Le comité de politique monétaire (MPC) de la Banque de Maurice (BoM) a maintenu, hier, par vote majoritaire (six voix contre deux) le taux directeur à 4,4 %. Le MPC déclare avoir soigneusement évalué les risques aux perspectives de croissance et de l’inflation et discuté de divers scénarios avant de décider du statu quo concernant le Key Repo Rate.
Animant une conférence de presse dans l’après-midi pour passer en revue les observations faites le matin par les membres du MPC, le gouverneur de la BoM, Ramesh basant Roi, entouré de ses deux adjoints, Yandraduth Googoolye et Vikram Punchoo, a indiqué qu’il y a eu des opinions divergentes sur la direction que doit prendre le taux directeur, mais que les membres sont libres d’exprimer leurs opinions. Une majorité des membres s’est prononcée en faveur du maintien du taux à son niveau actuel alors que d’autres ont plaidé pour une réduction. « Les deux parties avaient des arguments solides quant à la tendance que devrait prendre le KRR », a déclaré Ramesh Basant Roi.
Ce dernier a ensuite fait un survol de la situation économique mondiale. Le MPC a pris note de la mise à jour du World Economic Outlook du Fonds monétaire international en janvier 2016. La croissance mondiale a été revue à la baisse à 3,4 % pour 2016 par rapport à 3,6 % en octobre 2015. Le MPC s’est également penché sur l’évolution récente des marchés financiers mondiaux et a relevé une baisse dans la croissance mondiale. « Le MPC continuera à surveiller la volatilité accrue des marchés découlant des risques géopolitiques, du rééquilibrage de la croissance en Chine et des politiques monétaires divergentes dans les régions », souligne le communiqué émis par la BoM à l’issue de la réunion d’hier.
Ramesh Basant Roi a, pour sa part, fait ressortir que face à une situation économique déprimante, les autorités monétaires de plusieurs pays ont eu recours ou ont annoncé leur intention de passer à des taux directeurs négatifs, l’usage de l’outil monétaire étant devenu nécessaire pour donner un coup de fouet à l’économie. Le gouverneur a cité les cas du Japon, du Danemark, de la Suède, de la Suisse, du Canada, de la Norvège et de la République tchèque.
Pour ce qui est de l’économie mauricienne, les observations faites par les techniciens de la banque centrale indiquent une progression de 3,7 % au troisième trimestre de 2015, taux supérieur à celui enregistré au trimestre précédent et à celui du trimestre correspondant de 2014. « Cependant, l’économie opère toujours en dessous de son potentiel, ce qui reflète principalement la faiblesse de l’investissement », fait ressortir le MPC. Le comité a également longuement discuté de la productivité, de la croissance des salaires, du niveau d’endettement et de l’évolution des créances douteuses dans le secteur bancaire. Selon les prévisions des techniciens de la BoM, l’économie locale pourrait croître de 3,8 % en 2016. Ils estiment également qu’un retour progressif à la croissance potentielle de l’économie est attendu en 2017.
Évoquant d’autres indicateurs économiques, Ramesh Basant Roi s’est particulièrement réjoui de la situation excédentaire au niveau de la balance des paiements. Cela grâce à une réduction du déficit de la balance des comptes courants, qui elle-même découle de certains facteurs favorables : recettes touristiques revues à la hausse, baisse des prix des produits pétroliers et repli de la demande intérieure. « L’inflation, a poursuivi le gouverneur, est sous contrôle ». Le taux est passé de 1,7 % en juin 2015 à 1,2 % en septembre 2015 et demeure à ce jour dans la fourchette de 1,2 %/1,3 %. La BoM estime que le taux pourrait grimper à 2,3 % en 2016 et à 3,3 % en 2017. Le MPC est d’opinion que l’inflation restera assez faible dans un contexte où les prix mondiaux des matières premières sont également faibles et aussi considérant que l’inflation chez nos principaux partenaires commerciaux est contenue.
Le MPC a, par ailleurs, pris note de l’évolution du niveau d’excédents de liquidités dans le système bancaire. Selon Ramesh Basant Roi, la banque centrale a épongé et stérilisé un montant de l’ordre de Rs 45 milliards et ce à un coût astronomique de Rs 1,2 milliard par an. Le gouverneur estime que le marché peut se permettre d’avoir Rs 3 à Rs 4 milliards d’excédents de liquidités. Tout montant supérieur, ajoute-t-il, devra obligatoirement être stérilisé.