Navin Ramgoolam aime danser et il a trouvé le parfait partenaire pour le suivre dans ses folles chorégraphies. Ensemble, ils exécutent des pirouettes dans tous les sens, font du anba-anba, du lao-lao et de l’anba-lao dans des valses langoureuses, rythmées de djembé. Entre les mots doux susurrés tendrement à l’oreille et les petites bouderies passagères où l’on fait la moue en jurant plus jamais ça, le spectacle est piètre. Mais ce ne sont pas les opposants qui s’en scandaliseront, puisqu’ici tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. En cette période hivernale où le froid gèle nos neurones autant se caler à l’aise dans le cuir de sa Rolls, tirer une longue bouffée de cigare et apprécier tant bien que mal, le show offert gratuitement depuis de trop longs mois par Navin Ramgoolam et… Paul Bérenger (Hey what did you except ?).
Baptisons la série d’un nom farfelu, genre : Koz koze. Mise en scène et interprétés par notre Premier ministre et notre leader de l’Opposition, certaines scènes phares et dialogues resteront gravés dans la mémoire. Et pour ceux qui auraient perdu le fil conducteur de la série koz koze, ou qui auraient manqué quelques épisodes, un petit rappel des événements pour se mettre dans le bain.
Remake.
L’image est tendre. Celle de deux vieux potes en pourparlers de Remake qui s’échangent des bouts de gâteaux d’anniversaire en se léchant (peut-être) mutuellement les bouts des doigts comme le font habituellement les fiancés. Mais entre le leader de l’Opposition et l’ancien Président revenu dans l’arène, il y a déjà des relents d’infidélité dans l’air. Quelque temps auparavant la promesse avait été solennellement faite : “Nous avons éclairci tout ce qu’il faut éclaircir et le Remake est plus fort que jamais. ”  Mais Bérenger avait déjà vu que l’herbe lui serait peut-être plus verte plus loin que dans les parages de la colline Candos. Le fait que Pravind Jugnauth — ex-petit frère, rebaptisé ti-crétin, etc. — ait refusé de demander un early trial dans le scandale Medpoint était le prétexte tout trouvé pour aller chercher ailleurs, plus précisément du côté de Navin Ramgoolam. Pour faire passer la pilule, les nouveaux amoureux tenteront de faire diversion en mettant en avant les discussions sur la réforme électorale. Mais on le sait déjà, dans les pièces douillettes de la Clarisse House, les deux bonshommes ont laissé libre cours à leur instinct d’intimité et ont parlé d’alliance.
Je marche seul.
“Ou pa kapav pli militan ki mwa ” , lance Bérenger aux Mauves qui soudain osent exprimer leur désaccord avec le leader qui croyait que, cette fois encore, la pilule passerait facilement. Le 16 avril, le voilà qui quitte le siège du MMM sous escorte policière tandis que des manifestants crient leur désaccord devant l’éventualité d’une alliance PTr-MMM. Juste après, Bérenger l’affirme : “Nous sommes prêts à avancer seuls. Il n’est pas question d’alliance ni avec le MSM ni avec le PTr, si ce n’est pour changer le pays. ”  Point final… Ou peut-être pas…
Le jour suivant, une rencontre d’une durée de trois heures entre Bérenger et le PM à la Clarisse House tourne, officiellement, autour de la Seconde République. Le leader de l’Opposition avance : “La Seconde République n’a rien à voir avec une alliance PTr-MMM, mais ils sont indirectement liés. ”
“C’est fini ”  ou pas.
Moins d’une semaine plus tard, le leader des Mauves prend les devants et laisse s’échapper quelques infos : “Mo pou al diskit avek Ramgoolam. Answit mo pou al dans BP pou donn tou detay lor reform ek deziem repiblik. Lor kestion lalians osi. ”  Le fiancé semblait trop pressé alors même que sa dulcinée avait demandé “beaucoup de réflexion ” . Ainsi, le 25 avril, lorsque Ramgoolam annonce que la réforme se fera après les élections, Bérenger a un sursaut d’orgueil : “Le MMM ira seul aux élections. Le BP a décidé que les rencontres avec Ramgoolam, c’est fini. Notre décision est sans appel… ”  et osera même dire “Nous laissons la porte ouverte à une alliance MMM-MSM… ”
Malgré cette déclaration de l’éconduit, Ramgoolam laisse planer le flou. Le 1er mai, lors d’une sortie au MGI, il s’attaque au MSM et épargne le MMM. De son côté, Bérenger s’en prend aussi à son ex, évitant d’égratigner le PM sans pour autant dire si les fiançailles sont still on. C’était lors de l’assemblée des déléguées du MMM. Bérenger déclare aux membres présents “Le BP a voté pour que le remake soit chose du passé. Le MMM ira seul aux élections. ”  Y’a pas plus clair !
Soyons un peu sérieux. Si possible !
Dans la vie, nous le savons que les intermédiaires ont un rôle prépondérant en toutes circonstances. Il y a toujours un ou plusieurs proches qui s’approprient le rôle de d’entremetteur quand les deux nouveaux amoureux ont du mal à gérer leur relation. Vers le 8 mai, il se chuchote qu’il y a une reprise de discussions entre le leader du PTr et celui du MMM. C’est Bérenger lui-même qui le confirme. Aussi après avoir mal digéré la position du gouvernement devant la Cour suprême sur la déclaration de l’appartenance ethnique “c’est un manque de sérieux de Ramgoolam ” , il reviendra à des meilleurs sentiments lorsque le PM crée un comité chargé de rédiger une ébauche sur la réforme électorale.
Au début de juin, Ramgoolam informe son BP que “les conditions sont réunies pour une alliance PTr-MMM. ”  Sous le coup des émotions, un peu à la façon d’une de nos anciennes Miss Mauritius, Bérenger laisse échapper “Je suis très ému. C’est un jour historique pour le pays, un tournant historique pour le pays et pour les deux plus grands partis du pays. Je vais jeter mon poids totalement en faveur de cela. Je n’ai aucun doute que tous ceux concernés ne vont pas rater ce rendez-vous avec l’Histoire. Je n’ai aucun doute que cela débordera sur la Deuxième République et l’alliance MMM/PTr. ”
Le jour le plus con.
Nouvelle rencontre à la Clarisse House le 7 juin pour finaliser le tout. Presque main dans la main Bérenger et Ramgoolam animent conjointement une conférence de presse. Le PM indique que l’alliance est pratiquement finalisée tandis que le leader de l’Opposition avoue son amour pour l’histoire du PTr. Trois heures plus tard, ce même Paul Bérenger déclare : “L’alliance PTr-MMM n’est plus On. ”  Juré, il n’y aura plus jamais ça. Même si on nous prend pour des sankonpran personne n’est dupe dans un pays où Paul Bérenger est des rares à trouver qu’il n’y a aucun scandale à dénoncer.
Cause I’m Haaapppyyyyy.
“We are nearly there ” , affirmait Paul Bérenger durant le week-end passé. There ? Où ça donc ? Vers une “Alliance au sommet ”  presque finalisée entre le PTr et le MMM. Dans les deux camps, après les rencontres de la réconciliation, on avance au sujet de l’alliance “il reste quelques points à finaliser. ”  Ce ne serait donc plus qu’une question de semaine maintenant… Pour faire passer le temps, parons nous d’une belle robe à fleurs et dansons au rythme de Roule ton Polo en buvant un coup parce que notre Premier ministre est “Happy ” .