La décision annoncée par le Premier ministre, Navin Ramgoolam, à l’Assemblée nationale en réponse à la Private Notice Question (PNQ) du leader de l’opposition, Paul Bérenger, à la mi-journée, aura l’effet d’une bombe politique et diplomatique au sein du Commonwealth. Il a révélé que devant l’absence de progrès sur le plan du respect des Droits de l’Homme, plus particulièrement des droits des Tamouls dans le nord du Sri Lanka, il ne fera pas le déplacement à Colombo en fin de semaine pour participer au Commonwealth Heads of Government Meeting (CHOGM). Il s’est fait un point d’honneur de souligner à plusieurs reprises que son absence de ce sommet du Commonwealth relève d’une décision entérinée par le gouvernement en toute souveraineté et sans l’influence ou pression venant de pays amis.
Le Premier ministre s’est appesanti sur le fait que cette décision hautement politique s’inscrit dans le cadre des principes qu’il a toujours fait siens en matière de lutte pour le respect des Droits de l’Homme. Il se dit conscient que l’absence du chef de gouvernement au sommet du Commonwealth du Sri Lanka est sans précédent, compte tenu du fait que Maurice est désignée pour prendre le relais avec l’organisation du CHOGM de 2015 à Port-Louis. « Sommet de CHOGM à Port-Louis en 2015 ou non, le respect des Droits de l’Homme est plus important que tout », devait-il faire comprendre. À ce stade, une incertitude plane sur la décision qu’entérinera le Sommet de Colombo au sujet du lieu en 2015.
Cette question de non-participation du Premier ministre au sommet du Sri Lanka fait l’objet d’un consensus entre le gouvernement et l’opposition. En conclusion aux échanges sur la PNQ, le leader de l’opposition est intervenu pour demander au Premier ministre de donner des instructions au ministre des Affaires étrangères, Arvin Boolell, qui se trouve déjà au Sri Lanka, de faire état de la désapprobation unanime du gouvernement et de l’opposition au sujet des crimes contre l’humanité et l’Ethnic Cleansing perpétrés dans le nord du Sri Lanka.
De son côté, le Premier ministre devait remercier le leader de l’opposition au tout début de sa réponse d’avoir proposé ce thème sous forme de PNQ car il avait prévu une Statement qu’il n’aura pas à faire au sujet de sa non-participation au CHOGM du Sri Lanka.
Bérenger : Par rapport au Commonwealth Heads of Government Meeting (CHOGM 2013), qui se déroulera au Sri Lanka du 15 au 17 courant et les problèmes de Droits de l’Homme dans ce pays, le Premier ministre pourra-t-il confirmer s’il a eu des consultations avec le ministre des Affaires étrangères suite à la participation de ce dernier à la réunion des ministres des Affaires étrangères du Commonwealth et à sa rencontre avec son homologue du Sri Lanka, s’il compte se rendre au Sri Lanka pour participer au sommet de Colombo vu les récents développements et la décision du Premier ministre de l’Inde de ne pas être présent au CHOGM 2013 et si le président du Sri Lanka sera invité au prochain sommet du Commonwealth se déroulant à Maurice en 2015 ?
Ramgoolam : D’entrée de jeu, je dois remercier le leader de l’opposition pour avoir proposé le thème du CHOGM 2013 au Sri Lanka en tant que thème de la PNQ. J’avais déjà prévu de faire un Statement à la Chambre à ce sujet en cours d’après-midi. So there is no need for statement. Jusqu’ici, Maurice ne s’est jamais montrée indifférentes à la question de violation des Droits de l’Homme dans n’importe quel pays au monde, y compris le Sri  Lanka. J’ai toujours fait preuve d’Unwavering Commitment en faveur du respect des Droits de l’Homme. Nommez les pays. Il y a la Palestine, la Syrie, l’Irak. As a matter of fact, I have never missed an opportunity to raise the  issue of human rights in whatever international forum. Mauritius is acclaimed for human right credentials.
« Against double standards »
En mai 2009, devant le Conseil des Nations unies pour les Droits de l’Homme, Maurice se trouvait parmi les 17 pays à réclamer la mise sur pied d’une enquête sur les crimes de guerre commis au Sri Lanka. Il y a encore le démembrement unilatéral du territoire mauricien juste avant l’accession à l’indépendance avec l’excision de l’archipel des Chagos ; jusqu’à maintenant, les Britanniques n’ont  nullement signifié leur intention de régler ce problème.
To this, the government is committed to perform the highest standard in respect of fundamental rights. Mauritius has a principled position. Maurice ne tolérera aucune violation des Droits de l’Homme dans n’importe quelle partie du monde. En sus du Naming and Shaming des coupables sur la scène internationale, Maurice est également consciente de la nécessité d’un engagement en vue d’amener les changements nécessaires.
But we have always been against double standards as regards human rights. Je me rappelle de l’affaire du Zimbabwe en marge du sommet de l’Union européenne. Lorsque la question du Zimbabwe avait été abordée, j’avais interpellé le ministre britannique Jack Straw. I just asked him what about Pinochet ? Pourquoi ne l’avoir pas extradé ? Pourquoi ne l’avoir pas arrêté. Il m’avait que Pinochet était malade et alité. Je lui ai répondu que s’il avait regardé les informations, il aura vu Pinochet quitter son fauteuil roulant un fois qu’il avait débarqué au Chili.
J’ai des entretiens réguliers avec le ministre des Affaires étrangères sur le dossier du respect des Droits de l’Homme au Sri Lanka. Il avait rencontré un certain nombre de ses homologues en marge de l’assemblée générale des Nations unies à New York en septembre dernier. Il s’était également entretenu avec le ministre des Affaires étrangères du Sri Lanka. Il l’a aussi rencontré lors de la récente réunion ministérielle de l’IOR-ARC. Lors de ces contacts, le chef de la diplomatie mauricienne a soulevé les préoccupations, dont fait mention la commissaire des Droits de l’Homme pour le Sri Lanka en matière de non-respect des Droits de l’Homme et également de la nécessité de mettre sur pied une Truth and Reconciliation Commission sur la question des Droits de l’Homme.
À ce stade, je voudrais m’appesantir sur le fait que Maurice est un État souverain et que la politique étrangère du pays est décidée et conduite indépendamment des choix optés par d’autres pays. Dans nos décisions, c’est l’intérêt national qui prime, irrespective of the stand adopted by any government.
Pour ce qui est du choix des pays accueillant les sommets du Commonwealth, lors de la réunion de Kampala en 2007, la décision était portée sur Trinité-et-Tobago pour 2009 et le Sri Lanka en 2011. C’était encore en période de guerre civile dans ce dernier pays. La question de la venue pour 2011 devait être évoquée lors du sommet de Trinité-et-Tobago. Les débats devaient déboucher sur une impasse quant au choix du Sri Lanka.
La question du retrait du Sri Lanka était à l’ordre du jour. Je ne voudrais pas entrer dans les détails des échanges lors de ce sommet, avec le Premier ministre britannique et le secrétaire général du Commonwealth très embarrassés par la situation qui s’est développée. Je me suis engagé à trouver une solution à ce grave problème. J’ai rencontré le chef de la délégation du Sri Lanka et je parvins à pousser le Sri Lanka à se désister pour 2011.
Allégations de crime de guerre
A deal was brokered. L’Australie, avec Perth, fut choisie pour 2011 et le Sri Lanka pour 2013. Puisque j’ai permis de débloquer cette situation, j’ai proposé que le sommet se prononce sur le choix des trois prochains sommets avec Maurice pour 2015. La décision avait été prise en vue de donner plus de temps au Sri Lanka pour mettre à exécution des politiques et des mesures allant dans le respect de ses obligations sur le plan des Droits de l’Homme. Quelle meilleure stratégie pour le respect des Droits de l’Homme que de pousser en faveur d’une enquête pour faire la lumière sur des allégations de crime de guerre. Certains étaient en faveur d’un boycott total. D’autres sont parties prenantes pour un engagement en vue de faciliter des changements. Mais, le plus important demeure le respect des droits fondamentaux des milliers de Tamouls dans le nord du Sri Lanka et une amélioration de la situation.
Je pense qu’il est prématuré et spéculatif de se prononcer sur la présence du chef du gouvernement du Sri Lanka pour le sommet de Maurice de 2015. Les invitations sont émises par le Commonwealth Secretariat en consultation avec le pays hôte.
J’ai rencontré le secrétaire général du Commonwealth avec un objectif précis en juin de cette année. Lors de nos échanges, j’ai clairement fait comprendre à Kamalesh Sharma qu’il y a un urgent besoin de procéder à un monitoring systématique de la situation sur le terrain et que des mesures appropriées doivent être adoptées. Je me suis appesanti sur le fait que des élections régionales doivent être organisées dans le nord du Sri Lanka où les Tamouls sont en majorité. Je lui ai fait part de mes préoccupations au sujet des violations des droits fondamentaux comme cataloguées dans le rapport de la représentante des Nations unies sur le terrain.
I must say this is a principled stand that I have taken. Les informations qui me parviennent de différentes sources indiquent que le gouvernement du Sri Lanka ne fait pas suffisamment à la satisfaction de la communauté internationale. That’s my impression. J’ai appris que les Tamouls ont remporté les élections régionales dans le Nord même si le gouvernement a dépensé énormément pour lutter contre cette victoire.
Maintenant, je suis en présence d’informations à l’effet que le gouvernement du Sri Lanka fait machine arrière sur le plan de la dévolution. Il est question de créer une deuxième Chambre pour enlever le pouvoir des élus tamouls. They want to reverse on that. This is not what democracy is all about. From what I see not much has been done. La représentante des Nations unies sur le terrain a énuméré une série de mesures spécifiques.
De son côté, le secrétaire général du Commonwealth m’a fait comprendre que je devrais être présent au Sri Lanka car Maurice accueillera le sommet de 2015. Il y a la passation à faire à la fin du sommet du Sri Lanka. Je dois faire état de mes préoccupations sur ce qui se passe au Sri Lanka et dans la conjoncture, j’ai pris la décision de ne pas me rendre à Colombo pour participer aux délibérations du sommet du Commonwealth de 2013…
Bancs du gouvernement : Fizette (avec des applaudissements pour marquer la fin de la réponse liminaire.)
Le leader de l’opposition se permet de demander au Premier ministre de préciser sa réponse pour éviter toute confusion en raison des applaudissements qui ont ponctué la fin de l’intervention.
Ramgoolam : I will not attend.
Bérenger : Maintenant que j’ai bien entendu la réponse du Premier ministre à l’effet qu’il ne se rendra pas au Sri Lanka, je peux avoir quelques questions sur le ministre des Affaires étrangères. Lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères à New York, le Sri Lanka a été malmené par certains pays pour l’absence de progrès sur le terrain. Puis-je savoir si le ministre Boolell s’était joint à ce groupe pour dénoncer le Sr Lanka ?
Ramgoolam : He was present. He was not as aggressive. He has taken the stand that we need to see progress…
Bérenger : Plus récemment encore, le ministre Boolell, participant à une réunion de l’IO-ARC, a été élogieux à l’égard du Sri Lanka au sujet de certaines décisions, notamment la mise sur pied d’un centre d’excellence et l’intérêt de Colombo pour la COI. Was it necessary for Arvin Boolell to overdo ?
Ramgoolam : I am not aware. Mais je sais qu’il avait état des préoccupations en matière de violation des droits fondamentaux dénoncés par la représentante des Nations unies. Il s’est intéressé à l’absence de projet sur la Truth and Reconciliation Commission.
Double Standards
A ce stade, le leader de l’opposition revient sur les récentes décisions du Sri Lanka remettant en cause les avancées démocratiques des Tamouls dans le nord du pays.
Bérenger : Pas plus tard que samedi dernier, la BBC avait fait état à la une de cas de viols avec pour victimes des Tamoules…
Ramgoolam : Je suis en présence de ces informations…
Bérenger : Le Premier ministre a fait état de ses contacts avec le secrétaire général du Commonwealth. Est-il au courant de la dénonciation du Canada à l’effet que Kamalesh Sharma se comporte comme un suppôt (stooge) du Sri Lanka et qu’il s’est même permis d’occulter des avis légaux à l’effet que le limogeage de l’ancien chef juge du Sri Lanka était anticonstitutionnel ? Je pense que le Premier ministre a tout intérêt à exercer de la prudence par rapport aux conseils prodigués par le secrétaire général du Commonwealth…
Ramgoolam : Il fait son travail. Je me suis entretenu avec lui au sujet du renvoi de l’ancien chef juge du Sri Lanka qu’il a qualifié d’anticonstitutionnel. Je lui ai dit que j’allais suivre de très près l’évolution sur le terrain. I’m not following his advice. Je ne vais pas me rendre au Sri Lanka pour participer au sommet. Je ne sais s’il y aura le sommet de 2015 à Port-Louis. I don’t care. Le plus important demeure le respect des Droits de l’Homme.
Bérenger : Il se peut que le sommet de 2015 à Maurice soit remis en question. Mais, nous avons un devoir de maintenir la pression pour que des progrès soient accomplis sur le plan du respect des Droits de l’Homme…
Ramgoolam : Je ne serai pas au sommet sinon, on aura pris connaissance de que j’ai à dire au chapitre des Double Standards… The summit is not more important. Plus important demeure le respect des droits de l’homme…
Bundhoo : There is one and only Ramgoolam…
Bérenger : Aret soucer do…
Bunchoo : Get to lalang koté…
A ce stade, le leader du MSM, Pravind Jugnauth, intervient avec une interpellation supplémentaire au sujet de l’absence de Maurice à une récente conférence de la diaspora tamoule sri-lankaise. A cela, Navin Ramgoolam répond que toute participation à cette manifestation aurait été liée à la décision de ne pas se rendre au sommet du Sri Lanka. « Je prends des décisions qui sont dans l’intérêt national », ajoute-t-il.
Les députés Veda Baloomoody, Steve Obeegadoo et Cehl Meeah sont également intervenus avec des interpellations supplémentaires vers la fin des échanges sur la PNQ.
Cehl Meeah : Je félicite le Premier ministre pour sa décision courageuse. Peut-il confirmer que la position de Maurice sur la Palestine n’est dictée d’aucune part ? Pourquoi n’y a-t-il pas encore de connexions aériennes entre Maurice et le Pakistan ?
Ramgoolam : Je vais reprendre la question avec Air Mauritius. Cette affaire relève d’une équation commerciale. Mais il y a des négociations en cours. We are a sovereign country…
Bérenger : Je voudrais soumettre une requête au Premier ministre pour lui demander de donner des instructions au ministre des Affaires étrangères pour faire comprendre à ses interlocuteurs à Colombo que l’absence du Premier ministre est une décision consensuelle entre le gouvernement et l’opposition ?
Ramgoolam : Volontiers, je le ferai car elle ajoute à la solidité de la démarche…
Les bancs du gouvernement applaudissent Navin Ramgoolam pour l’annonce de cette décision.