Valoriser les enfants autrement capables et leur offrir un peu de joie. C’est dans cette optique qu’Appadoo Travel Tours a organisé une fête à leur intention jeudi dernier au centre récréatif Lady Sushil Ramgoolam, à Pointe-aux-Piments. C’est la quatrième année consécutive qu’Appadoo Ramsamy, directeur d’Appadoo Travel Tours, organise cet événement.
Le ministre de la Sécurité sociale, Etienne Sinatambou, devait être l’invité d’honneur mais n’a pu être présent. Dans son discours, lu par le Deputy Permanent Secretary de son ministère, Dhanandjay Kawol, il a soutenu que chaque citoyen a un rôle à jouer afin de permettre aux enfants handicapés de s’épanouir dans la société. « Il faut que ces enfants puissent sortir des quatre murs et démontrer de quoi ils sont capables. Ils doivent s’inspirer de Stephen Hawking », affirme le ministre.
Cette sortie, organisée jeudi, a été accueillie favorablement par des parents, qui ont eu l’occasion de témoigner de leur quotidien, un vrai parcours du combattant. Ainsi, Germale Percy, 42 ans et habitante de Beau-Bassin, est mère de deux enfants. Son benjamin est malade depuis qu’il a sept mois. C’est elle qui s’occupe de lui depuis. Elle est à son chevet du matin au soir. « Alors qu’il avait sept mois, il avait des problèmes respiratoires et autres complications. Il faisait également des crises d’épilepsie. Il a dû se faire opérer. Depuis, mon fils doit se déplacer dans un fauteuil roulant. Il a aujourd’hui 11 ans. Il ne peut même pas parler ». Germale Percy ajoute qu’auparavant, elle avait peur de sortir parce que son fils était agressif envers les autres. « Dès qu’il voyait un enfant, il lui tirait les cheveux et le frappait. Donc, j’ai cessé de sortir de chez moi. J’avais peur de socialiser et je restais avec mon fils à la maison ».
Il y a quelques mois, elle a reçu la visite d’une dame qui lui a parlé de l’Association des Parents pour la Réhabilitation des Infirmes Moteurs (APRIM). « Je me suis dit pourquoi ne pas essayer. Cela fait déjà quatre mois que mon fils y est admis et j’ai remarqué un grand changement en lui. Il s’épanouit et je me sens mieux également. Aujourd’hui, je peux sortir avec mon fils sans aucune crainte. Il commence à socialiser et ne fait plus de tort aux autres enfants. Je respire mieux », dit-elle.
Aujourd’hui âgé de 9 ans, le petit-fils de Fatma, 54 ans, est né prématuré. Petit, il avait des difficultés à marcher. Ce n’est qu’à l’âge de deux ans que ses parents et proches ont réalisé qu’il y avait un souci au niveau de ses jambes. Ainsi, quand il a atteint l’âge de trois ans, il a été admis à la Ranger Foundation, une école spécialisée pour les autrement capables. « Depuis qu’il fréquente cette école, nous avons remarqué beaucoup de changements en lui. Il s’exprime mieux et s’épanouit. Il devient indépendant. D’ailleurs, mon petit-fils est un jeune homme intelligent. Il pourra bien gérer sa propre entreprise un jour », explique la grand-mère du petit.
Josiane Ah Siong, directrice et membre fondatrice de l’APRIM, est aussi mère d’une fille autrement capable âgée de 36 ans. Cette mère de 59 ans relate que c’est à l’âge de 22 mois que sa fille est tombée malade. « Elle a souffert d’une crise d’épilepsie. À l’époque, il n’y avait aucun encadrement ni pour ces enfants ni pour les parents. Donc, tout était étrange pour moi. Quand j’ai emmené ma fille chez un médecin, il m’a lancé que ma fille sera handicapée à vie », se souvient-elle.
Josiane Ah Siong était perdue et ne savait quoi faire. « Il n’y avait pas d’école spécialisée pour nous dire comment élever ces enfants. Donc, je l’emmenais à un centre de thérapie à Vacoas. Là, j’ai fait connaissance d’autres parents qui avaient le même problème. Avec six autres parents, nous nous sommes associés et nous avons lancé une petite école destinée aux enfants autrement capables ».
En 1992, l’école est prise en charge par des Rotariens et gagne en popularité grâce au bouche-à-oreille. En 2006, l’APRIM fait l’acquisition d’un bâtiment. « Ma fille a grandi dans l’école et j’ai ainsi pu savoir comment prendre soin d’elle et l’élever dans un environnement sain. À mon époque, c’était difficile de faire grandir un enfant autrement capable parce qu’il ne mène pas une vie normale. L’école comprend cinq éducatrices, deux « carers », trois « occupational therapists » et deux chauffeurs », indique Josiane Ah Siong.
Aujourd’hui, Josiane Ah Siong se dit fière de pouvoir venir en aide aux parents ayant les mêmes difficultés. « J’ai suivi beaucoup de formations et aujourd’hui, je me permets d’encourager les parents à sortir de leur cachette et d’être fiers de leurs enfants, même s’ils mènent une vie différente. Les parents peuvent être fiers de marcher avec leurs enfants dans la rue. Nous misons beaucoup sur le respect des droits des enfants autrement capables », conclut-elle.