Assad Bhuglah, ancien directeur de la division de politique commerciale du ministère des Affaires étrangères et du Commerce international, était parmi la vingtaine d’experts de différents pays ayant participé récemment au forum sur la politique commerciale organisé à Nairobi par la Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement.
En tant qu’expert indépendant, Assad Bhuglah a participé aux travaux de cette conférence avec, pour objectifs, un partage d’expériences sur l’élaboration de politiques commerciales, le fonctionnement du système commercial multilatéral, l’intégration régionale et les enjeux du développement durable. Tenu les 18 et 19 juillet en marque de la 14e session ministérielle de la CNUCED, le forum des experts a été présidé par Mina Mashayekhi, chef de la division de la CNUCED s’occupant du commerce et de la diplomatie économique.
Les experts ont axé leurs interventions sur les grands développements au niveau du commerce global, tenant en ligne de compte que les échanges commerciaux internationaux ont un rôle crucial à jouer pour dynamiser le partenariat entre les pays en vue d’assurer un développement durable. Les experts ont reconnu que les facteurs géopolitiques pèsent de plus en plus sur les négociations commerciales multilatérales, d’où la difficulté d’arriver à un consensus sur des questions importantes au sein de l’Organisation mondiale du commerce. « Ces 20  dernières années ont été marquées par une redistribution rapide de la richesse alors qu’aujourd’hui, le monde est confronté à une redistribution rapide des pouvoirs économiques et politiques. Il y a moins d’enthousiasme pour la mondialisation dans les pays industrialisés au fur et à mesure qu’ils réalisent que leur souveraineté sur les politiques commerciales nationales est en train d’être érodée et que cela a un impact majeur sur les politiques commerciales domestiques », déclare Assad Bhuglah. Le vote en faveur du Brexit et l’importance du commerce comme enjeu pour les élections présidentielles américaines cette année sont des illustrations de l’inquiétude grandissante concernant la souveraineté.
Par ailleurs, Assad Bhuglah fait remarquer que le nombre de sujets venant à la table des négociations sur la politique commerciale ne cesse d’augmenter. L’inclusion de nouveaux thèmes de discussions pendant les négociations commerciales ne facilite pas la tâche des parties concernées et forcent nombre de pays à faire des coalitions pour défendre leurs intérêts et pour rechercher des accords hors de l’enceinte de l’OMC. En tant que pays avec une économie orientée sur les services, souligne l’expert, Maurice ne pouvait se permettre d’attendre la conclusion des longues et difficiles négociations du Doha Round qui, par ailleurs, ont pris 15 années de retard. Maurice a ainsi décidé de participer aux discussions en vue d’un accord sur le commerce des services (TiSA) avec une vingtaine de pays, et ce hors de la plateforme de l’OMC.
Assad Bhuglah estime qu’en raison de la multiplicité des questions en discussions, il faut inclure le secteur privé et la société civile comme participants. La coordination et la consultation sont désormais au centre des préoccupations des ministères responsables de l’élaboration des politiques commerciales.