La bronchite du ministre des Finances, Vishnu Lutchmeenaraidoo, et son admission prolongée en clinique, d’où son absence pour la visite du Chief Guest, le président malgache, pour les fêtes nationales du 12 mars, constituent désormais une donne politique majeure, que le MSM ne peut se permettre d’occulter. Le forfait de Vishnu Lutchmeenaraidoo, annoncé en primeur dans l’édition du Mauricien d’hier, confirmé avec son éventuel remplacement au programme par le ministre des Affaires étrangères, Etienne Sinatambou, devra connaître des développements sur le plan politique au cours de la semaine prochaine, à partir de lundi, avec les parties en question se prévalant d’une trêve pour le week-end des fêtes marquant les 48 ans de l’indépendance et les 24 ans de la république. C’est ce qui découle d’une tentative de colmatage politique hier, qui n’aurait pas donné les résultats escomptés.
Dans un premier temps, l’hôtel du gouvernement pare au plus pressé avec un substitut au ministre des Finances pour le programme de la visite d’État du président Rajaonarimampianina, qui est attendu au Sir Seewoosagur Ramgoolam International Airport cet après-midi, à la tête d’une importante délégation officielle. N’empêche qu’hier, le Sun Trust a tenté une première tentative de contacts avec Vishnu Lutchmeenaraidoo, toujours admis à la clinique. Sous le couvert d’une visite de courtoisie au ministre, qui n’a pas participé aux quatre dernières réunions du conseil des ministres, cette importante personnalité politique a voulu tâter le pouls politique de celui-ci.
Les indications, qui ont transpiré à ce matin, sont que « la température politique est toujours très élevée avec des risques de convulsions », pour employer des expressions dans le jargon médical et que les tractations s’annoncent tendues. Tout en évitant de commenter la teneur des échanges, des sources à l’hôtel du gouvernement concèdent que « des problèmes existent ». Difficile à dire si le week-end des fêtes nationales constituera la Cooling Off Period nécessaire pour amener les différentes parties en cause à accorder leurs violons à la veille de la reprise des travaux de l’Assemblée nationale le mardi 29 mars prochain.
Tout semble indiquer que du côté de l’hôtel du gouvernement, le dossier Vishnu Lutchmeenaraidoo sera « put in abeyance » jusqu’à lundi prochain. Aucune des sources officielles n’a voulu s’aventurer à donner de plus amples détails sur la « Face Saving Device » qui pourra être élaborée en début de semaine prochaine. Il n’est pas à écarter qu’un tête-à-tête entre le Premier ministre, sir Anerood Jugnauth, et son colistier au No 7 (Piton/Rivière-du-Rempart) et ministre des Finances soit « on the agenda » à la sortie du ministre de la clinique.
Entre-temps, des échéances se précisant par rapport à des dossiers d’envergure, notamment la publication et la mise à exécution des recommandations salariales du Pay Research Bureau (PRB) en faveur des fonctionnaires et des employés des corps para-étatiques avec le financement décidé par le ministre des Finances, ou encore l’imbroglio de la MauBank, qui pourrait se retrouver en infraction avec la Capital Adequacy imposée par la Banque de Maurice. Dans les deux cas, les interventions du ministre des Finances s’annoncent cruciales d’autant plus que les préparatifs pour le budget de 2017 devront être enclenchés tôt ou tard pour une présentation à la fin de mai au plus tôt.
Le problème de la MauBank, entité présentée par le ministre des Finances comme « a major player » dans le secteur bancaire, se fait de plus en plus pressant avec les développements survenus ces derniers jours au sujet du transfert des Assets de la Bramer Banking Corporation Ltd (In Receivership). En effet, avec l’éventuelle mise en liquidation de cette entité du défunt groupe BAI, la MauBank ne pourra plus compter sur des Receivables vu le trou entre les Rs 12 milliards d’Assets et de Rs 14 milliards de Loans and Advances, comptabilisés lors du transfert de l’ex-Bramer Bank à la National Commercial Bank Ltd en avril de l’année dernière.
Ainsi, la MauBank risque de retrouver en situation d’infraction à la Capital Adequacy, si elle ne l’est pas déjà, imposée par la Banque de Maurice. Pour remédier à la situation, le ministre des Finances doit injecter dans les meilleurs délais des fonds additionnels de Rs 2,7 milliards « to meet the regulatory requirements of the Central Bank ». Cette somme viendra s’ajouter aux fonds déjà injectés dans la MauBank, soit Rs 4,4 milliards selon le leader de l’opposition, Paul Bérenger, ou Rs 2,7 milliards selon l’hôtel du gouvernement.
En tout cas, des dossiers vraiment chauds attendent la baisse de température politique aux Finances…