Une des pulsions qui poussent à écrire, c’est le désir de raconter ce que l’on a vécu. C’est sur un mode d’écriture personnelle que le poète mauricien Sedley Assonne a choisi de parler de sa rencontre avec Olga Khokhlova, artiste russe rencontrée l’année dernière au festival international de poésie de Trois Rivières, au Québec. Assonne, chroniqueur acide de notre temps (le «débat» à Maurice sur le Best Loser System, ce qui se passe en Hongrie, la loi sur le génocide arménien en France, etc) et antihéros parfois désagréable à l’égard de ceux qui ont une image idéalisée d’eux-mêmes, s’impose dans son nouveau livre comme un poète transi d’amour. Ya tebya lyublyu signifie en Russe « Je t’aime ». Dans ce qu’il appelle un « concept-album » à l’instar de Melody Nelson de Serge Gainsbourg, Assonne nous livre 37 poèmes sans titre, sous forme de déclaration d’amour à Olga (Ya tebya lyublyu Olga Khokhlova-Don’t be sad, Editions de la Tour, 2012) . C’est sans doute un de ses plus beaux livres (dans la présentation et dans le fond) parce qu’il parvient à décrire le personnage d’Olga en fouillant dans ses origines et en restituant une vérité de la condition de la femme russe. Olga porte exactement les mêmes nom et prénom que la première femme du peintre Pablo Picasso, et qui était également  d’origine Russe. Sedley Assonne parle d’une passion amoureuse, liée à l’écriture puisqu’il s’agit de décrire l’autre rencontrée à un festival de poésie, la saisir, la comprendre, la posséder par les mots. C’est une véritable fouille dans les plis de la mémoire et un texte qui s’inscrit comme une prolongation  de la satire sociale à une époque rompue au culte de la célébrité et à la violence. « Je prolonge cette interrogation dans le recueil : L’amour ne permettrait-il pas que l’homme renaisse, si jamais un cataclysme devait mettre fin à l’existence humaine ? N’est-ce pas de l’amour que renaîtra toute chose ? N’est-ce pas de l’amour que sont nés Adam et Eve ? N’est-ce pas l’amour qui me permet de faire revivre mes souvenirs de Les Salines, le quartier de mon enfance ? La tête de Lénine, installée au jardin Robert Edward Hart par l’Etat mauricien, en signe « des bonnes relations » (comme ils disent souvent) entre l’Union Soviétique et notre île, qui s’en souvient aujourd’hui ? Olga Khokhlova, rencontrée à Trois Rivières, loin de Les Salines, m’a pourtant remis en mémoire ce buste de Lénine !« , écrit Sedley Assonne. L’émotion se dissimule sous de nombreuses contraintes. Mais les 37 poèmes de Assonne viennent apporter un éclairage à un projet inabouti, un récit autobiographique qui confirme la place de Sedley Assonne comme écrivain inventif et un de nos meilleurs représentants en poésie de langue kreol. C’est pour cette raison qu’il trouve la place qu’il mérite ici (à chaque fois qu’il publie) à côté des autres écrivains mauriciens.