Un président qui démissionne pour revenir dans l’arène politique en s’alliant avec le précédent adversaire de son parti pour tenter de reprendre le pouvoir de son ancien allié… De quoi en perdre son latin. Nos politiques nous ont malheureusement habitués à ce type d’acrobaties grotesques et ridicules. L’un réagit pour asseoir son pouvoir alors que l’autre veut tout faire pour le déstabiliser, les vraies priorités étant mises à l’écart. Au sein de la population, certains suivent, s’adaptent et rentrent (trop) docilement dans les rangs. D’autres expriment un vrai ras-le-bol et réclament du respect et un vrai changement dans la manière de faire.
Comme nous l’écrivions il y a quelques semaines, une section de la population en a assez des alliances et mésalliances qui vont se casser un jour ou l’autre. Elle souhaite avoir plus de choix, demande qu’il y ait une politique autre que celle d’une simple alternance entre les partis traditionnels.
Pour Christina Meetoo, chargée de cours en média et communication à l’Université de Maurice, “le changement va arriver grâce aux réseaux sociaux”, par lesquels l’éducation et le réveil de la population se feront.
Bluffeur, puanteur.
Pour l’heure, la grogne est partout dans les médias et dans la rue. “Bann politisien bann bluffeurs.” Bye Ali, chauffeur de taxi, exprime ainsi son mécontentement. Mario Jolicoeur n’est pas tendre non plus : “Nous vivons dans une atmosphère de puanteur politique alors qu’il y a des questions et des sujets de fond à traiter, comme la réforme du système électoral.” Stéphanie J., technicienne en informatique, considère que l’heure est au changement. “Bizin met zot tou deor e les bann zenn pran plas.”
D’une façon ou d’une autre, nos trois interlocuteurs contestent la nouvelle alliance qui vient de se mettre en place. Une alliance contractée, selon eux, pour conquérir le pouvoir. “Ils ont tous faim et soif de pouvoir. À tel point qu’ils oublient les critiques et insultes qu’ils se font. S’ils arrivent toujours à se remettre ensemble, c’est d’abord pour leur intérêt”, constate Siddick, chauffeur. Avis que partagent aussi le sociologue Ibrahim Koodoruth et Mario Jolicoeur, qui estiment que c’est la seule préoccupation des politiciens. Le sociologue note même “une absence de projet de société et surtout des points communs au niveau idéologiques entre ces partis”.
Lane ale, lane vini.
Bye Ali s’interroge sur la stabilité de la nouvelle alliance : “Quelle garantie a-t-on que cette nouvelle alliance va aller au bout de son mandat ? Il y a eu tant de problèmes qu’il est difficile de le croire. C’est toujours le peuple qui va en pâtir.” Stéphanie ne cache pas non plus son ras-le-bol de ces alliances “ki kase refer” pour avoir le pourcentage de votes manquants afin de remporter la victoire aux élections. Elle en a marre de retrouver les mêmes noms sur l’échiquier politique : Ramgoolam, Jugnauth, Bérenger. “Lane ale, lane vini, nek mem zafer. Il est temps qu’il y ait du changement et qu’on laisse la place aux jeunes, qui pourront certainement apporter de nouvelles idées.”
Mais la relève n’est pas pour demain, estime l’homme de théâtre Gaston Valayden. “Mo pa pe trouv larelev. Bann zenn pe res trankil. Sa ki ekzasperan dan sa pei-la. Benn zenn pena okenn vizion. Zot pa propoz nangne. Akrwar bann swiver ki, si zot gagn zot bout, pou ferm zot labous ankor pli for. Si bann zenn ti pran destine sa zil-la an min, pa ti pou ena plas pou bann koze ki ena aster-la.”
Petits et gros crétins.
Les déclarations faites antérieurement rendent dubitatifs nos intervenants. “Il n’y a pas si longtemps, Bérenger traitait Pravind Jugnauth de “ti-kretin”. Ki liniversite linn ale pou ki li bon asterla pou kapav mars ar li e fer lalians ?”se demande Bye Ali.
“Qu’est-ce que Paul Bérenger n’a pas dit sur Anerood Jugnauth et Anerood Jugnauth n’a pas dit sur Paul Bérenger ? Qu’est-ce qu’Anerood Jugnauth n’a pas dit sur Seewoosagur Ramgoolam et qu’est-ce que ce dernier n’a pas dit sur Jugnauth ?” renchérit Gaston Valayden.
Ibrahim Koodoruth n’écarte pas pour autant une éventuelle alliance du MMM avec le PTr. “Le MMM essaie avec le MSM une stratégie pour accéder au pouvoir. Mais rien n’empêche que ce même MMM puisse se retrouver avec le PTr, si les élections tardent à se concrétiser.” Ce qui démontre, selon lui, “une quasi-absence de projet de société, et surtout des points communs au niveau idéologique entre ces partis”.
Une opinion que partage aussi Christina Meetoo. “On ne se bat pas sur des idées ou des idéologies. Il n’y a que des piques et des coups bas sous la ceinture. Le pire dans tout cela est qu’en politique, aujourd’hui on est copain, demain ennemi et après-demain de nouveau copain. Et ainsi de suite…”
Détails croustillants.
Elle souligne que c’est un jeu politique qui passionne les Mauriciens. Ces derniers raffolent de “détails croustillants” que débitent les politiciens pour attaquer leurs adversaires. “Les Mauriciens participent énormément à ce cirque en les suivant et en alimentant les rumeurs. La population est à l’affût des détails les plus croustillants et veut savoir ce que X a dit sur Y. À l’image même d’une population qui aime le clinquant, le voyeurisme. Elle ne s’investit pas dans les choses concrètes.” Ibrahim Koodoruth ajoute que le peuple entre dans ce jeu avec enthousiasme. “Si le peuple veut se comporter en dindon de la farce, à qui la faute ? Ce jeu fait partie de notre culture politique.”
La communication des politiciens laisse aussi à désirer, estime Christina Meetoo. “Ils jouent sur les petites phrases et le sentiment des gens en utilisant souvent des arguments ethno-communautaristes et en dénigrant l’adversaire selon sa couleur de peau ou un défaut physique. Dans l’absolu, leur communication est mauvaise. Il n’y a pas d’idées de gauche ou de droite. Ce sont toujours les mêmes arguments qui sont utilisés. On joue aussi sur les subtilités.”
Le nouveau paysage politique se met en place avec les discussions entamées entre les leaders. Les activistes se préparent, eux, pour le 1er mai. Dans la foule, les adversaires d’hier feront la fête ensemble, oubliant l’ambiance très tendue d’il y a un an à peine.
Le pays demeure dans une ambiance de campagne électorale permanente. Il est plus que temps que la population apprenne à réfléchir avec moins de docilité et montre son indignation face à tant de manque de respect…