Si le Best Loser System se justifiait au moment où l’Ile Maurice est devenue indépendante après une forte tension entre les différentes communautés qui la composent tel n’est plus le cas 43 ans après.
Ce système initialement instauré pour rassurer les groupes minoritaires en les garantissant d’une représentation au parlement a aujourd’hui un effet néfaste sur l’harmonie de notre population par le clivage qu’il impose pour exister.
Quelle indécence que de proclamer haut et fort : « Ene sel pays, ene sel lepep » et exiger en même temps des candidats à la députation qu’ils mentionnent le groupe ethnique ou religieux dont ils font partie.
Le comble est que les 104 candidats qui, refusant d’alimenter le compartimentage ethnique de notre société, se sont simplement déclarés citoyens mauriciens lors des dernières élections générales ont été purement et simplement refoulés par la Commission électorale en vertu de la loi en vigueur.
On peut se demander si notre Assemblée nationale est composée de deux catégories de députés ; d’une part ceux qui représentent l’ensemble de leur circonscription et d’autre part les « losers – correctifs » qui n’auraient pour mission que de défendre les intérêts de leur communauté. Une fois nominés, ces derniers se fondent dans la masse de leurs collègues députés et jouissent du même droit de vote sur les affaires concernant l’ensemble de la population. Cela n’est pas logique ; les « correctifs » ne devraient-ils pas n’être autorisés à s’exprimer que lorsqu’ils considèrent que les intérêts du groupe minoritaire qu’ils représentent sont menacés ? Voilà un exemple de l’aberration de ce système de Best Loser.
N’a-t’on pas vu, récemment, un député entré à l’Assemblée comme « correctif » représentant la communauté générale être nommé ministre afin que le groupe ethnique dont il est réellement issu soit représenté dans le gouvernement ?
Rezistans ek Alternativ ainsi que le Blok 104 se sont, par deux fois, adressés à la Cour Suprême en vue d’obtenir le respect de leur droit de Mauricien sans obligation de mentionner leur origine. Les juges, tout en reconnaissant le bien fondé de la réclamation, ont déclaré qu’il n’appartient pas au judiciaire d’amender les lois du pays mais que cela relève de la prérogative de l’Assemblée nationale.
Deux autres actions ont été portées devant des Cours internationales dont les jugements ne sauraient tarder.
Quelle que soit l’issue de ces procès, seule l’Assemblée nationale peut abroger ce système archaïque qui nourrit le « communalisme » – vraie gangrène de notre société.
On s’étonne qu’aucun des partis politiques représentés à l’Assemblée ne se soit, jusqu’ici, prononcé sur la question alors que celle-ci a fait l’objet de larges débats dans la presse.
Quel politicien, profitant de la révision de la Constitution qui a, dit-on, fait récemment l’objet d’intenses discussions entre leaders des trois principaux partis politiques, aura le courage de proposer à ses collègues d’envoyer à la poubelle le système de Best Loser ?
Mais, ne nous berçons pas d’illusions ; qui aurait intérêt à solder un des éléments de son fonds de commerce ?