Dans ses écrits et ses peintures, Kavi Vadamootoo, docteur en psychanalyse, peintre, sculpteur, poète, se livre à un examen critique croisé de notre époque et de l’itinéraire intellectuel d’un homme engagé dans la théorie du corps et le processus évolutif dans l’art. L’enfer ou la liberté, c’est là tout le paradoxe. Illustration et défense de ses idées.
On sait que depuis la nuit des temps, l’humain pense, et c’est par quoi il se distingue. La pensée s’étend à différentes disciplines. Foucault et Lacan voulaient que le sujet demeure. On verra ce qu’il en est avec le docteur en psychanalyse Kavi Vadamootoo, Mauricien déraciné et établi au Pays de Galles depuis 1966. L’homme a connu une actualité à Maurice le 1er octobre dernier lors de la remise d’un prix littéraire qui porte son nom et dont il est le donataire (Rs 100 000). Kavi Vadamootoo a entamé un dialogue avec nous avant son départ pour Swansea où il enseigne. Loin de placer l’accent sur une vie personnelle, il a dévoilé quelques aspects de sa pensée. C’est, de fait, cette pensée qui donne à son oeuvre littéraire et artistique son unité et son originalité. Son unité parce que ses poèmes, ses peintures, ses sculptures s’y rattachent au-delà des clivages des genres et des disciplines. Kavi Vadamootoo avait clairement conscience du fil conducteur qui définit sa réflexion en tant que chercheur dans la psychanalyse et le corps. Il essaie d’éclairer sa philosophie : « On n’est pas né avec un corps, on devient un corps », dit-il. Sa théorie du corps est que celui-ci est fragmenté au départ. Il se construit dans son interaction avec l’autre. Au départ, c’est le corps qui colonise l’esprit. Ensuite, corps et esprit marchent ensemble. Kavi est lucide sur la période pré-oedipienne : « On est castré dès qu’on est né, séparé du ventre de la mère… on entre dans un triangle qui forme la pensée du bébé, la mère et les rêves des parents…  » Le psychanalyste nous dit que le corps est toujours en construction. On ne peut être à l’aise dans toutes les situations. Kavi Vadamootoo dit que l’homme est né désarticulé, avec ses névroses. Il faut toujours essayer de cohabiter, apprivoiser ses démons, selon les propres mots de l’interlocuteur. Au sujet du divan, Kavi nous dit que la psychanalyse se fait dans un contexte relationnel. On régresse pour avancer. C’est une relation verbale pour aborder le non-dit. C’est la relation humaine et la parole. Vadamootoo pense qu’on se culpabilise trop par rapport au regard de la société (il faut parfois accepter le regard négatif). Mais c’est notre propre regard sur soi qui est le plus dangereux. Il faut apprendre à se connaître, à cohabiter avec ses démons, selon Kavi : « Il ne faut pas détruire le monstre, sinon il vous détruit…  » Il ajoute qu’il ne faut pas détruire le paradoxe (nous sommes le paradoxe) mais vivre le réel.
La réflexion critique du poète Vadamootoo se situe au point de la résonance interne, dans la jouissance, dans les images et la recherche de la parole primitive. Nous donnons ci-dessous un exemple dans ses haïkus (publiés dans « IN SPINS », 1996) et ses récentes peintures.
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Quelques Haïkus de Kavi Vadamootoo
God’s glare in steel sheath,
man’s eyes idling in mud slits,
track of lonely lights.