Tandis que les principales figures de la scène politique arrivent au bout de leur carrière, la question de la relève est posée. Plusieurs jeunes ont rejoint la politique ces derniers temps, mais lorsqu’il s’agit de leadership, c’est une autre paire de manches. Entre ces dynasties qui veulent se maintenir et ceux qui conservent jalousement leurs postes, rien n’est encore joué.
“La relève politique ne se fera pas du jour au lendemain, mais petit à petit et de façon naturelle selon les lois de la nature.” Tel est l’avis du sociologue Ibrahim Koodoruth. Contactés par Scope, Aurore Perraud du Parti Mauricien Social Démocrate (PMSD), Reza Uteem du Mouvement Militant Mauricien (MMM), Stéphanie Anquetil du Parti Travailliste (PTr) et Ravi Yerrigadoo du Mouvement Socialiste Mauricien (MSM) affirment que les jeunes ont leur place sur l’échiquier politique et au sein de leurs partis respectifs.
Le Professeur Sheila Bunwaree de l’Université de Maurice reconnaît qu’il y a des efforts pour faire de la place aux jeunes, mais maintient qu’il n’y a pas de relève politique. Selon l’historien et observateur politique Jocelyn Chan Low, les jeunes ont du mal à émerger face aux anciens. Comme Ibrahim Koodoruth, il se demande si ces jeunes perpétueront les mêmes habitudes que leurs prédécesseurs ou s’ils vont apporter de nouvelles idées.
Contestation.
Jocelyn Chan Low souligne que dans les années 70, les jeunes étaient plus engagés, mais qu’ils se sont endormis dans les années 80 avec le miracle économique. “Ils pensaient que le boom allait continuer, qu’ils allaient surfer dessus et prendre leur place dans le système.” Avec l’austérité qui s’est installée dans certains pays et le problème économique mondial, les données ont bien changé. “Nous voyons que les chiffres du chômage sont inquiétants. Il y a un début de contestation et d’engagement, mais pour quelles idées ?” Une vraie relève sous-entend de nouvelles idées et de nouvelles structures ; le contexte est différent, avec de nouveaux défis à relever.
Une quatrième force politique n’est pas pour demain, à en croire Ibrahim Koodoruth. “Je ne vois pas l’émergence d’une quatrième force. On va prendre les mêmes et recommencer, aussi longtemps qu’on n’aura pas changé le système électoral. On aura toujours les mêmes alliances politiques.” Constat que fait aussi Sheila Bunwaree, qui considère qu’il y a une reproduction de la même élite politique, avec très peu d’efforts de renouvellement. “Nous sommes dans un vacuum”, dit-elle.
Rajeunissement.
Les jeunes loups des différents partis politiques défendent bec et ongle leur chapelle. Ils prétendent que les structures mises en place au sein de leurs partis permettent aux jeunes d’émerger et de se voir confier des postes de responsabilité. Ils estiment que la relève est déjà en marche, comme cela peut être constaté au parlement et dans les différentes instances des partis. Ils sont unanimes à dire que la relève se fera petit à petit car nul n’est éternel, comme le soulignent Stéphanie Anquetil et Reza Uteem. Ces derniers ont occupé des postes de responsabilité au sein de leurs partis. Le dernier nommé est l’actuel numéro trois au MMM et s’est retrouvé sur le front bench au parlement à sa première investiture.
Pour les prochaines élections générales, Aurore Perraud entrevoit qu’il y aura un rajeunissement au sein des différents partis. Avis que partage Stéphanie Anquetil, qui considère qu’il est important pour un parti de renouveler son effectif et de préparer la relève, comme cela devrait se faire dans n’importe quelle entreprise. Tous soulignent que lors des dernières élections régionales, il y a eu une bonne participation de jeunes, ce qui démontre, selon Ravi Yerrigadoo, que les jeunes sont toujours intéressés par la chose politique. Même si, précise Reza Uteem, il y a des jeunes qui sont dégoûtés à cause de l’attitude de certains politiciens qui pratiquent les passe-droits, le communalisme et la politique de petits copains.
“Fils de”.
Mais qu’en est-il des partis sans leur leader charismatique ? Le PMSD n’a plus le même rayonnement sans Gaëtan Duval. Tout comme le MSM, qui a été en perte de vitesse lorsque Sir Anerood Jugnauth officiait à la State House. Depuis que ce dernier occupe le leadership du Remake 2000, le parti semble avoir repris du poil de la bête, mais ce sont surtout ses alliances stratégiques qui ont assuré sa survie.
Les partis traditionnels semblent avoir du mal à exister sans leur leader, souligne Jocelyn Chan Low. Dans le cas du MMM, il considère que Paul Bérenger est un mythe de son vivant et qu’il est difficile de se mettre dans ses souliers. Il en est de même pour le PTr où Navin Ramgoolam demeure le leader incontesté en dépit d’un début de carrière politique en demi-teinte.
Avec une population qui a une sacro-sainte horreur de changement, qui est prudente et peu encline à faire confiance au premier venu, l’alternance politique ne se fera que difficilement, confie Ibrahim Koodoruth. Ce qui fait dire à Jocelyn Chan Low que les alliances de “fils de” vont perdurer, comme cela a été le cas ces trente dernières années.
Nouveau leader.
Ibrahim Koodoruth estime qu’il faut éviter les comparaisons. “On n’aura jamais un leader comme Sir Gaëtan Duval, Sir Anerood Jugnauth, Paul Bérenger, Navin Ramgoolam. Un nouveau va toujours émerger. Il n’aura pas la même carrure mais il va apporter son style. Le parti peut avoir un mauvais rayonnement, tout comme cela peut être meilleur.” Jocelyn Chan Low rappelle un proverbe chinois : “Il est facile de recruter mille soldats mais il est difficile de trouver un général.”
Reza Uteem craint pour l’avenir de Maurice si les jeunes délaissent la politique. Pour lui, on fera face à une calamité si les jeunes ne s’engagent pas. Ravi Yerrigadoo souhaite également la présence de jeunes en politique pour faire changer les choses à travers des réflexions et des débats d’idées, avec comme objectif d’améliorer la société.