Après avoir démissionné comme leader de l’opposition, Paul Bérenger s’est envolé pour la France où sera traité son cancer de l’amygdale gauche. Confiant, il a promis d’être sur l’estrade le 1er mai. Le vide laissé par son absence provoque la réflexion.
Pour certains, les trois prochains mois seront longs. En attendant son retour et l’annonce des résultats du traitement qu’il commence en France, Paul Bérenger sera dans les coeurs de beaucoup de Mauriciens. Non seulement dans ceux de ses proches et de ses partisans, mais aussi dans les pensées de ses adversaires et de ses détracteurs. C’est aussi cela, l’effet Bérenger, dont l’absence pour cause de maladie sera ressentie par le pays.
Depuis qu’il a annoncé son cancer à la nation à travers la presse, il y a eu beaucoup de témoignages émouvants. Aussitôt connue, cette nouvelle a pris le dessus sur les autres titres d’actualité, soulevant une onde de commentaires à travers le pays.
“N’ayez pas peur, je guérirai et je retournerai.” Affichant le sourire, Paul Bérenger a choisi de miser sur l’optimisme de la médecine face à sa maladie, affirmant que le cancer de la gorge fait partie des 50% de cancers qui peuvent être guéris. Cet optimisme, c’est l’autre message qu’il a transmis à ses partisans, qu’il a rencontrés à Quatre-Bornes, samedi.
Qualités.
Cette fois, il n’y a eu aucun calcul scientifique en amont. Tout s’est fait dans la spontanéité. Aussi bouleversante que puisse être l’épreuve qu’il traverse, Paul Bérenger force l’admiration. Dans un monde politique où le respect de soi et des autres, la dignité et la transparence sont loin d’être pratiqués, l’homme montre des qualités qu’on ne lui prêtait plus ou que la génération d’après les années de braise ne lui a pas forcément connues.
Tout ceci nous rappelle que Bérenger a des principes et une philosophie que l’on doit pouvoir saluer. C’est ce qui avait conduit le moustachu en blouson de cuir noir à la politique en des temps peu cléments pour les adversaires des partis déjà établis. Alors qu’il s’engage en ce moment dans un autre combat, il fait se souvenir que durant ces dernières décennies, l’homme a été de toutes les batailles et constamment dans l’actualité.
Dans l’opposition comme dans le gouvernement, Bérenger a été l’un des grands acteurs du développement. Le politique a participé à des décisions d’importance qui ont contribué à l’avancement du pays. Mais il faut aussi le reconnaître : le politicien-stratège n’a pas toujours eu raison dans ses décisions. Les conséquences de certaines d’entre elles restent lourdes à porter pour le pays.
Solidarité.
Bérenger n’est ni ange ni démon. Mais il a été maître dans l’art des pirouettes acrobatiques, parfois belles, parfois grossières. Dans sa valse, ce faiseur d’alliances (et de mésalliances) et de Premiers ministres a emmené toute la classe politique à danser à son rythme, soulevant dans son sillage intérêt, passion ou dégoût pour la chose politique.
D’un extrême à l’autre, l’homme n’a laissé personne indifférent. Navin Ramgoolam a eu le geste qu’il fallait en appelant aussitôt Paul Bérenger pour prendre de ses nouvelles et pour lui exprimer sa solidarité. Dans le camp du gouvernement, on salue le courage de celui qui a promis de revenir non seulement plus combatif, mais également plus sincère que jamais.
Aujourd’hui qu’apparaissent les limites physiques de cet homme que l’on croyait infatigable, on s’interroge sur ce que sera le pays dans l’ère post-Bérenger, alors qu’une vraie relève ne s’est pas encore manifestée. En attendant, il a passé la main à Alan Ganoo, qui officiera comme leader de l’opposition au cours des trois mois à venir. Mais à l’heure où des discussions cruciales sont nécessaires, certains craignent que l’opposition n’ait pas le ton voulu pour s’imposer et se faire entendre.