Le gouverneur de la Banque de Maurice (BoM) est d’avis que si l’investissement public avait pris, comme il se doit, la relève de l’investissement privé lorsque celui-ci a accusé une baisse, la croissance économique du pays n’aurait pas été en baisse. Manou Bheenick l’a fait savoir hier, lors d’une conférence de presse, au siège de la BoM, pour faire le point sur les observations notées par le comité de politique monétaire (MPC) lors de sa réunion tenue la veille. Le MPC s’est prononcé, par vote majoritaire, pour le maintien du taux directeur à 4,65 %.
« Si la croissance a baissé, c’est dû à notre politique d’investissement », a déclaré le gouverneur de la banque centrale en présence de ses deux adjoints, Yandraduth Googoolye et Iqbal Belath (ce dernier a participé, lundi, à sa dernière réunion du MPC) ainsi d’un membre externe indépendant, l’économiste Pierre Dinan. Manou Bheenick est d’avis qu’« on a raté une chance » de donner un coup de fouet à la croissance et considère que cette situation est probablement due à un manque de capacités dans l’exécution des projets ou alors à l’absence de projets déjà ficelés et prêts à être lancés. Il a fait ressortir que le taux d’investissement en pourcentage du Produit Intérieur Brut s’est replié, affirmant que « ce n’est pas la baisse du taux directeur qui amènera la croissance » et regrettant que l’investissement public n’ait pas suppléé à l’investissement privé lorsque celui-ci s’est replié. « Pensez vous que la politique monétaire peut régler les problèmes structurels de notre économie ? » a lancé le gouverneur, qui est d’opinion qu’avec des investissements accrus du secteur public, le pays aurait pu enregistrer une croissance d’au moins 3,3 % ou plus cette année. Par ailleurs, Manou Bheenick a martelé que « la politique monétaire ne peut résoudre les problèmes de balance sheet des entreprises ».
La banque centrale s’inquiète du niveau d’endettement des entreprises, le gouverneur observant que des investissements conséquents ont été faits, par exemple, dans le secteur immobilier mais que jusqu’ici de nombreuses villas n’ont pas encore trouvé preneurs. Cette situation, a-t-il poursuivi, a des retombées néfastes sur le déficit de la balance des comptes courants.
Tout en faisant ressortir que le niveau d’endettement des ménages ne semble pas poser de problème, la BoM relève que la croissance des crédits bancaires à certains sous-secteurs a été plus élevée que prévue. Les cas de l’industrie de la construction et du secteur touristique ont été mentionnés en particulier. Manou Bheenick considère que ce n’est pas une situation soutenable car elle peut poser problème à la stabilité financière des banques. Le niveau des créances douteuses est effectivement en hausse, le taux, indiquent les autorités bancaires, se situant actuellement à 5,6 % des crédits totaux accordés par le secteur bancaire. La BoM a annoncé qu’elle publiera bientôt de nouvelles mesures macro-prudentielles pour les banques en vue de contenir le niveau des créances douteuses.
Faisant état de l’évolution de la situation économique globale aussi bien que locale, Manou Bheenick a indiqué qu’aux États-Unis, une reprise s’est dessinée mais que le pays se retrouve devant un sérieux problème budgétaire dont l’issue reste incertaine. Dans la zone euro, on a constaté que le dernier trimestre a été marqué par une légère reprise, cela après six trimestres consécutifs de décroissance. Au Japon, l’économie est en constante progression. Il reste à savoir, a ajouté Manou Bheenick, quelles seront les retombées de cette petite relance économique chez les principaux partenaires commerciaux de Maurice.
Au plan domestique, malgré une légère révision à la baisse (de 3,3 % à 3,2 %) de l’estimation du taux de croissance pour 2013 par Statistics Mauritius, la BoM pense que « l’économie mauricienne se défend très bien ». L’inflation a pu être contrôlée, la banque centrale ayant corrigé à la baisse ses prévisions pour cette année. La BoM estime que la headline inflation (moyenne de l’indice des prix sur une année comparée à la moyenne des douze mois précédents), qui était de 3,5 % en août 2013, atteindrait 3,7 %-3,8 % en décembre 2013. La year-on-year inflation (le niveau du CPI pour un mois donné comparé à celui du mois correspondant de l’année précédente), qui s’établissait à 3,1 % en août 2013, pourrait se situer dans une fourchette de 4,5 % à 4,9 % en décembre prochain. La BoM note que le taux d’intérêt réel à l’épargne est négatif, soit à 3,45 %. Manou Bheenick relève également que le taux de l’épargne à Maurice (14,2 %) est très bas et est, par ailleurs, bien en dessous du niveau qu’a connu le pays dans le passé (25 %). Il conclut qu’« à travers notre politique ultra accommodante, on est en train d’encourager la consommation ».
Par ailleurs, le gouverneur a fait état d’avis divergents exprimés au sein du comité de politique monétaire quant à la situation économique générale et la direction que doit prendre le taux directeur mais a soutenu qu’il y a une tendance vers la convergence des opinions des membres.