Ces 19 et 20 mai, 42 officiers de police et 30 officiers des prisons bénéficient d’une formation évolutive dispensée par la Human Rights’ Commission (HRC), et ce conjointement avec la Preventive Mechanism Division et la Police Complaint Division. Cet atelier s’inscrit dans le cadre des « récents événements ayant trait à des violences diverses et qui ont porté atteinte à l’image des “discplinary forces” dont font partie la police et la prison ». Cet atelier se veut « une suite logique dans notre souci de formation continue visant à améliorer nos prestations auprès de la population et afin de “refresh”, dans le même souffle, les connaissances des officiers de police et des prisons ».
Un « long overdue workshop », estime, en ses propres mots, le DCP Vinod Appadoo, figure très connue de la force policière mauricienne, au sujet de cet atelier de travail de deux jours qui se tient à la Prison Training School de Beau-Bassin depuis ce matin. En effet, soutient cet interlocuteur, représentant la Mauritius Police Force (MPF) à cet atelier de travail : « 99% des policiers sont d’excellents éléments. Chaque station de police travaille 24/24h et se doit d’offrir une prestation à la hauteur des attentes de la population. Et ce que la majorité de personnes ignorent, ce sont les agressions continues et quotidiennes auxquelles doivent faire face ces policiers. » Il explique : « Ces derniers temps, quelques “dérapages” malheureux ont remis en lumière les difficultés qu’ont certains à gérer les violences. Ce qui a, une fois de plus, jeté le discrédit sur les “Disciplinary Forces” que sont la prison et la police. »
Or, poursuit le DCP Appadoo, soutenu par le DCP Jaganathen Rungadoo, de la prison, « qu’il soit policier ou officier de la prison, c’est un humain avant tout, qui a tout autant ses problèmes, comme chaque personne, et son caractère ». Les deux hommes forts de la police et des prisons font ressortir : « Mais dans nos métiers respectifs et qui concernent, tous deux, le respect de l’ordre et de la discipline, nous sommes appelés à faire preuve d’une immense maîtrise de nos pulsions et de nos sentiments. »
Le DCP Rungadoo, également responsable de la prison de haute sécurité de Melrose, va plus loin : « Quand le détenu arrive à la prison, il est rempli de haine et se révolte contre le système. Il voit ses libertés lui être enlevées, son environnement immédiat, avec ses proches et ses habitudes radicalement bouleversées, car il doit dorénavant adhérer à une nouvelle charte de règlements. Ce qui conduit le détenu à se rebeller contre l’autorité, qui prend la forme de l’uniforme de l’officier de la prison, dans notre cas ! Il fait donc acte de violence contre nous, estimant que c’est de notre faute s’il se retrouve dépourvu de ses libertés. » Et c’est là que prend « toute l’importance d’une formation continue dans le domaine de la gestion des violences », estime encore le DCP Rungadoo. « Nous avons certainement, comme nos confrères de la police, des “standing orders”, mais le défi est de mettre en pratique les règles dans un contexte donné. Il ne s’agit certainement pas seulement d’obéir des ordres à la lettre… »
Pour sa part, le DCP Vinod Appadoo rappelle : « Le policier doit en permanence faire un travail de maîtrise de soi. Cela parce qu’il doit être pleinement conscient de son rôle au sein de la société et des attentes qui reposent sur ses épaules. Certes, le policier apprend sur le tas. Mais on ne peut “expect” de 12 000 limiers que chacun développe un “modus operandi” qui devienne uniforme à toute la force policière ! D’où ce type d’exercice comme celui d’aujourd’hui, avec les représentants de la Human Rights Commission, de la Prevention Mechanism Division et de la Police Complaints Division, pour nous aider dans nos tâches. »
À cet effet justement, Dhiraj Seetulsingh, président de la HRC, devait, dans son intervention ce matin, rappeler que « la tâche la plus importante tant pour la force policière que les services de la prison, c’est la protection de la société ». Or, dit-il, « il nous faut aussi tenir en ligne de compte que la punition, par la justice, sous-entend démunir un être de ses libertés, et ce dans un souci de protéger la société des dérives que peut commettre cet être; là demeure un grand débat permanent ». Cependant, a nuancé M. Seetulsingh, « il ne faut pas occulter le fait que la punition doit agir comme une dissuasion pour d’autres qui seraient tentés de commettre les mêmes fautes ». Dans le même souffle, le président de la HRC poursuit : « Quand on punit, il faut aussi savoir ses limites, pour ne pas sombrer dans la violence gratuite. Car il y va du respect de l’homme, qui s’applique tout aussi bien au détenu ! »
Dans son intervention, Dhiraj Seetulsingh a également abordé la question des « trop longues sentences, surtout à Maurice », pour les peines relatives à la drogue et aux meurtres. « Nous ne disposons pas, comme à l’étranger, de “sentencing guidelines”, avec un panel de juges et de magistrats pouvant amener leurs collègues à réfléchir sur les cas en cour. » Ce type de lacunes, couplés à d’autres – tels « donner 4, 5 ou 6 contraventions d’affilée, à des automobilistes, ce dont ils ne peuvent s’en acquitter et ils finissent par augmenter la population carcérale » –, a aussi relevé D. Seetulsingh, « sont des éléments qui poussent les détenus à ces comportements violents envers les officiers ». Le président de la HRC a émis le souhait que « d’une part, avec les nouvelles mesures prises par l’actuel gouvernement de revoir le système de sécurité routière, entre autres, on peut arriver à trouver de nouveaux terrains d’entente pour permettre aux policiers, officiers de prison et autres acteurs de la société de mieux collaborer ». D. Seetulsingh a de fait « félicité les services de la prison pour les grands efforts consentis dans la réinsertion des détenus dans la vie sociale active après leur sortie de prison ».
Parmi les autres intervenants devant se succéder devant les 72 officiers de la police et de la prison, participant à cet atelier, citons Me Hervé Lassémillante, de la Prevention Mechanism Division, et Mme Lam Hung, de la Police Complaints Division, de même que le DCP V. Hanumanthadu de la prison ou encore l’inspecteur de police Dawnauth.