Dharam Gokhool et Allan Driver, deux vieux routiers de la scène politique locale, livrent leurs observations et commentent l’après-dimanche 12 octobre, marqué par les deux rassemblements de Quatre-Bornes et de Vacoas. Chacun soutient, dans une large mesure, que « si aucun des deux blocs n’a attiré la masse populaire escomptée, plusieurs raisons peuvent être avancées pour comprendre cet état de choses ». Ce qui peut être compris comme le ras-le-bol des électeurs, estiment ces deux ex-politiciens de premier plan, qui ont préféré raccrocher, « c’est une somme de raisons, dont un certain flou qui subsiste quant au projet d’une IIe République; le manque quasi total de toute réflexion sur un nouveau projet de société, serti d’un manifeste et d’un programme; un bilan que l’on n’arrive pas à défendre; et aussi le fait qu’aucune date n’a encore été avancée pour les élections. Ni ne sait-on encore pour qui on ira voter… »
Dharam Gokhool va droit au but : « L’année dernière, l’avènement du Remake avait su redynamiser le débat politique. Quand SAJ a démissionné comme Président de la République pour prendre, aux côtés de Paul Bérenger, le leadership de cette alliance, cela a certainement donné un boost conséquent. Il convient de relever que, pendant cette période, Paul Bérenger a été un excellent leader de l’opposition, travaillant avec acharnement ses dossiers et ne laissant aucune miette ! Il a été très appliqué et cela a rapporté ses fruits… Tout allait très bien et le Remake est parvenu, non sans quelques difficultés, à s’imposer en alternative solide et crédible. Or, début 2014, la série des “koz-koze” est venue considérablement bouleverser la donne. » L’ancien mauve viré au rouge et ex-ministre de l’Éducation soutient que « même si je suis en retrait de la politique active depuis août 2011, je reste en contact avec la base de la circonscription No 9 (Flacq/Bon-Accueil) », ajoutant : « Je peux avancer, sans ambages, que les activistes rouges et les “militan koltar” sont très remontés contre la tournure des événements ! Ce qui s’est passé ces derniers mois, et qui perdure actuellement, n’améliore en rien les choses pour ces Mauriciens. »
À partir de là, estime Dharam Gokhool, « ce sentiment se répercute un peu partout à travers l’île ». Qui plus est, ajoute-t-il, « l’opacité dont font preuve les deux leaders de l’alliance rouge/mauve dans leurs discours corse davantage les choses ». Pour sa part, l’ancien président du PMSD, Allan Driver, estime : « Il semble bien que la majorité silencieuse voit actuellement ses rangs augmenter. Ce qu’on peut qualifier de désaffection populaire de dimanche dernier résulte un peu de tout cela. Ce désintérêt est provoqué par un certain nombre de raisons. » Il s’explique : « Au sein des deux blocs, les Mauriciens ne voient pas une véritable représentativité. Avec le nombre de scandales de tous genres qui ont défrayé la chronique ces derniers temps — pour ne pas dire carrément sur toute cette année écoulée –, les électeurs recherchent, avec raison d’ailleurs, de la nouveauté. Mais pas seulement ! Ils veulent des gens droits, intègres et de confiance. Or, depuis le début de cette présente campagne, on ne voit que des dinosaures de la politique locale sur les estrades. Où sont les nouvelles têtes ? Qui seront les nouveaux visages qui représenteront le peuple ? Quelles sont les nouvelles compétences qui nous propulseront dans cette IIe République ? »