De quelques visites récentes dans les locaux du Central Criminal Investigation Department (CCID), aux Casernes centrales, à Port-Louis, ces membres du public qui s’y étaient rendus pour affaires en sont revenus « abasourdis ». « On n’aurait jamais pensé qu’en 2014, des officiers de police, de surcroît des unités sensibles telles le CCID, sont contraints de travailler dans des conditions aussi exécrables ! » Ils pointent du doigt « la vétusté des bâtiments qui, soit dit en passant, font partie du patrimoine du pays et ne doivent donc pas subir d’altérations ! », ajoutant que « c’est jouer avec la sécurité de ces officiers au quotidien… » Pour leur part, des policiers interrogés déclarent être « résignés à accepter notre sort puisque personne, ni dans la hiérarchie ni au gouvernement, ne semble nous accorder de l’attention ! » Ils suggèrent « une délocalisation des unités, telles la SSU et le CCID, dans des locaux plus adaptés à leurs besoins ».
Ils sont très nombreux – des centaines par unités, avance-t-on dans le milieu – ces policiers, de grades divers et comprenant également des Women Police Constable (WPC), qui doivent au quotidien occuper les locaux des bureaux des CCID ou de la Special Supporting Unit (SSU) aux Casernes centrales. Centre stratégique des services de la police nationale, les Casernes centrales se composent essentiellement de bâtiments datant de la colonisation française (1715 à 1810) et qui ont été décrétés patrimoine national. De ce fait, les murs et les constructions concernés ne peuvent en aucun cas subir d’altérations : « On ne peut même pas planter un clou dans ces murs. On se demande donc comment y aménager l’air conditionné, par exemple », apprend-on.
Au quotidien, « des centaines de membres du public, comprenant également des légistes de tous les rangs, parfois même des ministres et des personnalités importantes, doivent se rendre dans les locaux du CCID pour des raisons diverses et multiples », racontent ces policiers affectés à ces différentes unités. « Comment peut-on continuer à accueillir ces gens dans ces bureaux ? » se demandent-ils. Pour leur part, des officiers du CCID et de la SSU se disent « résignés » à accepter leur sort. « Cela fait des dizaines d’années que nous sommes contraints de travailler dans des bureaux très mal aérés et tout aussi mal aménagés, que ce soit en termes de mobilier ou de structures devant abriter et accueillir des services sensibles comme le CCID et la SSU. »
Des membres du public s’étant rendus sur place ces dernières semaines, pour consigner des dépositions ou demander des renseignements, ont tenu à « alerter l’opinion publique de l’état de délabrement dans lequel se trouvent ces bâtiments, où ces hommes et femmes sont obligés de travailler tous les jours des heures durant. » Ils ajoutent : « C’est inadmissible et révoltant, qu’en 2014, on force ces travailleurs à évoluer dans des conditions aussi exécrables ! » En cause : « Des locaux en état de délabrement avancé. On se demande à quand remontent les derniers travaux de rénovation et de restauration, puisqu’il s’agit de patrimoine national ! » Ces personnes déplorent également le parquet, qu’ils qualifient de branlant. « On se demande si le sol ne va pas céder et si on ne va pas tomber. » L’éclairage serait aussi inadéquat : « Dès que le ciel s’assombrit, c’est l’obscurité à l’intérieur. » Le manque d’aménités est aussi décrié. « Pour aller aux toilettes, il faut carrément réaliser un parcours du combattant pour redescendre les escaliers après avoir parcouru on ne sait combien de longueurs de couloirs ! Déjà que ces bureaux ressemblent à un labyrinthe… »
Ces membres du public, choqués, expliquent aussi : « Pour certains hauts gradés cependant, la question ne se pose pas. Certains ont des bureaux bien aménagés, avec climatisation et tout. Ce sont surtout les policiers au bas de l’échelle qui sont directement concernés par ces conditions exécrables. » Quelques policiers laissent aussi entendre que « dans certains bureaux occupés par les officiers du CCID, il faut quasiment jouer aux chaises musicales ». Et d’ajouter : « S’ils sont à 5 dans l’unité et que l’un d’eux doit recevoir une personne pour consigner une déposition ou autre, un des officiers doit en effet céder sa place et donc… sa chaise. Si deux personnes viennent en même temps, alors c’est la catastrophe ! »
Pour ces quelques officiers interrogés, « la solution serait de délocaliser les services essentiels et sensibles », comme le CCID et la SSU. « Il faudrait commencer par les installer dans d’autres bâtiments mieux aménagés et équipés pour les accueillir. » Reste que la plupart des officiers estiment : « Ni la hiérarchie, ni le gouvernement ne semblent nous accorder un semblant d’importance parce que nous faisons notre travail, qu’importent les conditions. Mais on ne peut rester insensible et silencieux face à cet état de choses, qui ne cesse d’empirer ! »