Les dirigeantes de l’aile féminine du PTr et du MSM se sont livrées à un crêpage de chignon, par presse interposée. En toile de fond, le transfugisme de Mirellle Martin et des commentaires de Showkatally Soodhun et de Pravind Jugnauth, qui après la démission de la jeune femme de son ancien parti, le MSM. Dans cette guéguerre au ton populaire, elles ont surtout pris le soin de redorer l’image de leur leader et de leur parti respectif. La cause féminine, elles en sont sensibles, touchées… quand il y va de la cause politique. Hier, c’était côte à côte qu’elles écoutaient les hommes de leurs partis dénigrer la Femme dans sa dignité et insulter leur adversaire commun en le traitant de « fam ».
Cette semaine, telles des Amazones, les femmes politiques du PTr et du MSM, ont chevauché leurs montures pour défendre l’honneur de leur parti respectif et le charisme de leur leader. Durant leurs interventions, le ton et la détermination étaient de mise. En politique, la voix des femmes ne comptent pas pour du beurre ! C’est ce qu’affirment celles qui l’ont épousée pour le meilleur et pour le pire. « Nou (ndlr : les femmes) prémié lafors dan nou parti », rappelait Sheila Bapoo, mercredi dernier. Actuellement, la politique, c’est son côté pire : sale, bas, affligeant, grotesque… et encore, qu’elle laisse transparaître. Mais pour le moment, les femmes, qu’elles soient rouges, oranges et plus timidement mauves et bleues, ne s’attardent pas sur ces facettes sombres. Dans le camp rouge et orange l’heure est à l’attaque. Et au centre de leur règlement de compte, une autre femme : Mireille Martin. « Celle qui marquera l’histoire politique pour être la première femme transfuge », se plaisent-on à dire dans le giron. Mais, à écouter — par moments — Sheila Bappoo, entourée mercredi dernier, de nombreuses « madams » de l’aile féminine du PTr et Leela Devi Dookhun, le lendemain — moins entourée, mais imposante — commenter les propos qui ont fait polémique à l’égard de Mireille Martin, l’on pourrait penser à une guéguerre populaire tant les « larmé Madam Bapoo prézan kan ariv lé moman », « li ti dir », « li bliyé », « kot li ti été ? »… ont tonné au Square Guy Rozemont et au Sun Trust Building. « Zot pé défann Mireille Martin oubyen zot pé défann zot parti ? », se demande une activiste bleue.
Le leader, ce demi-Dieu
Les Amazones des partis sont en guerre… « Le leader ! C’est un Dieu, un demi-Dieu », laisse échapper une activiste connue. Parenthèse. Loin des divergences qui opposent les femmes du MSM et du PTr, Rajesparee Vencatapillay, présidente de l’aile féminine du MMSD ne cache pas son admiration pour Eric Guimbeau, son leader. « Mon leader, je l’admire ! Vous avez vu ce que j’ai écrit sur Facebook ? J’ai dit qu’il a eu raison de ne pas céder aux propositions que lui a faite le PTr. Il sait qu’il peut compter sur moi », dit-elle. Nicole Hack, à la tête des femmes du PMSD, ne pense pas moins de Xavier-Luc Duval. « Je défendrai bec et ongles mon leader et mon parti. Je connais bien Xavier-Luc Duval, je sais à qu’elle heure il faut lui parler. Par exemple, je ne tirerais rien de lui le matin. Et dans tous les cas, il peut toujours compter sur moi pour le défendre et ce dans le respect des normes. » De son côté, Lysie Ribot, députée mauve élue dans la même circonscription que son leader, Paul Bérenger, confie : « Quand on adhère à un parti, on adhère à la philosophie du leader. Et quand on défend cette philosophie, on défend le leader. Mais on se doit de garder sa clairvoyance. »
Sheila Bappoo : « Pravind Jugnauth, ti fey »
Au Square Guy Rozemont, Sheila Bappoo laissait voir sa fierté pour son leader, le Premier ministre, Navin Ramgoolam, lorsqu’elle évoquait la conférence de presse qu’il avait tenu précédemment. Par contre, Pravind Jugnauth est aux yeux de la présidente de la Womens’ League des rouges, un inconscient. « Comment peut-il démissionner de ses responsabilités alors que la situation économique mondiale est en crise ? », se demande-t-elle. Et cette dernière, qui ne ménage pas non plus les qualificatifs, trouve que Pravind Jugnauth est « enn ti fey ki pansé li enn gran péto ». Ce dernier, dit-elle, a trouvé un nouveau « guru », en la personne de Paul Bérenger. Volant à la rescousse de son leader, la présidente de l’aile féminine du parti soleil rappelle à son adversaire que celle-ci a « oublié que lorsque Pravind Jugnauth était ministre des Finances, la croissance a augmenté et le déficit budgétaire avait régressé ! »
Une fois l’honneur de leur leader défendu, les Amazones rouges et oranges, se sont penchées sur le cas de la ministre Martin. Pendant que cette dernière est restée loin des médias après les propos — à l’effet qu’elle aurait accepté de cross the floor contre Rs 33 M tout en évoquant l’état de santé de sa fille — de Showkatally Soodhun, Sheila Bappoo s’est chargée de défendre celle qui l’a succédée à l’Egalité des Genres. La déclaration de Pravind Jugnauth qualifiant son ex-vice présidente de « députée vente à l’encan » n’a pas non plus échappé à la nouvelle ministre de la Sécurité Sociale. D’abord, Mireille Martin a été maladroite. Il y a deux semaines, elle jurait mordicus loyauté au MSM, parti au sein duquel elle a fait ses premiers pas en politique, il y a un peu plus de dix ans. Malgré les raisons qu’elle a avancées pour expliquer son choix d’abandonner le MSM et d’accepter un portefeuille ministériel, ses propos contradictoires ont fait douter de sa crédibilité. « Si elle s’était tue, on l’aurait qualifiée de transfuge, un point c’est tout ! Comme cela a été le cas pour Jim Seetaram. Lui, au moins, a été plus sage. Il n’a pas juré allégeance au MSM avant de claquer la porte ! », note une des femmes politiques qui ont défendu l’honneur de Mireille Martin, bafouée par les propos de Soodhun. « Ces propos sont rétrogrades », scande Sheila Bappoo. Ils feront, dit-elle, fuir les femmes qui envisageraient une carrière politique. Jugnauth et Soodhun, selon Bappoo, n’insultent pas seulement Mireille Martin, mais toutes les femmes mauriciennes. Chose qu’elle ne tolère pas et rappelle qu’elle n’avait pas hésité à s’en prendre à Soodhun, au Parlement, quand celui-ci avait traité Rajesh Bagwan de « femme ». Avec le terme « vente à l’encan », Pravind Jugnauth, ajoute-t-elle, a fait des allusions communales et renvoie à l’époque de l’esclavage, période durant laquelle les esclaves étaient vendus aux plus offrants ! Le leader du MSM se serait dit Sheila Bappoo basé sur la couleur de peau de Mireille Martin pour tenir « un langage infecte ! » Si Mireille Martin est restée discrète sur les conséquences des propos de Showkatally Soodhun sur sa famille, en revanche, Sheila Bappoo, elle, a donné des indications : « Mireille m’a dit que sa fille est traumatisée.  » Pour Sheila Bappoo, Soodhun a été loin. « Il a violé la convention des Droits de l’Enfant. »
Leela Dookhun : « Et la grosse bêtise du 1er mai ? « 
Au Sun Trust Building, Leela Devi Dookhun réplique : « Déplorab ! Madam Bappoo pé fer politik lor zenfan so prop koleg. Eski linn déman lavi Mireille Martin avan ? » Pourquoi, se demande-t-elle, est-ce que Sheila Bappoo, qui se dresse actuellement comme le défenseur des femmes, n’a pas réagi à chaque fois que Rama Sithanen dénigrait Maya Hanoomanjee « kan li ti korner Sithanen lor politik fiskalité » au Parlement ? Même qu’elle s’était opposée à une pétition dénonçant les attaques dénigrantes de l’ancien ministre des Finances. Aussi, s’interroge Leela Devi Dookhun, « pourquoi est-ce que Sheila Bappoo et son réseau, n’ont rien dit quand leur propre leader a dit une grosse bêtise à une des femmes parlementaires, au meeting du 1er mai (ndlr : 2010) à Quatre-Bornes devant la population mauricienne. Pourquoi est-ce qu’elle ne lui a pas demandé de s’excuser ?  » Leela Devi Dookun, a sans aucun doute entendu « la grosse bêtise » puisqu’elle était présente ce jour-là sur le même podium que Sheila Bappoo, sa partenaire politique de l’époque. Quant aux Rs 33 M, la dirigeante de l’aile féminine du MSM explique que « c’est bien Mireille Martin qui est venue au Sun Trust pour dire qu’elle a eu des propositions. D’ailleurs, elle l’a dit partout ! « 
Il y a une nuance entre surenchère politique et esclavagisme, c’est ce que relève de son côté Françoise Labelle, de la Commission des femmes du MMM. En effet, celle-ci a commenté l’affaire par le biais d’un communiqué, en début de semaine et a choisi de réagir uniquement — et brièvement — sur les allusions faites par Soodhun sur l’état de santé de la fille de la nouvelle ministre et sur le « transfugisme ». « La Commission des femmes du MMM demande à ce que les enfants, ainsi que la famille, soient tenus à l’écart et à l’abri des querelles politiques. D’autre part, la Commission des femmes du MMM tient à déplorer le «transfugisme» de l’honorable Madame Mireille Martin qui jette de l’ombre sur la place et l’honneur de la femme en politique à un moment où l’on se bat pour une plus grande représentativité féminine dans ce domaine », écrit la Commission. Pour elle, Mireille Martin a commis l’impair et aurait agit « pour un avantage personnel, à savoir, occuper un maroquin ministériel ».
Chez les femmes mauves : « Il (Soodhun) doit disparaître de la politique »
Mais comment est-ce que le «transfugisme» de Mireille Martin peut-il « jeter de l’ombre sur la place et l’honneur de la femme en politique » ? Chez les Mauves, c’est à voix basse qu’on répond à cette question : « En fait, on attend cette démarche d’un homme ! Pas d’une femme. Quand elle devient une transfuge, elle donne l’impression qu’il est plus facile de la faire changer de camp pour de l’argent ! » La Commission des femmes du MMM a fait l’impasse sur les Rs 33 M évoquées par Soodhun et le terme de « députée vente à l’encan » par Pravind Jugnauth. Est-ce une omission volontaire ? La perspective d’une alliance mauve/orange serait-elle pour quelque chose ? « Non ! », affirme d’emblée Françoise Labelle. « On sait bien qu’il s’agit de surenchère politique ! », avance-t-elle. Et, selon elle, Sheila Bappoo a compris cela. Mais elle a choisi d’exploiter les propos de Pravind Jugnauth autrement. Et dans l’éventualité d’une alliance MMM/MSM, la présence de Showkatally Soodhun, dont les réflexions sur la femme sont réductrices, ne manquera pas d’irriter certaines mauves. « On espère qu’il ne sera pas de cette alliance-là ! Il mérite de disparaître de l’échiquier politique », confie une activiste.
Mais comme tout est possible en politique, la population ne devrait pas s’étonner que les adversaires qui se cherchent, se titillent et s’attaquent aujourd’hui se retrouvent sur le même podium, demain. Retour en arrière. Précisément en avril 2010, à Port-Louis. La campagne électorale bat son plein. Les candidats de l’Alliance de l’Avenir (PTr/MSM/PMSD) ont donné rendez-vous à leurs partisans pour un grand meeting. Au micro, Showkatally Soodhun prend la parole. Assises en rangées derrière lui, Sheila Bappoo, Leela Devi Dookhun, entre autres… Soodhun s’en prend à Bérenger, son adversaire de l’Alliance du Coeur, et trouve « ki li pé fer fam ». Derrière, les femmes ne bronchent pas. Elles sourient !