La collaboration et la concertation entre le ministère des Finances et la Banque de Maurice, préconisées par le gouvernement, ont amorcé une nouvelle étape avec un rajustement de la stratégie de la gestion de la dette publique. Ainsi, en fi n de semaine, la décision de procéder à un remboursement en anticipation de la dette étrangère pour un montant de Rs 1,5 milliard a été entérinée par le Conseil des ministres. En parallèle, le ministère des Finances devra initier des consultations avec les autres ministères en vue d’une restructuration de leurs Loans Portfolio, privilégiant des incursions dans le secteur bancaire local pour assurer le fi nancement des projets. Pour sa part, la Banque de Maurice lance, à partir de demain, une nouvelle émission d’obligations de trois ans avec des taux d’intérêts de 5,25% annuellement pour un montant de Rs 2 MD avec le double objectif visant à relancer la culture de l’épargne et à éponger les excédents de liquidités dans le circuit monétaire.
Les avertissements conjugués de la Banque de Maurice et des institutions fi nancières, tels le Fonds monétaire international (FMI) ou encore Moody’ s, au sujet de la dette ont débouché sur des changements dans la Debt Management Strategy. La Banque centrale a tiré la sonnette d’alarme quant aux risques potentiels pour Maurice d’un retour à la normale des taux d’intérêts sur le marché international dans le sillage d’une révision de la politique monétaire globale. «Monetary policy remains accommodative in major advanced economies but there are widespread expectations that the normalisation of interest rates in the US and UK will start in the near future. The process entails risks to fi nancial stability, particularly since the low interest rate environment coupled with subdued volatility in fi nancial markets appears to have given rise to excessive risktaking, rising debt levels, and has led to over-pricing of various fi nancial assets. A tightening of monetary policy stance could affect repayment capacity and bring increased volatility as well as signifi cant price adjustments. Decoupling among advanced economies may further exacerbate vulnerabilities through its potential impact on major currencies, which could affect fragile emerging economies», souligne la Banque de Maurice dans le dernier Financial Stability Report, qui rappelle que «financial stability encompasses sustainable levels of public debt and prudent management of debt.» Les derniers chiffres offi ciels indiquent que la Gross External Debt était de Rs 60,7 milliards à la fi n de mars dernier, soit une augmentation de Rs 11 MD en douze mois. Ce montant comprend les emprunts contractés à l’étranger par le gouvernement, les corps para-étatiques, les autorités monétaires et le secteur privé. D’autre part, à cette même période, la dette du secteur public représentait 60,6% du Produit intérieur brut (PIB) alors que l’objectif de la politique déclarée de consolidation fi scale est de ramener cet indicateur à 50% du PIB d’ici 2018.
Gros risques
La dette étrangère du gouvernement a augmenté, passant de 10,7% du PIB à 13,2% d’une année à l’autre avec des projections encore à la hausse pour les années à venir, soit à 15,1% à la fi n de 2015 et de 14,9% pour 2016. Avec 78,5% de la dette étrangère assortie de taux d’intérêts variables et fl ottants, de gros risques de renchérissement du servicing de la dette étrangère pourraient surgir à l’avenir vu que 38% de la dette étrangère est libellée en dollars US et 35,9% en euros. À ce chapitre, le warning de la Banque de Maurice est des plus clairs : «Government external debt might be subject to interest rate and foreign exchange risks, especially as the US and UK are poised to gradually start reversing their accommodative monetary policies while the euro area may need to keep an easier stance.» À ce stade, les prévisions sont que le debt-service ratio de la dette étrangère, qui est de 3,6%, pourrait passer à 4,7% en 2016. Tenant en ligne de comte les analyses et les recommandations de la Banque Centrale, le conseil des ministres de vendredi a pris la décision de procéder à un remboursement prématuré d’une partie de la dette étrangère, soit un montant de Rs 1,5 MD, comportant «a relatively high debt servicing cost.» En complément à cette démarche, le ministère des Finances s’est vu confi er le mandat d’ouvrir des consultations avec les autres ministères pour revoir et restructurer le profi l de leurs portefeuilles de dette étrangère. La fi nalité de cet exercice est de réduire le poids de la dette étrangère publique en privilégiant des emprunts contractés auprès des banques sur le marché local. Cette mesure s’inscrit dans la politique «with a view to reviewing the debt management strategy to give preference to domestic borrowing.» De son côté, la Banque de Maurice émettra, à partir de demain matin, une nouvelle émission de Three-Year Government of Mauritius Savings Notes assorties de taux d’intérêts de 5,25% annuellement. Le montant à être souscrit par des individus uniquement est de Rs 2 MD en coupures minimales de Rs 50 000 sans aucun plafond de placements. Le gouvernement avance que cette émission d’obligations devra donner un coup de pouce à la «national savings culture and offering households, especially those who depend on interest income, a higher rate of interest.» Ce package monétaire est élaboré également dans un contexte de lutte de stérilisation des Excess Liquidity dans le circuit bancaire. À l’exception de la période du 10 juillet dernier, le montant des excédents de liquidité est plus proche de la barre des Rs 10 MD. Depuis le début de cette année, l’average cash ratio par les banques n’est pas descendu sous la barre des 10%, remontant à plus de 11% pour le mois d’août. De janvier 2013 à juin 2014, en vue d’atténuer les effets pervers des excédents de liquidités, la Banque de Maurice a émis des obligations pour un montant de Rs 17,4 MD, a revu le cash reserve ratio de 7 à 9% en deux occasions au cours des 12 derniers mois, a préalimenté (frontloaded) des obligations de cinq ans du gouvernement pour un montant de Rs 5 MD en sus d’une série d’autres émissions de Savings Bonds.