Le comité de politique monétaire de la Banque Maurice a décidé à l’unanimité hier de maintenir le taux directeur (Repo Rate) à 4,9 %. « Cette décision est motivée par le fait que depuis mars dernier la situation économique mondiale s’est détériorée et que la crise qui affecte la zone euro s’est intensifiée », souligne un communiqué de la Banque de Maurice diffusé hier après-midi. Cette mesure a été accueillie favorablement par le VPM et ministre des Finances. « Cela démontre que les faits nous ont donné raison », a dit Xavier-Luc Duval en se référant à la baisse de 50 points de base du taux directeur en mars dernier. Pour sa part, Raj Makoond, directeur du Joint Economic Council, soutient que « la situation économique est grave et doit être suivie de très près ». Il estime qu’il y avait suffisamment d’espace pour une baisse du taux directeur.
Le VPM et ministre des Finances, dans une déclaration au Mauricien ce matin, a observé que l’impression générale est que les Mauriciens sont très endettés. « La crise de l’euro a amené une baisse relative dans les revenus des compagnies mauriciennes. Ce qui donne lieu à une crise de liquidités. Lors de la dernière réunion du MPC, le ministère des Finances avait encouragé une baisse de 50 points de base. Je suis très heureux de voir que le MPC a, à l’unanimité, maintenu le niveau du taux directeur. Ce qui prouve que nous avions raison », affirme Xavier-Luc Duval. « En tout cas les faits nous ont donné raison », a-t-il insisté.
De son côté, le directeur JEC a observé que déjà dans un communiqué émis samedi, la Banque centrale a reconnu qu’il y a une détérioration de la crise dans la zone euro. Elle souligne qu’il y a un « increasing misalignment of the rupee exchange rate with underlying fundamentals » et reconnaît la nécessité de réduire le « exchange rate misalignment relative to equilibrium ». La Banque centrale reconnaît qu’il y a une inadéquation entre les devises sur lesquelles dépendent nos revenus et la dette en roupies « which may lead to debt servicing difficulties with adverse effects on the balance sheet of operators and their creditors », souligne Raj Makoond. Ce dernier accueille favorablement le lancement de la Special foreign currency line of credit en euros ou dollars mais constate l’absence de détails concernant la période de remboursement. Finalement M. Makoond souligne que le taux d’intérêt au niveau des échanges interbancaires est inférieur de 100 points de base au taux directeur. Il souligne la nécessité de prendre les mesures correctives nécessaires. Le directeur du JEC rappelle que les prévisions de taux de croissance ont déjà été revues à la baisse de 4 % à 3,6 %. Tout indique, selon lui, que ce taux de croissance ne sera pas atteint non plus tenant vu que la production sucrière sera inférieure à l’année dernière, la baisse de 14 % enregistrée dans les arrivées touristiques et le rétrécissement des marchés acheteurs qui a entraîné une baisse dans les commandes des produits textiles et de l’habillement. « Tenant tout cela en compte, ainsi que la baisse du taux d’inflation de 6,5 % à 4,5 %, nous pensons que le MPC disposait d’une marge de manoeuvre pour une baisse du taux directeur », a dit M. Makoond. Il observe que la situation en Europe risque d’empirer et souhaite que le MPC puisse se rencontrer à nouveau d’urgence si le besoin se fait sentir.
Le communiqué du MPC, diffusé hier soir, souligne que les prévisions de croissance pour la zone euro et la Grande Bretagne seront revues à la baisse pour 2012 alors que la reprise aux États-Unis et dans les économies émergentes semble perdre de l’élan. L’inflation internationale continue à baisser devant la baisse de la demande et la baisse des prix des commodités. « In Mauritius, the growth momentum is expected to remain positive, but subdued, as the economy grapples with the effects of the euro zone crisis on its main export industries. The output gap is estimated to have remained negative, with the economy operating below trend », souligne la BoM. En supposant que les risques existant dans la zone euro pourront être sous contrôle, la croissance en 2012 pourrait rester inchangée au niveau de 3,8 %. « However, there are clear downside risks to this growth projection. The MPC observed that the risks to the inflation outlook appear skewed to the downside in the near term, largely reflecting the risks arising from depressed global demand conditions. Domestic year-on-year inflation could reach just below 5.0 per cent while headline inflation is projected at 4.5 per cent by December 2012 », souligne le communiqué.
À la lumière des incertitudes au niveau de l’environnement économique mondial et de l’impact potentiel des mesures prises par la banque centrale, le MPC a décidé de maintenir le niveau du taux directeur. Le comité maintient que la plus grande vigilance est de mise dans le suivi des développements économiques et financiers et se dit prêt à se rencontrer entre les réunions officielles si le besoin se fait sentir.