Deux années se sont à peine écoulées que le 3e quinquennat de Navin Ramgoolam (NR) est ébranlé par de profondes secousses, le contraignant même à proroger le Parlement et à présenter un nouveau programme gouvernemental pour tenter de reprendre les choses en main. D’une part, le MSM a claqué la porte de l’Alliance de l’Avenir – alliance pourtant vantée lors de la campagne comme un symbole de stabilité, de cohérence, de sincérité et de confiance mutuelle –, laissant derrière lui un gouvernement avec une majorité très fébrile et d’autre part, dans le sillage de cette cassure, comme le naturel qui revient toujours au galop, les relations se sont de nouveau envenimées au plus haut sommet de l’État. De sorte qu’aujourd’hui, l’état-major rouge réclame la démission pure et simple du président de la République car, en tant que garant de la Constitution, son nom est mêlé à la politique partisane – bien malgré lui, selon ses dires – dans le cadre d’un projet de remake de 2000 à l’israélienne.
Le Premier ministre (PM) se souviendra probablement encore longtemps, bien après la fin de sa primature, de sa décision, prise tardivement d’ailleurs en septembre 2008, de recommander à l’Assemblée nationale le renouvellement du mandat de SAJ comme président de la République après avoir essayé par tous les moyens, sauf le dialogue, de le faire partir dans le sillage de sa victoire aux législatives de juillet 2005 ; l’épouse du président étant alors soupçonnée d’avoir participé à la campagne en faveur de son fils qui finit, néanmoins, par mordre la poussière dans la circonscription No. 11. Pourtant, pour avoir enfreint la section 59 (1) de la Constitution en procédant à la nomination de 3 Deputy Prime Ministers en 2005, le président était passible des sanctions pouvant même mener à sa destitution sous la section 30 (1) (a). Aujourd’hui, dérogeant à son devoir de réserve, le locataire du Réduit ne rate pas l’occasion de décocher, de temps à autre, une flèche de Parthe en direction du gouvernement en critiquant ouvertement la situation sociale et économique dans le pays – comme c’était le cas à la Hindu House dimanche dernier – et même une institution indépendante, l’ICAC, alors qu’elle menait une enquête sur des dirigeants du parti soleil dans l’affaire Medpoint, enquête qui avait conduit à leur arrestation et libération sous contrôle judiciaire. La question que l’on se pose : fallait-il impérativement prolonger le mandat de SAJ à la présidence pour pouvoir éventuellement prétendre à une alliance avec le MSM ? Or, Paul Bérenger qui avait pourtant parlé de « ti crétin » a pu, néanmoins, faire revivre, avec aisance, l’accord de Medpoint pour conclure un remake de 2000 !
« Cross the floor »
 Même si Navin Ramgoolam ne fera, sans doute, pas son mea culpa, force est de reconnaître, néanmoins, que certains choix stratégiques qu’il a effectués et des responsabilités confiées à certaines personnes n’ont pas toujours été à la hauteur des espérances et ont même constitué un frein significatif à l’avancement du pays. Alors que Pravind Jugnauth entamait sa traversée du désert après sa défaite électorale, les rouges avaient déployé de gros moyens pour le soutenir lors de la partielle d’avril 2009 au No. 8, lui offrant ainsi sur plateau la possibilité de retrouver son siège à l’Assemblée nationale. Pourtant, il est connu que pour le PTr, le MSM représente, depuis sa création en 1983, l’adversaire politique le plus redouté et ce pour une histoire de chasse sur le même territoire électoral.
 Le leader des rouges doit aujourd’hui se mordre les doigts car les largesses faramineuses – que ce soit en terme du nombre d’investitures, de ministères, et autres responsabilités importantes dans différents départements – avaient été accordées à un parti qui ne dépasse même pas les 5-7% dans l’opinion, 3%, selon le PM. Les 15 députés qui avaient choisi de « cross the floor » ont certainement revigoré le camp de l’opposition et il est évident que c’est de ce côté-là que se situe aujourd’hui la dynamique politique dans le pays. Et la prorogation du Parlement vise effectivement à briser cette dynamique-là en déjouant la stratégie de l’opposition qui a brandi la menace d’une motion de censure contre le gouvernement et promis d’acculer la majorité sur de nombreux dossiers brûlants en attente.
 Ainsi, si le gouvernement se retrouve finalement dans une situation fort inconfortable et embarrassante, et ce à un moment où notre pays est confronté à de multiples enjeux suscités par les incertitudes sur le plan international et des sérieux problèmes socio-économiques, il doit en assumer l’entière responsabilité. Aujourd’hui, sa majorité ne tient plus qu’à un fil et l’opposition remue ciel et terre pour la faire basculer. Elle a son propre agenda, certes. D’ailleurs, au lendemain de chaque défaite électorale, elle s’active déjà à faire chuter le nouveau pouvoir, faisant même fi de la volonté populaire exprimée par l’octroi d’un mandat quinquennal au parti désigné vainqueur par les urnes. Mais il incombe au gouvernement de définir ses priorités et d’être plus rationnel et mesuré dans ses démarches afin de pouvoir mieux répondre aux attentes et préoccupations les plus pressantes de la population. Or, dans cet imbroglio politico-pouvoiriste auquel on assiste ces jours-ci, l’on se demande où se trouve réellement l’intérêt fondamental du citoyen lambda, sévèrement malmené par les problèmes écrasants du pouvoir d’achat, de la précarité, de l’insécurité entre autres. Les priorités sont nombreuses mais le bras de fer institutionnel comme les conflits politiques futiles risquent de provoquer la stagnation et l’aggravation de la situation.