La tension est montée d’un cran entre le vice-Premier ministre et ministre des Finances Xavier-Luc Duval et le gouverneur de la Banque de Maurice Rundheersing Bheenick avec, en toile de fond, les conclusions du Monetary Policy Committee de lundi dernier, maintenant le “key repo rate” à 4,65%. Dans un communiqué en cinq points émis tard hier après-midi, le ministère des Finances règle ses comptes avec la Banque de Maurice par le biais de phrases assassines, notamment au sujet de l’inflation, où il est question que « the Bank of Mauritius has continuously overstated expected inflation, and should review its forecasting procedures ». Force est de constater que ce n’est pas la première fois que Xavier-Luc Duval et Manou Bheenick croisent le fer sur le “repo rate” mais le ton s’est durci lors de ce nouvel épisode.
D’entrée de jeu, le ministère des Finances prend à contre-pied l’Establishment de la Banque centrale en félicitant la majorité du Monetary Policy Committee pour avoir opté en faveur du statu quo pour le “repo rate” lundi dernier. En cinq points, le communiqué du ministère des Finances constitue un sérieux revers à l’analyse du gouverneur de la Banque de Maurice, que ce soit sur les excédents de liquidités dans le circuit monétaire ou encore sur les prévisions concernant l’inflation.
Xavier-Luc Duval remet en cause la thèse selon laquelle un relèvement du “key repo rate” aura pour effet de doper le niveau de l’épargne au sein de l’économie. Il prend à témoin le chef de mission du Fonds monétaire international (FMI) Martin Petri pour affirmer que « it is accepted worldwide that there is no known correlation between higher interest rates and higher savings ».
Passant à l’autre problème affectant le système bancaire dans la conjoncture actuelle, en l’occurrence les excédents de liquidités, le ministère des Finances soutient qu’un relèvement du “repo rate”, comme préconisé par la Banque de Maurice, ne peut que détériorer ce problème. « Higher interest rates would tend to increase liquidity in the system by reducing demand for new loans », ajoute le ministère des Finances, qui maintient que la ligne adoptée par la Banque centrale sur le “repo rate” fait preuve « d’absence de sagesse ».
A ce stade, on notera la première d’une série de phrases assassines du ministère des Finances à l’encontre de la Banque de Maurice. « To put it simply, it would be exactly like someone wanting to increase the recommended price of a kilo of tomatoes, when there is a glut. » La prochaine étape ne tardera pas à venir lorsque le communiqué de Xavier-Luc Duval affirmera qu’il existe d’autres mécanismes pour éponger les excédents de liquidités « without however giving any blank cheque ; front-loading of Government Borrowing requirements », comme requis par la Banque de Maurice.
Toutefois, l’attaque la plus frontale du ministère des Finances contre la Banque de Maurice est intervenue sur le chapitre de l’inflation. Le service de presse du ministère, sur les instructions du Grand Argentier, s’appesantit en effet sur le fait que « inflation was at a record low in 2013 and is expected to remain relatively low for the whole year ». Et au ministère d’administrer une gifle magistrale à la Banque centrale en ajoutant : « The Bank of Mauritius has continuously overstated expected inflation, and should review its forecasting procedures. »
En quatrième lieu, le vice-Premier ministre et ministre des Finances maintient que le chômage, surtout celui des jeunes, est plus préoccupant que l’inflation avant de prendre fait et cause en faveur des ménages endettés, susceptibles d’être affectés potentiellement par une révision à la hausse des taux d’intérêts. « Des milliers de ménages ont contracté des emprunts auprès des banques et autres institutions financières. Seuls les détenteurs de gros dépôts tireront avantage d’une augmentation des taux d’intérêts, et cela pourrait être au prix de voir leurs enfants et petits-enfants au chômage », affirme le ministère des Finances.
Xavier-Luc Duval se présente comme un partisan d’une politique monétaire accommodante. « Especially at a time when there is an urgent need to give a boost to private investment, to achieve higher productivity and growth, and to attract more FDI. High interest rates, at a time when inflationary pressures are subdued, can unnecessarily frustrate the efforts we are making to diversify the economic base and to transform Mauritius into a high income country. »