La rencontre entre le Premier ministre mauricien Navin Ramgoolam et son homologue britannique David Cameron vendredi dernier a comme prévu fait l’objet d’une Private Notice Question (PNQ) du leader de l’Opposition adressée au PM, qui est rentré au pays dimanche. Il ressort que les deux parties sont arrivées à un accord de principe pour le début d’un processus de dialogue positif sur l’utilisation future de l’archipel des Chagos. Le Premier ministre a soutenu avoir refusé de signer le MoU en marge d’un déjeuner organisé mercredi par le Commonwealth Secretariat à l’occasion du Jubilé de diamant de la Reine Elizabeth II. « J’ai insisté pour que l’accord soit signé au 10 Downing Street, résidence officielle du Premier ministre et que la question des Chagos soit évoquée ». Il a aussi insisté sur le fait que la souveraineté de Maurice sur les Chagos doit transcender les partis politiques. Navin Ramgoolam indique qu’il envisage durant sa prochaine visite à Washington de proposer que la Grande Bretagne, Washington et Maurice « sit together and come to an agreement on the sovereignty issue without prejudice to the continued use of Diego Garcia as a military base to meet prevailing security needs ».
Le leader de l’Opposition Paul Bérenger a demandé au Premier ministre s’il a discuté de la question de souveraineté de Maurice sur les Chagos avec David Cameron, Premier ministre britannique, durant sa dernière visite en Grande Bretagne, d’indiquer ce qui en est sorti, s’il se propose de rencontrer le président américain Barack Obama en relation aux Chagos, et si le gouvernement se propose de prendre de nouvelles initiatives « to make out our case in relation thereto and if so give details thereof » et de dire quelle a été la position du gouvernement lors de la réunion de l’Indian Ocean Tuna Commission tenue en Australie à la suite de l’intervention des officiels des « so called British Indian Ocean Territories ».
Le Premier ministre a répondu qu’il a rencontré le PM britannique David Cameron le vendredi 8 juin dernier et qu’il a annoncé à travers les médias qu’il allait faire une déclaration à l’Assemblée nationale aujourd’hui sur l’issue des discussions. Il a remercié le leader de l’Opposition de lui donner l’occasion de le faire à travers sa PNQ.
« Je dois souligner que ma mission en Grande Bretagne avait pour but d’avoir une réunion bilatérale avec David Cameron. Alors que j’étais en Grande Bretagne, j’ai également participé aux célébrations marquant le jubilé de diamant de sa majesté »,  dit-il.
La réunion avec le Premier ministre britannique a eu lieu au 10 Downing Street. La partie britannique était représentée par Henri Bellingham, Parliamentary Under Secretary of State for the Foreign and Commonwealth Office et John Dennis, Head of Africa Desk at the Foreign and Commonwealth Office. Le secrétaire privé du Premier ministre David Cameron et celui de Henry Bellingham étaient également présents. Du côté mauricien, le secrétaire au Cabinet, le Sollicitor General, le haut commissaire mauricien à Londres et le représentant permanent de Maurice à New York étaient également présents.
Le Premier ministre a parlé des liens qui relient la Grande Bretagne à Maurice et de la réunion des Chef d’État du Commonwealth qui doit avoir lieu à Maurice en 2015. « I observed, however, that the dispute on the Chagos issue remained a blot in this otherwise excellent relationship ».
Navin Ramgoolam a expliqué avoir répété l’engagement pris par la Grande-Bretagne à l’effet que les Chagos seront retournés à Maurice lorsqu’ils ne seront plus utilisés pour des « defence purposes ». « J’ai indiqué qu’il y a une occasion excellente pour corriger cette injustice causée par l’excision des Chagos du territoire mauricien avec l’expiration des arrangements sur l’utilisation de l’archipel des Chagos en 2016. À ce propos j’ai insisté sur la nécessité d’avoir des discussions formelles entre Maurice, la Grande Bretagne et les États-Unis en vue d’arriver à un accord pour que Maurice puisse exercer son droit de souveraineté while safeguarding the continued use of Diego Garcia for US defence purposes ».
Selon Navin Ramgoolam, le Premier ministre britannique a fait part des ses appréhensions concernant le nombre de cas qui ont été portés devant la justice. De plus, la présence de la base militaire à Diego Garcia vient s’ajouter à la complexité de cette question.
C’est dans ce contexte que le Premier ministre a affirmé qu’il y a eu un accord de principe entre les deux parties sur le début d’un dialogue positif sur l’avenir de l’archipel des Chagos. « J’ai dit au Premier ministre britannique que je compte faire une déclaration à ce sujet et que je ferai un suivi afin de m’assurer d’un début rapide des discussions et proposerai que ces discussions aient lieu au niveau ministériel ».
Navin Ramgoolam a aussi évoqué son intention de se rendre à Washington afin de proposer que les trois pays « sit together and come to an agreement on the sovereignty issue without causing any prejudice to the continued use of Diego Garcia as a military base to meet prevailing security needs ».
Le PM a soutenu que tenant en compte la sensibilité et la nature complexe des discussions sur le sujet, il n’est pas dans l’intérêt du pays de révéler les détails sur la stratégie élaborée. Il a rappelé qu’en 2004, après que la presse a mentionné l’intention de Maurice de quitter le Commonwealth pour poursuivre la Grande Bretagne devant la Cour internationale de justice, le gouvernement britannique est venu promptement avec une déclaration aux Nations unies pour dire qu’il ne reconnaissait pas la juridiction de la Cour internationale de justice en relation avec les conflits impliquant un pays du Commonwealth ou un ancien pays du Commonwealth.
Le Premier ministre a fait mention des nombreuses initiatives prises au niveau diplomatique. Il a informé la chambre que son bureau a diffusé une circulaire adressée aux ministères et aux départements en janvier dernier pour leur demander d’adopter « a consistent stand on the Mauritius position on the Chagos and Tromelin issue whenever so related questions arises ».
Il a conclu en disant que la souveraineté de Maurice sur les Chagos devrait transcender les partis politiques.
Bérenger : Dans vos déclarations à la presse après votre rencontre avec le Premier ministre britannique vous avez parlé de discussions cordiales qui augurent bien pour l’avenir concernant les Chagos. Pourrait-on savoir pourquoi le communiqué publié sur le site du Premier ministre britannique précise que « le PM britannique s’est joint aux discussions entre le Premier ministre mauricien et le Junior Minister Bellingham » et précise que les discussions ont porté seulement sur la piraterie ?
Ramgoolam : Je n’ai aucun contrôle sur ce qui paraît sur le site du Premier ministre britannique. En fait j’ai bien fait comprendre que je ferai une déclaration devant le Parlement à mon retour au pays. Depuis le début j’ai insisté pour que l’accord soit signé au 10 Downing Street et que la question des Chagos soit évoquée.
Bérenger : Je comprends que l’accord aurait dû être signé mercredi entre le Premier ministre mauricien et un junior Minister, M. Bellingham… Pourquoi ?
Ramgoolam : Alors que nous étions en Grande Bretagne à la réunion convoquée par le Premier ministre britannique sur la Somalie, ce dernier nous avait proposé de signer un MoU. Nous avions refusé de le faire parce que nous n’étions pas d’accord avec certains aspects de l’accord. On a proposé qu’un accord soit signé entre le ministre mauricien des Affaires étrangères et son homologue britannique. Nous n’étions pas d’accord non plus. Finalement on nous a informés que les changements demandés ont été apportés et que le Premier ministre britannique souhaitait signer l’accord avec moi. J’ai insisté pour que cette signature ait lieu au 10 Downing Street. Lors de mon séjour à Londres, on a proposé que l’accord soit signé en marge du déjeuner organisé par le Commonwealth Secretariat à l’occasion du jubilé de la reine Elizabeth II. J’ai refusé, insistant que je voulais qu’il soit signé au 10 Downing Street et que la question des Chagos soit évoquée.
Paul Bérenger a interpellé le Premier ministre sur ce qu’il a appelé la « fuite organisée » dans la presse britannique dont le Daily Telegraph et le Guardian.
Le Premier ministre a répondu qu’il ne sait pas qui était à l’origine de cette information et que comme à Maurice la presse britannique a ses sources d’informations. Concernant Geoffrey Robertson, le PM a indiqué qu’il a publié deux opinions dans la presse britannique sur les Chagos.
Paul Bérenger a voulu savoir si la participation de Maurice aux discussions que le PM souhaitait concernant l’avenir des Chagos entre les États-Unis, la Grande Bretagne et Maurice doit faire l’objet d’un traité. Le Premier ministre a répondu que ce n’est pas le cas mais que Maurice souhaitait prendre part à toutes les discussions qui auront lieu à partir de 2014.
Bérenger : Est-ce que le sort des Chagossiens a été évoqué ?
Ramgoolam : J’ai fait comprendre que les Chagossiens étaient des citoyens mauriciens.
Bérenger : Le Guardian a rapporté que vous avez annoncé votre départ pour Washington pour bientôt ?
Ramgoolam : Je n’ai jamais dit bientôt. Je dis que je me propose d’effectuer une visite.
Paul Bérenger a voulu savoir si dans le cadre des discussions triangulaires Maurice/États-Unis/Grande Bretagne, toutes les précautions ont été prises pour s’assurer que Maurice ne donne pas l’impression qu’elle reconnaît les BIOT.
Le Premier ministre a rappelé les garanties données par la Grande Bretagne que l’archipel des Chagos sera retourné à Maurice lorsqu’il ne sera plus utilisé pour les besoins de défense. Il a rappelé que Maurice ne reconnaît pas les BIOT.
Arianne Navarre-Marie a voulu savoir si les Chagossiens seront parties prenantes dans toutes les discussions. Le Premier ministre a répondu que le gouvernement ferait tout son possible. « C’est une question délicate et nous prendrons toutes les précautions nécessaires ».