Les facteurs ayant causé la mort de milliers de petits poissons le mercredi 6 juin dernier à Mer Rouge ne font toujours pas l’unanimité entre les ministères de la Pêche et de l’Environnement. C’est la contre-analyse effectuée par CHEMCO Laboratory Services à la demande du Syndicat des Pêcheurs de Maurice (SPM) qui remet le sujet le tapis. Les conclusions de CHEMCO révèlent en effet la présence de produits chimiques dans l’eau, alors que les conclusions du National Environment Laboratory (NEL) n’en faisaient pas mention.
Le débat est désormais ouvert. Si, d’un côté, le ministère de la Pêche déclare que c’est à l’Environnement de suivre l’évolution de la qualité de l’eau, de l’autre, le ministre de l’Environnement affirme, par le biais d’une source officielle, qu’il faut que le SPM dépose son rapport suivi d’une covering letter. D’autres analyses seront-elles effectuées ? Le ministère de l’Environnement s’est-il intéressé à connaître les conclusions de CHEMCO ? Faut-il vraiment que le rapport soit dirigé au siège du ministère pour qu’il soit comparé au leur ? Et pourquoi les rapports des ministères ne sont-ils pas rendus publics ?
Pourtant, dans une déclaration à Week-End, le président du SPM, Judex Ramphul, soutient que le rapport a été officiellement produit, lors d’une réunion vendredi 20 juillet, dans les locaux de la Pêche, et ce en présence du responsable du département de Pollution Prevention Control (PPC) de l’Environnement.
Pour rappel, le rapport du NEL avait indiqué que les poissons étaient morts en raison de la présence de coliformes (bactéries d’origine fécale) dans l’eau. Ces coliformes se trouvent généralement dans les eaux usées et le sol. Leur présence dans une rivière ou dans la mer ajoute dans l’eau un excédent de matière organique, dont la pourriture prive l’eau d’oxygène, tuant ainsi les poissons.
De son côté, le ministre de la Pêche vient confirmer la contre-analyse des pêcheurs. Interrogé après une cérémonie officielle à son ministère, vendredi après-midi, le ministre Nicolas Von Mally a déclaré à Week-End que le rapport de son ministère indique que les poissons sont morts en raison d’un manque d’oxygène. « La présence de phosphate dans l’eau accentue la prolifération d’algues, et les algues consomment tout l’oxygène. Mais c’est au ministère de l’Environnement de faire un suivi et de prendre les sanctions qu’il faut », a dit  le ministre, catégorique sur la question.
Paradoxalement, le même soir, le ministre de l’Environnement, Deva Virahsawmy, dans une déclaration à un journal en ligne, s’est joint au SPM pour contester « le rapport de la Pêche, qui affirme que les poissons sont morts à cause des coliformes ». Ainsi, selon ses experts, ce ne sont pas les excréments d’animaux qui sont la cause de la pollution marine à Mer Rouge, mais bel et bien des déchets toxiques déversés par des usines situées dans la zone industrielle de Riche-Terre, qui ont provoqué la mort de milliers de poissons. Or, cette conclusion émane précisément de son propre ministère, et non de celui de la Pêche.
La contre-expertise a été commanditée par le SPM, ce dernier n’étant pas satisfait des conclusions de l’Environnement. En effet, les analyses avaient démontré un niveau élevé de coliformes se trouvant dans l’eau, émanant sans doute des élevages de porcs. Conclusion catégoriquement rejetée par les pêcheurs de Roche-Bois, qui sont remontés jusqu’à des tuyaux déversant des produits toxiques dans la mer.
L’analyse faite par CHEMCO, un laboratoire privé, ont révélé la présence de coliformes, mais également de substances chimiques. L’eau a été analysée entre le 26 juin et le 12 juillet. S’étant contenté de soumettre le rapport sans interpréter les conclusions, le SPM s’est tourné vers Thomesswarr Beeharry, biologiste de profession et ex-Senior Scientific Officer dans un corps parapublic.
Fort de ses 35 années d’expérience dans le domaine, Thomesswarr Beeharry a indiqué que selon l’analyse de la qualité de l’eau, des microbes et des produits chimiques ont provoqué la mort des poissons. Le rapport démontre que le Biological Oxygen Demand (BOD) et le Chemical Oxigen Demand (COD) sont à 11 et 29 mg/L respectivement, alors qu’ils sont supposés être à zéro pour une eau propre. Il avance, par ailleurs, qu’un produit chimique peut être toxique en lui-même et causer la mort des poissons.
S’adressant à la presse dans le courant de la semaine écoulée, Judex Ramphul a lancé un ultimatum aux deux ministères pour qu’ils rendent leurs rapports publics. Au cas contraire, une manifestation sera envisagée. De plus, les membres du SPM ne comptent pas s’arrêter là. Affirmant qu’ils ont un dossier solide, ils envisagent des poursuites légales contres les usines qui déversent leurs produits toxiques dans l’eau. Mais ils trouvent toutefois désolant que ce soient eux qui doivent entamer de telles démarches, alors que ce rôle aurait dû revenir aux autorités.