« Si les États-Unis veulent la guerre commerciale, alors nous sommes prêts ». Cette déclaration sans ambages du porte-parole du gouvernement chinois le 2 juin dernier témoigne du niveau auquel sont tombées ces jours-ci les relations entre ces deux puissances du commerce mondial. Mais, ce conflit ne sera certainement pas restreint au secteur commercial uniquement; car l’objectif étant de couper l’herbe sous les pieds d’un concurrent encombrant, voire même de mettre hors d’état de nuire un adversaire qui, autrement, risque d’étendre ses tentacules dans d’autres domaines sur toute la planète. Comme quoi, cette guerre réciproque des tarifs ne constitue que la partie émergée de l’iceberg; Donald Trump ayant même déjà affirmé que tant qu’il sera président, la Chine ne deviendra jamais la première puissance économique mondiale. Par conséquent, il devient de plus évident que ce qui a été annoncé comme un simple exercice de rééquilibrage au niveau du commerce risque de se convertir en une véritable guerre froide avec des répercussions pouvant même dépasser le cadre bilatéral.

Il va sans dire que depuis l’adhésion de la Chine à l’OMC en 2001 et profitant de la compétitivité de ses produits, elle n’a fait que récolter les bénéfices et dividendes du commerce global qui a considérablement favorisé l’ouverture vers l’extérieur des frontières de son vaste marché, ce qui lui a permis de maintenir pendant plusieurs années à deux chiffres son taux de croissance et d’améliorer ainsi la qualité de vie des centaines de millions de ses habitants. Aujourd’hui, les États-Unis sont en train d’exercer de fortes pressions sur ses alliés afin de les dissuader de participer à la route de la Soie, grand projet d’infrastructure reliant l’Asie et l’Europe, qui va approfondir davantage l’implication de la 2e économie mondiale dans la globalisation. De plus, Washington a, depuis peu, ordonné une restriction assez conséquente des investissements directs provenant de la Chine dans les secteurs sensibles aux États-Unis et pris certaines mesures drastiques afin de maintenir la prééminence américaine dans les domaines stratégiques comme l’intelligence artificielle et la 5G. D’où les sanctions imposées à Huawei et la suppression du moteur de recherche Google du géant chinois des télécoms, accusé par Donald Trump d’espionnage et de vol de technologie.

Par ailleurs, la présence croissante des navires de guerre américains dans la partie australe de la mer de Chine où Pékin n’a pas cessé d’affirmer son autorité ces dernières années pour contrer les revendications de Tokyo sur certaines îles de cette région tant disputée constitue une grave provocation alimentant une poudrière qui pourrait exploser à la moindre étincelle. Mais au delà des considérations économiques et géostratégiques de ce conflit, l’aspect politique ne peut toutefois être occulté. En effet, économie et politique étant intimement liées, il va de soi que la réussite de l’un entraîne forcément celle de l’autre. Ainsi, face à un système politique qui craint et, surtout, ne tolère guère l’existence en parallèle d’un autre, le modèle chinois prônant le parti unique dont le leader prend de facto les rênes du pays lors d’un congrès quinquennal, est perçu avec un sentiment de défiance par la Maison-Blanche et doit, par conséquent être dépouillé de son pouvoir de séduction à l’égard des pays en développement afin de tuer dans l’œuf toute velléité d’un retour en arrière comme ce fut le cas pendant la majeure partie du XXe siècle, caractérisé alors par l’existence de deux idéologies politiques antagonistes se regardant en chiens de faïence, ce que redoutent tant les Occidentaux, particulièrement les États-Unis, champion de l’idéologie du capital.

En Europe de même, la situation politique et économique n’est guère reluisante. En attendant sa sortie de l’UE, le Royaume-Uni, pays avec lequel nous entretenons des relations commerciales étroites, tourne au ralenti. Décidément, le feuilleton du Brexit, débuté en juin 2016 par un référendum national, n’est pas prêt de se terminer. La Première ministre, Theresa May, a entre-temps été contrainte de rendre son tablier et son probable successeur, Boris Johnson, risque de durcir davantage la ligne avec le continent. Dans ce conflit de géants donc, la petite île Maurice, qui se prend parfois pour le noyau du monde et qui a déclaré la guerre à deux grandes puissances, risque de se faire avaler d’une bouchée.