au détriment de ces fils du sol, qui se sont eux-mêmes sacrifiés, autant que leurs parents se sont endettés, afin de poursuivre leurs études et rentrer travailler dans leur pays ».
La PMPA explique avoir « pris des dispositions » sur la question. « Nous avons déjà approché autant le Board of Investment (BOI), qui octroie les permis de travail à ces médecins étrangers, que le Medical Council, ordre suprême qui gère le corps médical local. » Cependant, relève le Dr How, « jusqu’à présent, rien de concret n’a découlé des rencontres que nous avons eues ! » Et de lancer : « Les médecins étrangers continuent à entrer au pays et à pratiquer en toute tranquillité, alors que nombre de nos confrères mauriciens voient, jour après jour, leur gagne-pain sérieusement menacé… » Le président de la PMPA en appelle aux nouveaux dirigeants pour « être à l’écoute de ces médecins qui voient leurs années de dur labeur et de sacrifices être aussi cavalièrement balayées d’un revers de main ».
Nos interlocuteurs relèvent également « une autre aberration, à notre sens, car le Medical Council est contraint d’enregistrer automatiquement les candidats une fois que leur demande de permis a été approuvée » par le BOI, et ce « alors que dans le reste du monde, et selon la procédure normale, c’est exactement l’inverse qui est la pratique courante ». Les médecins rencontrés soutiennent de plus que « nombre de médecins étrangers ont découvert là un filon exceptionnel pour venir se la couler douce à Maurice, tout en faisant une concurrence déloyale aux médecins locaux ». Ils expliquent que « la procédure via le BOI s’inscrit dans le sens où ces médecins sont considérés comme des investisseurs étrangers parce qu’ils viennent s’installer au pays pour pratiquer un métier ». Or, se demandent-ils, « quel capital investissent-ils dans notre pays ? », poursuivant : « La plupart de ceux qui sont entrés à Maurice travaillent soit pour des cliniques soit pour des centres privés ! Quel argent versent-ils dans la caisse nationale ? » Dans le même souffle, ajoutent nos interlocuteurs, « ces médecins étrangers pratiquent des honoraires très élevés, comparativement à leurs collègues mauriciens, et, donc, eux se font de l’argent sur le dos des patients et mènent une existence tranquille chez nous ».
Devant « autant d’injustice à l’égard des médecins mauriciens, nous souhaitons qu’une fois pour toutes, des règlements soient appliqués par les autorités concernées afin qu’il y ait bon ordre dans tout cela. » Ils déclarent également que « ces dernières années, avec ce manque de vigilance, il y a eu quelques cas de médecins radiés par l’ordre médical dans leur pays pour fautes professionnelles graves et qui ont cependant été habilités à pratiquer à Maurice », avant de se demander si « cela est bien raisonnable ? ».
Par ailleurs, la PMPA attire aussi l’attention des Mauriciens en général sur un virus causant actuellement des soucis, nommément la grippe saisonnière H3N2, « qui est beaucoup plus virulente cette année et qui cause déjà beaucoup de dégâts à l’étranger ». Et de recommander à tout un chacun « beaucoup de prudence, surtout ceux qui voyagent ». La PMPA conseille aussi de « multiplier les précautions en ce qu’il s’agit de la conjonctivite, qui est en recrudescence ».