Le showdown entre la National Energy Commission présidée par Dev Manraj, Senior Adviser au Prime Minister’s Office (PMO), et le Central Electricity Board (CEB) sous la tutelle du Deputy Prime Minister’s Office se confirme. La situation de haute tension était encore plus tangible lors des délibérations de la Commission Manraj de la semaine écoulée. Le CEB a clairement indiqué que le Board n’abdiquera nullement ses pouvoirs et ses prérogatives au sujet des négociations avec les promoteurs de Mauritius CT Power pour la centrale thermique à charbon de 100 MW de Pointe-aux-Caves, Albion. La riposte de la NEC ne se fait pas attendre, avec la Commission dénonçant les Procurement Procedures peu transparentes adoptées par le CEB pour la réalisation de projets. Entre-temps, de nouveaux acteurs, dont le conglomérat français EDF Suez, se signalent pour des investissements majeurs dans le secteur de l’énergie.
Le directeur général du CEB, Shiam Thannoo, a informé le président de la NEC que le conseil d’administration du premier organisme nommé ne partage pas l’avis à l’effet que la Commission Manraj doit être tenue informée de l’évolution des négociations et consultations avec les promoteurs de la centrale à charbon de CT Power. Cette demande avait été formulée et présentée au CEB dès le début des travaux de la commission.
La seule concession accordée par le Board du CEB est que la NEC sera avertie au préalable quant à la signature des accords avec CT Power pour le démarrage de la centrale thermique à charbon. Des membres de la Commission Manraj ont dénoncé de la manière catégorique la politique de fait accompli pratiquée par le CEB dans ses dealings avec la commission instituée sur décision du Conseil des ministres.
Dans la conjoncture, Dev Manraj, président de la NEC, a exprimé le souhait de voir le conseil d’administration du CEB revenir sur sa décision, qui ne va nullement dans le sens d’une coopération. Il a plaidé pour que des « better arrangements NEC/CEB need to be established » pour une meilleure planification de la politique énergétique. À ce jour, le fait brutal demeure que la NEC, qui a vu le jour suite à la controverse au sujet de la centrale thermique à charbon, sera gardée « dans le noir » à ce même sujet par le CEB.
Par ailleurs, la NEC a ouvert un autre front d’hostilités dans le dossier de CT Power. Des demandes de compléments d’informations sur les conditions de l’Enviroment Impact Assessment (EIA) Licence allouée à CT Power n’ont pas été répondues par le ministère de l’Environnement de manière satisfaisante pour la NEC. Cette dernière institution trouve que le ministère de l’Environnement a été « evasive » dans ses commentaires.
Dans une correspondance en date du 25 avril, le directeur suppléant de l’Environnement, Ashwin Kallee, souligne que « condition No 1 of the EIA licence was imposed by the Environment Appeal Tribunal. This ministry is not responsible for the omissions made by The (Mauritius) CT Power. Our understanding is that the proponent should compare the emission standards as provided by the WHO, the US EP or the EEA and the EPA 2002 and comply with the most stringent of the standard for each parameter ».
Même si dans la conclusion de cette correspondance, l’Environnement se veut rassurant en avançant que « we reiterate our full collobaration to enable the NEC to meet its mandate effectively », il semblerait que le courant ne passe pas également à ce niveau. La NEC a pris la décision de revenir à la charge pour insister auprès de l’Environnement en vue d’une collaboration à toute épreuve sur le dossier de CT Power. La NEC n’est pas d’accord avec le fait que le ministère concerné puisse laisser le champ libre aux promoteurs pour mettre à exécution des normes de protection de l’environnement sans aucune contrainte.
Devant les prises de position du CEB sur le projet de CT Power, la Commission Manraj a élaboré une contre-attaque des plus vigoureuses et critiques contre les méthodes du CEB en matière de Procurements. Une proposition soumise par des investisseurs italiens pour un projet de ferme voltaïque de 4 MW a mis le feu aux poudres. La NEC trouve inacceptable la pratique étendue d’Unsollicited Bids avec des promoteurs approchant directement le CEB, qui donne ensuite le feu vert à ces mêmes projets. La centrale thermique de CT Power et le projet photovoltaïque de Sarako à Bambous, suscitant des controverses à l’Assemblée nationale, sont cités dans cette perspective.
La NEC se déclare convaincue du fait que l’heure a sonné pour que le CEB puisse fonctionner dans un cadre défini et transparent, et non pas au gré des Unsollicited Bids. L’intention est de proposer des amendements à la loi pour imposer au CEB la nécessité d’avoir recours à des appels d’offres et des Requests for Proposal sous le contrôle du Central Procurement Board. En vue de remédier à ces graves lacunes et manquements, la NEC compte approfondir des consultations avec le State Law Office et le Public Procurement Office du ministère des Finances pour éliminer ces grey areas et garantir la cohérence et la good governance dans le choix des projets dans le domaine énergétique en imposant l’obligation des « public tenders and open Requests for Proposals » au CEB.
Au chapitre des projets évoqués lors des consultations de la NEC, relevons celui d’un Liquid Natural Gas (LNG) Plant d’une capacité de 100 MW, soit sensiblement la même que celle de CT Power à Pointe-aux-Caves. La LNG Plant, qui nécessitera des investissements de Rs 4 milliards environ (100 millions d’euros), sera installée dans la région de Fort-William et pourra être opérationnelle dès l’année prochaine.
Les promoteurs de ce projet ne sont autres que le conglomérat français EDF Suez, en partenariat avec le groupe IBL. Des investissements additionnels de Rs 4 milliards (100 millions d’euros) seront nécessaires pour la mise en place des infrastructures, dont le terminal portuaire, les facilités de stockage et des facilités de Re-Gasification.
Des représentants d’EDF Suez, qui étaient à Maurice au cours de la semaine pour approfondir des contacts, ont fait une présentation de ce projet, qui comprend également une seconde option, soit celle de convertir des générateurs à diesel du CEB en des LNG Generators. Des membres de la NEC, qui ont participé à des discussions avec la délégation d’EDF Suez, considèrent cette dernière transformation comme une possibilité à retenir. Sinon au cours des trois premières années d’opérations, cette centrale au Liquid Natural Gas devra fonctionner au diesel le temps que l’infrastructure pour acheminer le gaz naturel soit complétée.
Un autre groupe d’intérêts français, Bolloré, s’intéresse au secteur énergétique local. Bolloré s’est déclaré disposé à démarrer un « démonstration project for mass electricity storage » pour les énergies renouvelables et cadrant avec le projet Maurice Île Durable. Cette proposition est sans aucun frais pour les autorités mauriciennes. Le ministère des Utilités publiques compte poursuivre ces contacts avec le groupe Bolloré pour mener à terme ce projet, susceptible de bénéficier du soutien de l’IRENA et d’Abu Dhabi en matière financière. L’objectif est de mener le CEB à s’engager davantage dans la filière de la Renewable Energy.
La NEC est également en présence d’une étude de l’Agence Française de Développement (AFD) sur le potentiel d’Energy Efficiency dans le secteur privé. Des économies de l’ordre de Rs 1 milliard par an sont possibles sans oublier des retombées positives, représentant 40 à 50 MW d’Installed Capacity pour un montant de Rs 2,8 milliards, si le plan d’action proposé est entériné. Une comité conjoint avec des représentants du Joint Economic Council et du ministère des Utilités publiques a été institué à ce sujet et l’auteur du rapport et du plan d’action est attendu à Maurice à partir du 20 mai en vue d’accélérer l’adoption des propositions.
Dans un autre ordre d’idées la NEC démarrera à partir de mardi des auditions et de présentations avec chacune des 60 parties enregistrées bénéficiant d’une vingtaine de minutes pour leurs exposés sur l’énergie.