Xavier-Luc Duval a soumis sa démission en tant que vice-Premier ministre et ministre des Finances au Président de la République, Monique Ohsan Bellepeau, à 14h hier. Les deux députés du PMSD, Aurore Perraud et Thiery Henri, ont démissionné comme PPS à la même heure alors que tous les nominés politiques bleus ont également quitté leurs fonctions. « Nous avons soumis notre démission à la suite d’un profond désaccord avec le Ptr sur un sujet crucial pour l’avenir et la stabilité de la démocratie mauricienne », a affirmé Xavier-Luc Duval lors d’une conférence de presse donnée au bureau du PMSD à l’Astor Court, à Port-Louis.
Cette conférence de presse a été marquée par le retour au bercail de Jacques Panglose, dont l’arrivée dans les locaux a été accueillie par des applaudissements et des remarques à l’effet que la famille du PMSD « retrouve son unité ». On remarquait également la présence de plusieurs dirigeants de corps para-étatiques ayant soumis leur démission, dont Richard  Duval, Mamad Khodabaccus et des conseillers municipaux.Robert Desvaux était également présent dans les locaux bleus.  
Xavier-Luc Duval a expliqué que, pendant le congrès du PMSD, le 18 mai, il avait fait ressortir très clairement que son parti et lui ne pouvaient rester silencieux face à un changement de la Constitution “arrive qui arrive”. « C’est à la suite de cette décision que des banderoles ont été brandies sur le thème “Maurice avant tout”. On avait décidé que Maurice est notre seule préoccupation, sachant très bien qu’il y avait des décisions cruciales que le PMSD devait prendre. »
« Nous avons fait face à la tentative de réforme bancale de la Constitution, qui représente un pas en arrière pour la démocratie », a-t-il dit. Il s’est élevé contre le seuil des 10% qui, à son avis, « n’existe dans aucune grande démocratie ». Dans des pays comme la France, la Suède ou la Nouvelle-Zélande, dit-il, « la proportionnelle est égale ou inférieure à 5% ». D’ailleurs, un seuil de 5% représente un député sur 20, souligne-t-il encore, avant d’ajouter : « Ce n’est pas un député qui va faire trembler la démocratie. » Il a aussi estimé que le plus grand risque auquel est confronté le pays « n’est pas la déstabilisation du gouvernement, mais la pensée unique ».
« Au lieu de nous rapprocher des grandes démocraties, nous nous éloignons de la bonne pratique démocratique », a-t-il lancé. Le leader du PMSD s’est également élevé contre l’existence d’une liste bloquée que chaque leader de l’alliance doit soumettre à la Commission électorale pour remplacer le “Best Loser System”. Pour lui, toute liste bloquée à la disposition de leader politique signifie l’existence de lobbies de groupes de pression, « avec ce que cela comporte comme risques de dérapages ». Et de rappeler que la proposition du PMSD était la fixation du seuil d’éligibilité à 5% et l’introduction d’un second vote pour le parti politique, qui aurait permis « d’en finir avec les listes bloquées et d’élargir les possibilités ». Il poursuit : « Nous avons également parlé du recensement effectué à grands frais par le bureau des statistiques sur les religions, et à laquelle toute la population avait répondu, à l’exception d’un millier de personnes. Que nous le voulions ou pas, le BLS, à l’exception de la communauté chinoise, concerne les religions », a-t-il dit. « Nous sommes d’accord avec l’abolition du “Best Loser System”, mais dans les bonnes conditions, autrement dit où la démocratie sera élargie, où la diversité culturelle est respectée et où chaque personne est en mesure de se retrouver et ait une voix au Parlement. » Pour le leader du PMSD, loin d’être communale, c’est une protection pour les minorités et cela permet de lutter contre le communalisme.
Xavier-Luc Duval a souligné l’importance de la méritocratie à travers la consolidation de l’Equal Opportunities Commission pour couvrir aussi bien le secteur privé que le secteur public. Il se demande pourquoi cela ne figure pas dans la réforme. Il souhaite également un contrôle dans les nominations politiques, qui ne sont souvent pas à la hauteur de leur tâche. Et d’annoncer qu’il étudiera les provisions transitoires que le gouvernement se propose d’introduire afin de voir si « c’est dans l’intérêt » de Maurice ou pas. « Nous agirons en conséquence », a-t-il dit.
Xavier-Luc Duval a également exprimé des réserves sur la légalité des procédures sur laquelle plusieurs grands légistes se sont joints à la démarche de Jacques Panglose. Il a cité une clause du programme gouvernemental, qui précise que les réformes du système électoral et constitutionnel seront effectuées après consultation avec la population “by way of referendum”. Aussi, dit-il, « nous exigeons que ce contrat soit respecté, nous exigeons un référendum ». Il observe aussi que « c’est en regardant l’avenir que le PMSD se retire » du gouvernement. « Le passé, c’est le passé », a-t-il dit. Il estime, en tant qu’ancien ministre des Finances, que le seul secteur où on aurait du faire des progrès et qui ne l’a pas été est celui du tourisme. Il rappelle ainsi avoir lancé le ministère de l’Intégration sociale avec « beaucoup de passion ». Et d’avoir pris, toujours selon lui, le ministère des Finances « à des moments difficiles », poursuivant que la situation s’est stabilisée avec le retour de la croissance dans nos principaux marchés et avec des perspectives en Afrique. « Je me suis toujours battu pour la préservation de l’emploi. Il n’y a rien de pire pour une famille que de voir son enfant rester sans travail », a-t-il continué. « Nous avons “déliver the goods” et avons été à la hauteur de la confiance placée en nous. »
L’ancien ministre a déploré « le ton moqueur » adopté par Navin Ramgoolam après 15 ans de partenariat entre le PMSD et le Ptr, « ce qui est un manque de respect envers ces milliers d’activistes du PMSD qui lui ont donné un coup de main pendant ces 15 ans ». Il ajoute : « Azordi ena ene nouveau lamariee. Li pas ene raison pou agir avek nous de la sorte. Il faut avoir un respect mutuel, même dans le désaccord. En 15 ans, nous avons été là contre vents et marées. Nous ne savons pas combien de temps durera la lune de miel, mais je ne crois pas qu’on puisse se moquer de ses anciens partenaires à cause de ses nouveaux amis. »
Xavier-Luc Duval a observé que le PMSD quitte le gouvernement « sans aucune amertume » et sans aucun  état d’âme. « Nous avons travaillé ensemble. Aujourd’hui, il est l’heure de nous séparer. Ce sont les aléas de la politique. Nous exigeons le respect mutuel et ne sommes pas d’accord envers certaines dérives dans le gouvernement », a-t-il poursuivi. « Nous sommes déterminés à poursuivre dans la voie de la démocratie et à construire une société équitable pour éradiquer le chômage. Nous sommes déterminés à garantir la liberté des individus, la pluralité et la diversité culturelle. Nous sommes aussi déterminés à travailler pour tous les Mauriciens, sans distinction » a-t-il poursuivi. « Malgré le fait qu’on parle de grands partis et de petits partis, le plus grand parti, aujourd’hui, est celui des indécis. C’est une leçon que le MMM et le Ptr doivent comprendre. Des négociations faites entre deux personnes dans l’intérêt des deux personnes, ce n’est pas ce que les Mauriciens veulent avaler », a-t-il conclu.
What next ?
Le PMSD prendra sa place dans l’opposition. Nous attendons de pied ferme les élections, bien que nous aurions préféré un référendum.  
Négociez-vous avec les autres partis de l’opposition ?
Nous ne négocions avec personne. Ce n’est pas dans ma manière de faire. Je lance un appel à tous les Mauriciens qui se sentent en colère et qui ne sont pas d’accord avec ce qui se passe pour qu’ils rejoignent le PMSD.
Pensez-vous qu’il y a eu un manque de dialogue entre le Premier ministre et vous ?
Je ne crois pas. Les opinions sur la réforme électorale sont très divergentes. Nous étions dans le gouvernement de plein droit parce que nous avions été élus par la population.
Avez-vous rencontré le Premier ministre ?
Certainement. Après tout, nous avons été ensemble pendant 15 ans. Je lui ai dit que je n’étais pas d’accord et que, donc, je devais partir.
Vous a-t-il proposé de rester ?
J’avais déjà soumis ma démission lorsque je l’ai rencontré. Je l’ai fait exprès.
Le président du PMSD n’est pas là. Pourquoi ?
Je lui ai dit de venir, mais je ne le vois pas. Peut-être qu’il lui manquait sa cravate.
Comment avez-vous accueilli le retour de Jacques Panglose ?
Jacques Panglose fait partie de la famille.
Panglose : Je suis ferme en droit. Je voulais que le PMSD retrouve le bon droit.
Tous les membres du PMSD ont-ils soumis leur démission ?
Oui. Tous les nominés politiques siégeant dans les conseils d’administration, mais pas les salariés qui doivent nourrir leur famille.
Voterez-vous pour le mini-amendement ?
Nous verrons ce que dit l’amendement et agirons en conséquence. Nous ne voterons pas pour la réforme électorale ou la IIe République.
Que pensez-vous de la polémique entre Aurore Perraud et Shakeel Mohamed ?
Je peux vous dire que, depuis 2010, Shakeel Mohamed n’a rien fait. Il disposait d’un programme intitulé “Free Job Training”, mais il n’a rien fait. Nous avons lancé le “Youth Employment Programme” (YEP) avec brio, et je dois remercier le professeur Roland Dubois.
À une question concernant Michael Sik Yuen, Xavier-Luc Duval a affirmé que ce dernier l’a « déçu ». Il explique : « Il était commerçant. Il est devenu conseiller municipal puis maire. C’était même un bon maire. Il est devenu président d’un corps para-étatique puis est devenu ministre. Comme ministre, il a eu une piètre performance. Il est grandement responsable de la faillite de l’industrie touristique à Maurice. À ce train-là, il faudra oublier le tourisme dans cinq ans dans notre pays. C’est mon plus grand souci pour l’économie locale. »