Actuellement au Mouvement Militant Mauricien (MMM), il n’y a pas que des démissions en série. S’il est vrai que la cuisante défaite enregistrée par ce « grand parti » malgré — sinon à cause aussi — de son alliance avec le Parti travailliste de Navin Ramgoolam lors des dernières élections aura découragé nombre de militants, las de toujours perdre, il y a néanmoins une tentative de réformer le mouvement de la part d’un groupe de jeunes membres. La démarche subirait toutefois, apprenons-nous, un blocage de la part de la direction du parti après que celle-ci a eu vent de l’existence d’un « plan de réforme » concocté par ledit groupe de jeunes. Cependant, les jeunes réformistes — pas encore devenus carrément frondeurs — ne compteraient pas se soumettre cette fois. Au contraire, ils cherchent à recruter…
Week-End a pu mettre la main sur un document intitulé Réforme du MMM, notre projet. Étalé sur dix-sept pages et illustré d’une photo d’un meeting de campagne et d’un coeur sur fond mauve (symbole du parti), le document frappe d’entrée par l’omniprésence sur l’entête de chaque page d’une caricature d’un Paul Bérenger braillant « qui m’aime me suive ! » Or, c’est justement au suivisme et à « l’hyper personnalisation autour de Bérenger » que ledit plan de réforme semble vouloir s’attaquer à travers une remise en question qui se veut sérieuse de l’orientation du MMM.
Le document fait d’abord un constat de la situation dans laquelle, selon ses rédacteurs, le MMM se trouve présentement. « Le MMM vient de perdre sa 3e élection consécutive. Entre 2010 et 2015, le parti est passé de 40% d’électeurs à environ 15-20% aux dernières élections générales. L’électorat MMM s’est divisé en deux ! Il est en train de perdre tous les jours des militants qui sont attirés par le Mouvement Libérater et un PMSD « rajeuni ». La perception dans la population est que les dernières élections internes du MMM ne vont amener aucun changement au sein du parti car aucun renouvellement n’a eu lieu dans la direction », peut-on lire.
Et, de ce constat, le plan de réforme passe rapidement à la première « conclusion » que « le MMM est sur la bonne voie pour émuler le PMSD de Gaëtan Duval, lequel était passé de 44% des voix aux élections de 1967 à 5% dans les années 1980 ». « Est-ce que c’est ça que nous voulons ? », interrogent les rédacteurs.
Ces derniers contestent l’affirmation de Bérenger lorsque celui-ci « proclame que la seule raison de la défaite du MMM lors des dernières élections est l’impopularité de Navin Ramgoolam. Pour nous, la vraie raison est la déconnection du Bureau politique et du Comité central du parti avec la base des militants. Si le BP et le CC étaient informés du mood des militants, ils n’auraient pas commis un suicide en s’alliant à Navin Ramgoolam. Donc, c’est le fonctionnement du parti qui doit être remis en cause car il ne permet plus cette échange entre le leadership et la base qui faisait la force du parti ».
Qui sont-ils ?
Le document cite six noms dont les adresses e-mail et les numéros de téléphone mobile sont également communiqués. Il laisse donc comprendre que les meneurs sont Michel Ah See, Jack Bismohun, Thierry Veerabadren, Vincent Ravat, Robert Hungley et Jimmy Chourimootoo (ces deux derniers nommés ont déjà été candidats malheureux lors d’élections générales et ont aussi été battus aux dernières élections du CC mauve).
« Nous sommes, disent-ils, un groupe de militants qui avons à coeur l’intérêt du parti et qui n’acceptent pas le fait que le MMM soit en train de se suicider électoralement. Nous ne sommes pas convaincus que les dernières élections au MMM reflètent le véritable sentiment de la base des militants. Cependant, même le leadership actuel semble reconnaître qu’il faut changer la façon de fonctionner du parti. Nous venons donc avec un projet de réforme du MMM que nous allons demander à la direction actuelle d’implémenter ».
D’où l’appel, « si vous êtes vous aussi convaincus de la justesse du projet, rejoignez notre groupe car plus nous serons nombreux, plus le projet a des chances d’aboutir car la direction actuelle ne pourra pas nous ignorer. Le MMM a pris son essor dans les années 1970 parce qu’il était un parti qui puisait sa force dans un mouvement collectif, avec un débat d’idées mené par de nombreuses personnalités. Nous pensons que la crise actuelle du MMM est en bonne partie due à l’hyper personnalisation du parti autour de Bérenger, qui a étouffé toute velléité de débats contradictoires. Le parti est devenu une cible facile puisqu’il suffit de s’en prendre à Bérenger pour affaiblir le MMM. Soit nous arrivons à transformer le parti pour qu’il redevienne ce parti où les idées priment, soit nous finirons comme le PMSD ».
Faisons ressortir qu’une assemblée des délégués du MMM devait se tenir hier après-midi, mais qu’elle a dû être remise à la semaine prochaine en raison du mauvais temps. Gageons que même si les jeunes réformistes n’y auront aucun représentant, leur plan de refondation du parti ne pourrait être encore ignoré ne serait-ce que si un délégué mauve présent ait le courage de mentionner son existence !