Le vice-Premier ministre et ministre des Infrastructures publiques, Anil Bachoo, a été sur la sellette à la mi-journée lors de la Private Notice Question (PNQ) du leader de l’opposition, Alan Ganoo, sur les déboires de la Corporation Nationale de Transport. Vers la fin des échanges, la tension est montée d’un cran avec le Whip de l’opposition, Rajesh Bhagwan, réclamant ouvertement la démission du ministre Bachoo pour incompétence. Cette interpellation supplémentaire a donné lieu à de violents échanges au sein de l’hémicycle avec le Speaker, Razack Peeroo, menaçant de mettre un terme à la PNQ si la discipline n’est pas rétablie ; d’autres membres du gouvernement, dont les Private Parliamentary Secretaries, Patrick Assirvaden et Dhiraj Khamajeet, se mêlant à la partie.
De son côté, le vice-Premier ministre et ministre des Infrastructures publiques s’est appesanti sur le fait que l’allocation de certaines routes desservies à la CNT n’est que de nature temporaire et que ces lignes seront restituées une fois de nouveaux autobus mis en service. Il a donné la garantie que cette mesure entérinée par la National Transport Authority ne déboucherait pas sur des pertes d’emploi. Il a également confirmé qu’à la tête de la CNT, cette mesure ne fait pas l’unanimité. En effet, le président du conseil d’administration de la CNT avait objecté formellement à cette décision lors des délibérations officielles à cet effet. Mais le Chairman de la CNT n’a pas été en mesure de proposer des solutions alternatives dans la conjoncture.
Sauver la CNT de la banqueroute
Anil Bachoo est revenu sur le fait que la CNT est dans une passe extrêmement délicate. Il a ajouté que le gouvernement fera de son mieux pour sauver la CNT de la banqueroute car il faudra éviter coûte que coûte la répétition de la fermeture de la Vacoas Transport et de Moka-Flacq Transport, et des suicides des employés jetés sur le pavé. Il a soutenu que sur les 519 autobus constituant la flotte de la CNT, pas moins d’une centaine sont au garage faute de pièces de rechange pour des réparations.
Pour sa part, le leader de l’opposition a résumé les difficultés de la CNT à l’absence d’une gestion saine et rigoureuse, d’un plan d’investissements adéquats, d’un Proper Monitoring aussi bien que d’une politique de non-ingérence dans les affaires de la CNT. Il a réclamé des garanties que cette mesure dépouillant la CNT de certaines lignes ne constitue nullement le prélude à une privatisation prochaine de la CNT.
Les effets du Varmagate se sont également fait sentir au sein de l’hémicycle avec une Musical Chair très discrète pour certains ministres et PPS. Avec la démission forcée de Yatin Varma en tant qu’Attorney General, le ministre Sik Yuen et les suivants dont Lormus Bundhoo et Cader Sayed-Hossen, ont gagné un rang. Pour sa part, l’ancien PPS Reza Issack, rattrapé par le scandale Varma, prend désormais place au sein du Backbench du gouvernement.
Ganoo : Par rapport à la situation prévalant à la CNT, le vice-Premier ministre et ministre des Infrastructures publiques peut-il révéler à la Chambre les raisons pour lesquelles certaines routes desservies ont été retournées à la National Transport Authority (NTA), les lignes concernées, si le feu vert du président et des membres du conseil d’administration de la CNT a été sollicité et obtenu, si des consultations préalables avaient été organisées avec les employés et si la décision sera revue à la lumière de la grève de la faim entamée par un des employés pour contester cette démarche ? Peut-il également révéler si en 2011, la décision pour l’acquisition de 65 autobus avait été entérinée, si des appels d’offres ont été lancés et si le contrat a été alloué et sinon pourquoi et de confirmer si des licenciements sont à prévoir avec le retour des routes allouées à la CNT et si des représentations pour une révision salariale ont été formulées par les employés ?
Bachoo : Comme je l’ai déjà dit auparavant, la CNT fait face à des difficultés et traverse une période difficile. Il est de notoriété publique que dans le monde entier, le système de transport en commun dépend dans une certaine mesure des gouvernements pour assurer sa stabilité dans les opérations. Admittedly, the NTC faces much greater difficulties. La CNT assume un rôle extrêmement critique dans le système de transport en commun. Elle permet d’assurer des objectifs de nature sociale du gouvernement. La CNT contribue de manière significative à cet effet.
Je dois aussi ajouter que la CNT n’a abandonné aucune des routes qui lui ont été attribuées mais qu’il y a nécessité d’assainir la gestion. Des 519 bus que constitue la flotte de la CNT, une centaine reste au garage en raison d’une pénurie de pièces de rechange. Nous avons des difficultés pour trouver des pièces de rechange authentiques en vue de remettre ces autobus sur les routes.
Nous avons pris la décision de permettre à d’autres opérateurs dans le transport en commun d’apporter un complément à la CNT sur certaines lignes. This is a temporary arrangement to ensure satisfactory service. La CNT a soumis une demande en ce sens à la National Transport Authority.
Des critiques « from certain quarters »
À ce stade de la réponse, le ministre Bachoo donne des détails des arrangements qui sont entrés en vigueur depuis hier sur certaines routes. Il fait état des critiques « from certain quarters » contre la CNT avec des risques que des passagers préfèrent d’autres compagnies à la Corporation pour se déplacer.
Bachoo : Il est également important de souligner que ces arrangements n’interdisent nullement la CNT d’exploiter au maximum le nombre de bus opérés sur ces mêmes lignes. De plus, aussitôt que la CNT recevra de nouveaux autobus, il y aura un retour à la normale.
La décision de permettre à d’autres opérateurs sur les lignes allouées à la CNT a été discutée à la réunion du board du 16 mai dernier. It was a minority decision. The chairperson was not agreeable to that decision. Mais il n’a pas été en mesure de proposer des solutions alternatives. Le General Manager de la CNT a informé les employés de la CNT de cette démarche le 21 juin. Il leur avait fait comprendre que ces nouveaux arrangements allaient entrer en vigueur incessamment et qu’il ne devait y avoir aucune crainte en ce qui concerne des pertes d’emplois.
Je ne vois aucune raison de revoir ces arrangements car ils ne sont que temporaires et qu’il n’y a aucune décision pour réduire le personnel.
La décision pour lancer un exercice d’appel d’offres pour l’acquisition de 65 autobus avait été prise le 27 octobre 2011. Les documents d’offres ont été avalisés par le Central Procurement Board en mai 2012. Les bids furent lancés en juillet 2011 et la date de clôture pour la soumission des offres le 30 août 2012. No contract was awarded. Le Central Procurement Board est arrivé à la conclusion que des trois offres reçues, uniquement une était Responsive mais le prix coté était de 46 % supérieur aux estimations.
Je peux assurer qu’il n’y aura aucun licenciement d’employés. En début d’année, les syndicats des employés avaient soumis une demande pour une révision salariale. La direction générale de la CNT est parvenue à la conclusion qu’elle ne pouvait accéder à une telle demande et tout le dossier a été soumis aux autorités compétentes, dont le National Remuneration Board le 26 avril dernier.
Ganoo : J’ai écouté attentivement les explications du vice-Premier ministre au sujet des problèmes de la CNT. Il concède que la situation est dramatique. Mais de mon point de vue, la principale raison qui a poussé la CNT dans cette passe difficile se décline sous forme d’une mauvaise gestion, de la politique de petits copains, d’un niveau intolérable de corruption, d’une absence de compétences et de laxisme en général. Voilà où tout cela a mené la CNT…
Bachoo : En tant que ministre de tutelle, je me cantonne aux General Directives. Mais cette affaire de « petite politique ou politique de copains » n’est pas de mise. Il n’y a pas eu de recrutements massifs à la CNT. Depuis les années 90, la CNT fait face à un problème de travailleurs surnuméraires.
L’autre problème majeur, que doit affronter la CNT, reste la flotte vieillissante de bus. Il y a eu un apport de 114 nouveaux bus. Nous attendons 65 autres. We are trying to renew the fleet of buses. Nous faisons face à de grosses difficultés pour nous approvisionner en pièces de rechange, qui ne sont nullement disponibles sur le marché. Voilà les problèmes de la CNT. My ministry does not poke its nose in the affairs of the NTC…
Baloomoody : Ki sann-la pou krwar twa ?
Ganoo : Au cours de ces dernières semaines, nous avons été témoins d’une nette dégradation de la situation à la CNT avec des autobus prenant feu sur la route. Le ministre lui-même a fait état du fait que « the situation at the NTC is delicate ». Il a également dénoncé le Top Management de la CNT en évoquant la nécessité d’adopter des mesures majeures pour redresser la situation. Nous apprenons que le président du board de la CNT n’approuve pas cette dernière décision au sujet des routes desservies par la CNT. Les employés n’ont pas été consultés au préalable. Ils ont été mis devant un fait accompli à la dernière minute. S’il y avait eu consultations avec les employés, d’autres solutions auraient pu être discutées. Ils ont laissé la situation se détériorer…
Bis pe pran dife…
Bachoo : La CNT fait face à des problèmes. J’en ai déjà parlé. Il y a le plan de restructuration, qui a déjà été approuvé par le gouvernement, l’introduction de la Smart Card aussi bien que des investissements envisagés par le gouvernement. De l’autre côté, notamment, le leader de l’opposition compare les bus de la CNT à des corbillards…
Bhagwan : Ki to le nou dir… Bis pe pran dife…
Le vice-Premier ministre et ministre des Infrastructures publiques est agacé du fait qu’il a été interrompu et lance « si vous ne voulez pas écouter ma réponse, je m’assois ». Sur ce il s’exécute.
Bhagwan : To pre pou tret bis de zanimo…
Bancs du gouvernement : Ta gro barik !
Le Speaker tente d’intervenir pour permettre au ministre de reprendre la fin de sa réponse.
Bachoo : Il ne faut pas oublier que la CNT emploie 2 200 personnes et si après de telles remarques, le public voyageur abandonne la CNT, que se passera-t-il ?
Jhugroo : On a point of order ! L’honorable Virahsawmy a utilisé le terme « gro barik »…
Speaker : Silence please…
Dans le brouhaha, le député Mahen Jhugroo revient sur sa protestation au sujet de l’expression « gro barik ».
Speaker : Je n’ai pas entendu cette expression. Je vais m’enquérir auprès du ministre Virahsawmy.
Le ministre Virahsawmy intervient et affirme qu’à aucun moment, il a fait usage de l’expression en litige. Les échanges sur la PNQ reprennent leurs cours.
Bachoo : La CNT emploie 2 200 personnes. Toute déclaration de ce genre peut déboucher sur des conséquences dramatiques. À tout prix, nous voulons éviter la répétition de la dramatique expérience de la fermeture de Vacoas Transport et de la Moka-Flacq avec des suicides des employés jetés sur le pavé. Nous voulons préserver des emplois.
Manque de bus
D’un autre côté, nous faisons face à un manque de bus avec des protestations venant du public. Régulièrement, je suis en présence de lettres de responsables d’école faisant état que des écoliers arrivent avec une demi-heure même une heure de retard chaque matin. Nous avons cru nécessaire de prendre des mesures. Cette décision n’est que temporaire. They should not be scared. D’ici à décembre, nous allons recevoir de nouveaux autobus pour un retour à la normale.
Ganoo : Le ministre peut-il nous dire combien de bus de la CNT ont pris feu récemment. C’est le cas de dire que ce sont des corbillards. N’est-il pas un fait que ce sont les routes les plus profitables de la CNT qui ont été affectées par cette mesure ?
Bachoo : J’ai dit que la CNT fait face à des problèmes. Que doit faire le gouvernement ? La CNT opère également une dimension sociale ; 45 % des routes allouées à la CNT ne sont pas rentables. Il y a également les lignes longue distance. Dans le monde entier, le système de transport est en difficulté et les gouvernements doivent accorder des subventions. Nous avons maintenu des routes profitables. This is a temporary measure. Nous avons besoin de bus. Lors de sa récente mission au Japon, le Premier ministre a discuté avec les autorités de ce pays aussi bien qu’avec son Premier ministre pour l’acquisition d’une centaine de bus. Cela devrait nous aider…
Bhagwan : Telman to fane, li bizin fer to travay…
Jugnauth : Le ministre a parlé de l’exercice d’appel d’offres pour les 65 autobus. La CNT avait donné le feu vert le 18 juillet 2012 mais le 30 août, le Central Procurement Board est venu de l’avant avec des amendements à l’exercice d’appel d’offres et un addendum à être remis aux soumissionnaires. Comment explique-t-il cela ?
Bachoo : Le CPB est responsable des appels d’offres. Il y a eu des discussions entre la CNT et le CPB. Puis à la veille de la date de clôture, il y a eu cette affaire d’amendements. La CNT a débarqué au ministère et le Supervising Officer a dû présider une réunion en toute urgence… Mon ministère ne se mêle pas des affaires de la CNT…
Bhagwan : Ki sann-la pou krwar twa…
Bachoo : The Supervising Officer was compelled to preside over a meeting. J’ai des documents que je déposerai sur la table de l’Assemblée nationale pour prouver ce que j’avance. Si on avait accepté, on nous aurait accusés de vouloir intervenir en faveur de X, Y ou Z…
Ganoo : Je reviens sur l’affaire des 65 autobus avec la décision de la CNT remontant à octobre 2011 et aujourd’hui nous sommes en juin 2013. Je suis en présence des copies du procès-verbal de la réunion du board où le président de la CNT avait pris position qu’il ne fallait rien amender dans l’exercice d’appel d’offres. Je vais déposer ces documents sur la table de l’Assemblée où il est fait mention que « it was not a querry. It was a request ». Il y avait une tentative d’amender les spécifications de l’appel d’offres. Le représentant du ministère du Travail sur le board avait soutenu le président…
Exercice d’appel d’offres
Bachoo : The Honourable leader of opposition has already answered the question in my place. Le CPB avait écrit pour réclamer un addendum à l’exercice d’appel d’offres. Le président du CPB avait écrit au président de la CNT au sujet des « gratuitous allegations » portées lors de la réunion. Je ne suis pas en train de défendre le président du CPB. Mais voilà ce qui s’est passé. L’exercice d’appel d’offres s’est poursuivi. Une seule des trois cotations était valide mais le prix coté était de 46 % plus.
Le ministre poursuit sa réponse en faisant état des amendements au seuil pour avoir recours à des appels d’offres sur le marché international.
Ganoo : Comment peut-il expliquer la prise de position du ministère du Travail à l’effet que la CNT ne doit pas céder aux pressions? J’ai en ma possession deux lettres, l’une faisant état que le CPB n’avait aucune objection et une autre en date du 6 septembre 2012 au sujet de l’évaluation des offres ? Comment explique-t-il cela ?
Bachoo : La CNT n’a aucun pouvoir en ce qui concerne l’octroi des contrats. Il n’y a eu aucun amendement dans les documents d’appels d’offres. It was not amended at all. Le CPB avait annulé l’exercice d’appel d’offres pour les raisons évoquées. We cannot challenge the decision of the CPB. We have to take cognizance.
Bhagwan : Le ministre personnellement a dépeint un tableau dramatique de la situation à la CNT. Il a été ministre de tutelle depuis 2005 et bien avant aussi. Ne croit-il pas qu’il est dans l’intérêt public qu’il doit soumettre sa démission. Demisione ! Ale…
Cette interpellation supplémentaire de Rasjesh Bhagwan fait monter la tension d’un cran au sein de l’hémicycle avec un brouhaha de part et d’autre.
Bancs du GM : Sinema ! Bollywood ! Aret fer film !
Le Speaker doit intervenir énergiquement avec un rappel à l’ordre à l’adresse du Whip de l’opposition pour éviter toute détérioration.
Assirvaden : Fou sa deor…
Le PPS Khamajeet se joint à la partie.
Le Speaker : Si cela se poursuit, je mets un terme à la PNQ.
Ganoo : Le ministre ne croit-il pas que la cause des déboires de la CNT se décline en une absence de gestion saine et rigoureuse, d’investissements adéquats, de Proper Monitoring et de non-ingérence dans les affaires de la CNT. Peut-il donner la garantie que cette mesure au sujet des routes n’est pas en prélude à une privatisation de la CNT compte tenu de ce que nous avons constaté de la situation laissant la CNT aller à la dérive depuis ces dernières années. ?
Bachoo : Nous allons faire l’acquisition de 65 autobus. La privatisation n’est pas dans notre programme…
Du brouhaha se fait entendre.
Bachoo : It is my duty to answer. Ce n’est pas dans l’intention du gouvernement que de procéder à la fermeture de la CNT. Nous allons faire de notre mieux pour sauver la CNT…
La PNQ prend fin sur des invectives avec Rajesh Bhagwan lançant à l’adresse des bancs du gouvernement : « Mo bizin Hindu Voice pou defann mwa… Mo pa bizin pandit… »