Emmanuel BLACKBURN

Les échanges, qui seraient obscènes , de l’ancien Private Parliamentary Secretary Kalyan Tarolah avaient en amont bénéficié de la lamentable absence de volonté politique de bannir des comportements inqualifiables, avec un pouvoir soucieux avant tout d’éviter la raclée d’une élection partielle au numéro 10, oubliant que l’impunité nourrit les dérives. Mais des sextos et vidéos explicites rattraperont bien vite les autorités policières, avec comme bonus une gifle magistrale du bureau du Directeur des Poursuites publiques (DPP), ce dernier mettant en exergue le soin que prennent les enquêteurs de ne faire aucune recommandation quant à une poursuite éventuelle.

Ce dysfonctionnement ahurissant n’est pas le fait de ces quelques voyous qui déshonorent la force policière et dont la presse fait état régulièrement. Le citoyen est en effet en droit d’imaginer qu’il provient des responsables (?) des investigations, un dysfonctionnement d’autant plus criant quand on l’oppose au zèle caractérisant d’autres enquêtes. Deux exemples pour s’en convaincre: d’abord le procès intenté à trois hauts cadres de la Mauritius Duty Free Paradise, accusés de ‘fraudulent use of property’.

En juillet dernier, la Cour suprême, emboîtant le pas à la Cour intermédiaire, prend à contre-pied dans son jugement le DPP (qui avait fait appel) et réaffirme les propos de la cour inférieure fustigeant une pratique éhontée: « The Magistrates of the Intermediate Court, after making a thorough analysis of the matter concluded, giving ample reasons for such conclusion, that the witness, CI Ghoora was, on account of the glaring contradictions in his evidence, plainly “suppressing the truth from emerging”. Elle enfonce le clou en ajoutant: « The learned Magistrates of the Intermediate Court have expressed serious concern regarding what they have considered as a deliberate attempt by CI Ghoora, the officer in charge of the investigation, to frame the respondents. The Court came to the conclusion that CI Ghoora was clearly attempting to conceal matters which would show that he had made a selective use of the list in the course of the enquiry. »

Cette condamnation sans équivoque, pourtant toute récente, ne semble pas avoir été retenue car, pas plus tard que la semaine dernière, ce sera au tour du juge Prithviraj Fekna de se voir contraint de monter au créneau pour décrier le fait que le bureau du DPP soutienne la police dans son refus de confronter un accusé, en l’occurrence Bernard Maigrot, aux nouvelles preuves qu’elle dit détenir: « Are you trying to tell the court that this is the signal that should be given to the police? Not to inform a citizen of the evidence gathered against him? Is it how the criminal system operates in Mauritius? » Nouvelle claque sonore ! Nouvelle raison de ne pas désespérer de notre République.

Pour le justiciable qu’est tout citoyen, surtout pour celui qui n’a pas les moyens financiers de se payer un avocat pour déjouer les pièges d’une instruction bâclée, ces trois exemples mettent en exergue un paradoxe: d’une part, des enquêtes susceptibles d’être souillées, peut-être par l’obligation de résultat qu’exige la hiérarchie, elle-même, qui serait soumise à la pression et à l’instrumentalisation du pouvoir politique; d’autre part, l’impression d’une police confondant la nécessité d’assurer la pérennité de l’État avec la protection du pouvoir (éphémère !) en place. Paradoxe certes, mais en filigrane apparaît dans cette équation un terrifiant constat: dans les trois scénarios, une police manifestement discréditée et l’objet d’une désastreuse perception de culpabilité. Nul besoin d’être grand clerc pour en mesurer la gravité. Oui donc à une police forte, si nécessaire à la protection de la société, mais qu’elle soit également juste. Les deux ne s’excluent pas. Bien au contraire, ils se complètent. Tandis que leur absence fait le lit de l’anarchie…