Le terme « derrière la porte » est ces jours-ci très étroitement associé aux élections générales. Tout le monde est effectivement suspendu aux lèvres du Premier ministre qui est censé en annoncer la date dès que la ministre des Affaires étrangères et des affaires indiennes d’outremer de la République de l’Inde, Mme Sushma Swaraj, aura quitté le pays, à la mi-journée demain, à l’issu de sa visite de 36 heures dans le pays.
Toutefois, « derrière la porte » il n’y a pas que les élections générales, mais également M. Dashan Subramanien, le promoteur malaisien de la centrale de production d’électricité au charbon de CT Power. Celui-ci piaffe d’impatience et, par l’intermédiaire des sociétés socioculturelles hindoues, continue à exercer son intense lobby pour que le gouvernement lui octroie son permis d’opération malgré la contestation des écologistes locaux…
M. Subramanien, qui n’a eu de cesse de faire le va-et-vient entre son pays et l’Hôtel du gouvernement depuis neuf ans a immédiatement rappliqué dans l’île aussitôt que ses lobbyistes locaux — c’est-à-dire les associations socioculturelles mobilisées au sein du Front commun hindou autour de Somduth Dulthamun — ont rencontré le Premier ministre.  
On se rappellera que la rencontre, tenue il y a deux semaines dans le bureau du Premier ministre, avait duré plus de deux heures et que les dirigeants de ces associations socioculturelles en étaient ressortis avec des sourires jusqu’aux oreilles en affirmant avoir obtenu toutes les garanties qu’ils avaient été cherchés auprès de Navin Ramgoolam.
Parmi les exigences faites au PM, le permis d’opération
Selon nos informations, les discussions n’ont pas porté uniquement que sur les pouvoirs que détiendra Navin Ramgoolam pour contrôler les ardeurs de son Premier ministre, Paul Bérenger, en cas de son accession au poste de président d’une IIe République. Parmi les autres exigences faites au Premier ministre, se trouvait celle que Subramanien obtienne « le plus vite » son permis pour démarrer ses opérations maintenant que, selon les dirigeants des organisations socioculturelles, « CT Power a donné toutes les preuves de la faisabilité financière de son projet ».
Toujours selon nos informations, Navin Ramgoolam a eu assez de peine à convaincre ses interlocuteurs « de n’avoir aucune crainte, mais de patienter jusqu’après les élections ». Notre source indique que « les sociétés socioculturelles ont opposé une fin de non-recevoir totale à une proposition qu’un nouvel appel d’offres soit lancé après les élections auquel CT Power pourra également participer ». Cependant, après un long échange, les interlocuteurs du Premier ministre sont repartis de la rencontre, selon leurs propres dires, « satisfaits ».
Manifestement, ce sont les résidents des quartiers d’Albion, Pointe-aux-Sables et Beau-Bassin — régions qui se trouveront dans la proximité immédiate de la centrale dont ils craignent des effets polluants — qui demanderont des comptes. Ils sont majoritaires contre la centrale et déjà sur le pied de guerre. Et ce sera, particulièrement, à charge pour les députés MMM sortants — candidats Rajesh Bhagwan et Franco Quirin et leur éventuel futur colistier travailliste dans la circonscription de trouver de solides arguments pour les rassurer. Pour le moment, Bhagwan et autres animateurs mauves-rouges disent aux résidents concernés que  « nanye pas pou fer ! ».
Le MMM plus préoccupé par une offre non sollicitée
Il est pertinent de rappeler que le MMM dans l’opposition n’était pas plus préoccupé par quelque menace de pollution environnementale qu’il ne l’a été du fait que CT Power avait fait une offre non sollicitée (unsollicited bid) pour construire la centrale et que le Central Electricity Board s’y était rendu complice. C’est d’ailleurs, Paul Bérenger qui, au plus fort de la contestation du projet CT Power par les organisations écologiques (Plateforme Citoyenne et autres individus engagés) avait émis l’idée d’un nouvel appel d’offres qui, toutefois, ne rejetterait pas complètement le recours au charbon. Bérenger dit craindre que le pays ne s’expose à un trop gros risque de Black-out d’ici 2015 si aucune alternative au charbon n’est entre-temps trouvée.
Le PMSD préfère un sportif à l’écologiste Cornet
Face au puissant lobby de CT Power, il apparaît que les résidents inquiet d’Albion et des régions environnantes ne pourront dorénavant que compter sur leur propre capacité de mobilisation et leurs propres démarches devant les cours de justice pour faire définitivement échec au projet. Effectivement, un engagement politique en leur faveur semble peu probable, car même si les adversaires déjà annoncés du trio de candidats PTr-MMM au no. 20, en l’occurrence Anil Gayan et Guito Lepoigneur, se font chaperonnés dans leur campagne sur le terrain par Alain Aliphon (opposant de longue date à la centrale à charbon), il y a quand même chez l’alliance Lepep MSM-PMSD-ML, un certain Xavier-Luc Duval qui a eu un positionnement ambigu dans le dossier. Le 15 avril dernier, alors qu’il était encore ministre des Finances, XLD avait affirmé à l’Assemblée nationale que « la production d’électricité par la centrale à charbon CT Power permettra au pays de réaliser une économie de l’ordre de Rs 432 millions ». L’ex-ministre devait, dans le même souffle, estimer que le coût par unité d’électricité produite par le CEB à partir de l’huile lourde — à laquelle le CEB aurait dû avoir recours — « est plus élevé que celui de CT Power ». Qui plus est, le jeune écologiste Yannick Cornet, ancien membre très actif de la Plateforme Citoyenne anti- charbon qui a une maîtrise remarquable du dossier CT Power, a été retiré de la liste des candidats du PMSD dans la circonscription no. 1 (GRNO-Port-Louis-Ouest) au profit d’Alain Wong, un proche du clan Duval qui, lui, s’y connaît plus en sports nautiques et tourisme !
L’alliance Lepep a encore, certes, l’avocat Roshi Bhadain, qui représentait légalement la Plateforme Citoyenne devant la justice, mais il a pour le moment d’autres chats à fouetter à Belle-Rose/Quatre-Bornes. Il y briguera les suffrages aux côtés de Xavier Duval et, surtout, Coomaren Chetty, propriétaire de Samedi Plus, l’hebdomadaire qui s’est jusqu’ici distingué comme le plus ardent défenseur du projet de CT Power…