La première réunion du Monetary Policy Committee revu et corrigé de la Banque de Maurice de lundi dernier a débouché sur le maintien du Repo Rate, le taux directeur bancaire, à 4,9%, soit le même que celui en vigueur depuis ces douze derniers mois. Cette décision a été favorablement accueillie par les opérateurs économiques dans la conjoncture. Les délibérations de lundi dernier à la Bank of Mauritius Tower ont constitué une plateforme pour le gouverneur de la Banque de Maurice, Manou Bheenick, pour dire ses satisfactions aussi bien que ses appréhensions en matière de politique et de gestion monétaires.
La Banque de Maurice prévoit que la croissance économique à Maurice devra évoluer dans la fourchette de 3,4% à 3,9% en 2013, même si des « important downside risks, stemming mainly from weak and uncertain economic conditions in main export markets, continue to weigh on the domestic growth outlook ». La récession dans les économies de la zone Euro, la croissance modeste prévue aux États-Unis et la triple-dip recession en Grande-Bretagne sont autant de facteurs affectant la perfomance économique de Maurice.
« Bien que la situation ne s’améliore guère, notre économie continue toutefois à faire preuve de beaucoup de résilience. Pour 2013, nous croyons que nous allons connaître une croissance mieux qu’en 2012. Peut-être même atteindre les 4% si tout va bien, sinon nous risquons d’être légèrement en dessous. Nous prévoyons un taux de croissance de 3,4 à 3,9%, ce qui est tout à fait honorable dans la conjoncture. La situation n’est pas dramatique », déclarait le gouverneur de la Banque de Maurice lors du briefing post-MPC mercredi dernier.
Toutefois, Manou Bheenick n’a pu s’empêcher de reprendre son mantra contre les risques d’une reprise de l’inflation. « Nous croyons que l’inflation risque de jouer les trouble-fête. Les risques sont assez conséquents », rajoute-t-il. Le communiqué émis par la Banque de Maurice après la réunion du Monetary Policy Committee note que « upside risks to inflation outlook persist as a result of elevated global commodity prices, the impact of the recent Pay Research Bureau (PRB) award to the public sector, the recent increase in retail petroleum prices and the expected second-round effects of these increases, as well as the projected rise in administered prices ».
Un autre facteur entrant dans l’équation de l’inflation est la dépréciation de la roupie. « La dépréciation de la roupie a aussi contribué à augmenter l’inflation domestique. Nous croyons que c’est dangereux de jouer avec la roupie. Il faut en assurer la stabilité pour les exportateurs, importateurs, etc. Il faut être prudent et la banque centrale veille que le marché ne soit pas en déséquilibre et que l’on ne déprécie pas la roupie à outrance », souligne-t-il.
Même si le gouverneur de la Banque de Maurice avance que le maintien du Repo Rate à 4,9% devra contribuer « à augmenter la stabilité au niveau économique et social », il s’appesantit sur le fait que « le Key Repo Rate actuel aura toujours un effet négatif sur l’épargne à Maurice ».
Manou Bheenick s’est étendu sur ce point lors de son intervention à la presse en faisant ressortir que « nous croyons qu’aussi longtemps que le Key Repo Rate reste négatif, nous aurons un déficit sur le compte courant avec le déficit de la balance commerciale s’empirant ». Poursuivant son analyse, il fait état de ses graves inquiétudes au sujet du financement de ces déficits.
« Déjà, le financement de ces déficits nous pose problème. Pour la bonne et simple raison que nous ne les finançons plus de l’épargne des Mauriciens mais de celui des étrangers. C’est cela le niveau investissement du FDI aussi bien que le taux d’emprunt. Ces deux éléments ne sont pas soutenables. Nous ne pouvons pas année après année continuer à emprunter des étrangers ou à vendre les avoirs des Mauriciens. Il faut trouver les moyens de contrôler ces déficits », suggère le gouverneur de la banque centrale.
Au chapitre des relations entre la Banque de Maurice et le ministère des Finances, Manou Bheenick a joué la carte de l’apaisement en révélant à la presse que le secrétaire financier, Ali Michael Mansoor, a été invité à faire un exposé devant les membres du Monetary Policy Committee. Il a aussi confirmé que des institutions financières ont été invitées à soumettre leurs observations sur la politique monétaire à cette instance.
« Nous prônons une politique d’ouverture et plus de flexibilité », a dit le gouverneur de la Banque de Maurice, en rappelant que « nous rejetons l’argument à l’effet qu’il n’y a pas eu de coordination, mais cela ne veut pas dire assujettir la Banque de Maurice aux exigences du Trésor Public, bien que dans beaucoup de pays, il y a eu une tentative de mainmise sur la banque centrale, comme au Japon ».
En fin de semaine, la publication des derniers chiffres sur le Foreign Direct Investment (FDI) injecté dans l’économie en 2012 a été accueilli favorablement et par la banque centrale et par le ministère des Finances. Aussitôt, la confirmation d’un montant de Rs 12,7 milliards par la Banque de Maurice, le ministère des Finances a communiqué à la presse une déclaration du vice-Premier ministre et ministre des Finances, Xavier-Luc Duval, à l’effet que « cette performance constitue un signe de confiance dans le pays, surtout dans un contexte de morosité internationale ».
La source majeure de FDI l’année dernière reste le secteur foncier (Real Estate Activities) avec Rs 5,1 milliards, dont Rs 4,2 milliards pour la filière des Integrated Resort Schemes (IRS/RES) et Hospitality Sector. Les services financiers et d’assurances sont un autre pourvoyeur majeur d’investissements directs étrangers avec Rs 4,3 milliards, en nette progression comparativement au Rs 1,6 milliard de 2011. L’apport du secteur de la construction est de Rs 1,8 milliard, doit Rs 200 millions de moins qu’en 2011.
Géographiquement, l’Europe avec Rs 7,1 milliards est en tête avec un montant de Rs 3,7 milliards en provenance de Grande-Bretagne et Rs 2,5 milliards de France. Les économies en développement ont contribué Rs 5,6 milliards de FDI, dont Rs 2,8 milliards d’Afrique du Sud et Rs 2,2 milliards d’Asie du sud-est.