La transformation de l’Alliance de l’Avenir en Alliance du Passé, avec le départ du MSM de l’hôtel du gouvernement, a eu pour principal effet de remettre le dossier de la réforme électorale in the limelight des débats politiques. Le jugement du Privy Council dans l’appel de Rezistans ek Alternativ contestant le rejet de 104 candidatures aux élections générales du 5 mai 2010, faute de déclaration ethnique des aspirants députés, a constitué un sérieux rappel à l’ordre des autorités que le moment est venu pour enclencher le processus de réforme constitutionnelle en vue d’un toilettage des lois électorales. L’adoption des derniers amendements à l’Equal Opportunities Act et la publication du rapport de la Commission Justice et Vérité, présidée par le Pr Alexander Boraine, ont confirmé la soif de justice et de réparation de la nation mauricienne.
Toutefois, la publication en cette fin d’année du rapport sur la réforme électorale rédigé conjointement par le Pr Guy Carcassonne, le Pr Pere Vilanova et le Pr Vernon Bogdanor est venue raviver un vieux réflexe de division. Le best loser system, introduit dans le système électoral mauricien à la veille des élections pour l’indépendance, fait de la résistance. La simple annonce d’une éventuelle annonce de l’abolition de la formule de députés correctifs à l’Assemblée nationale suscite passions et émotions.
Les premières salves, qui se sont fait entendre contestant toute élimination éventuelle du best loser system, devront reprendre dès la rentrée politique en janvier. Le Premier ministre, Navin Ramgoolam, commanditaire du rapport Carcassonne, s’est gardé jusqu’ici de se prononcer sur le fond des propositions. De manière à peine déguisée, il a donné rendez-vous à la nation dans la soirée du Nouvel An à la télévision nationale où il compte dévoiler ses intentions.
Navin Ramgoolam prendra-t-il pour alliés conjoncturels l’ardeur de la jeunesse affichée dans le combat contre le communalisme par les militants de Rezistans ek Alternativ du Blok 104 pour calmer les craintes de la vieille garde politique s’accrochant encore au système de best loser pour sauvegarder des acquis ?
La maîtrise du dossier de la réforme électorale, dont fait preuve l’ancien Grand Argentier du Parti travailliste Rama Sithanen, aura-t-elle suffisamment d’échos dans l’argumentation développée par le leader de l’opposition Paul Bérenger, pour contrer la charge émotionnelle de l’élimination du best loser system ?
Rama Sithanen, qui garde un inside track au Prime Minister’s Office en matière de conseils sur la réforme électorale, conscient de l’enjeu politique du rapport Carcassonne, a signifié son intention de produire un complément de réflexion pour faire la démonstration que le best loser system et la représentation proportionnelle peuvent difficilement coexister tout en apportant les assurances nécessaires à ceux qui semblent vulnérables à la fin de la formule des députés correctifs. Il a promis son rapport dans un délai maximal de deux mois.