C’est par un vote majoritaire que le comité de politique monétaire (MPC) de la Banque de Maurice (BoM) réuni lundi a décidé de maintenir le taux directeur (Key Repo Rate) à son niveau actuel, soit 4,9 %. Cette décision est bien accueillie dans les milieux des opérateurs économiques, le Joint Economic Council (JEC), faisant toutefois ressortir qu’il faut à tout prix accélérer la croissance économique du pays.
Le MPC, qui vient d’être reconstitué, a opté pour le statu quo concernant le taux d’intérêt directeur après une analyse en profondeur de la situation économique globale, des tendances en matière d’inflation et des perspectives concernant l’économie mauricienne ainsi que des menaces inflationnistes. Le communiqué émis par la BoM à l’issue de la réunion explique que les membres du MPC ont noté que les conditions économiques dans les pays développés qui sont d’intérêt pour nos exportations sont restées déprimantes depuis novembre 2012 lorsque le comité s’était rencontré pour la dernière fois. La zone euro sera toujours en récession en 2013 avec la France, notre principal marché touristique, subissant une dégradation de sa notation. L’économie américaine, également importante pour ce qui est de nos exportations textiles, va enregistrer, selon le MPC, une expansion modeste alors que le Royaume-Uni, premier marché européen pour Maurice, s’est également retrouvé dans une situation de révision à la baisse de sa notation et fait face à une nouvelle période de récession.
« Downside risks from a prolonged recession in the euro area and uncertainty about the US
fiscal situation are still significant », écrit la BoM qui remarque, cependant, que les économies émergentes enregistrent une reprise robuste.
Concernant les pressions inflationnistes globales, les membres du MPC ont constaté qu’elles ont été contenues ces derniers mois mais estiment que le spectre d’une remontée des prix des matières premières, plus particulièrement des prix des produits alimentaires et pétroliers, est toujours présent.
Au plan local, le MPC dit observer une petite relance des activités dans certains secteurs clés. Mais l’économie mauricienne opère toujours, selon le comité, en dessous de ses capacités. La tendance économique pour les prochains mois demeure positive et selon les prévisions des techniciens de la BoM, la croissance économique cette année devrait se situer dans la fourchette de 3,4% à 3,9%. Mais les autorités bancaires s’empressent de souligner : « However, important downside risks, stemming mainly from weak and uncertain economic conditions in main export markets, continue to weigh on the domestic growth outlook », soutiennent les milieux concernés.
Le MPC remarque que le taux d’inflation en progression annuelle (différence entre le niveau de l’indice des prix à la consommation ou CPI pour un mois donné comparé à celui du mois correspondant de l’année précédente) a grimpé à 3.6% en février 2013 alors qu’il était à 2,9% en janvier 2013. Le comité est d’avis que les risques de hausse du taux d’inflation existent compte tenu de la montée des prix des matières premières sur le marché international, l’impact des propositions salariales du Pay Research Bureau pour le secteur public, la récente majoration des prix des produits pétroliers et les effets de second tour de ces récentes augmentations et des prix des produits contrôlés.
« On a no-policy change basis », annonce la BoM, le taux d’inflation en progression annuelle pourrait se situer d’ici à décembre 2013 dans la fourchette de 5,5%- 5,9%. Quant à la headline inflation (moyenne du CPI sur douze mois comparée à celle des douze mois précédents), la BoM anticipe un taux se situant entre 4,7% et 4,9%. Certains membres du MPC ont fait ressortir que la dernière « Inflation Expectations survey » entreprise par la BoM en février 2013, soit avant la révision des prix des carburants, le taux d’inflation estimé par les opérateurs économiques était de 4,5% à fin juin 2013, de 5% à fin décembre 2013 et à 5,2% en février 2014.
« Taking into consideration the continued uncertainty on the global growth outlook, a majority concluded that the Key Repo Rate remained broadly appropriate at the current juncture », indique le communiqué officiel. Les autres membres (ceux qui étaient contre le statu quo) ont souligné que les pressions inflationnistes relevées lors de la réunion de novembre 2012 se sont concrétisées et ont, dans la foulée, fait part de leur inquiétude face à la détérioration de la situation concernant l’inflation. Ils ont soutenu qu’il était nécessaire de revoir le taux d’intérêt afin d’encourager l’épargne et éviter des activités spéculatives dans certains secteurs.
Réagissant à la décision du MPC de garder inchangé le taux directeur, Ahmed Parkar, président du Joint Economic Council (JEC), a trouvé que c’était une « bonne décision qui n’est ni négatif tant pour les opérateurs économiques que pour les épargnants ». Le JEC respecte la décision du MPC car il considère que le moment n’est pas approprié pour procéder à une révision à la hausse du taux directeur, a fait ressortir Ahmed Parkar. Ce dernier a observé que l’écart entre les taux directeurs dans nos principaux marchés et celui en cours au plan local est toujours grand. « Nous comprenons les préoccupations concernant les risques de montée de l’inflation et du niveau de l’épargne nationale mais il faut aussi souligner que les gens sont très endettés à Maurice, et il faut les soutenir », a commenté le président du JEC.
Ahmed Parkar estime, par ailleurs, qu’il faut tout mettre en oeuvre pour accélérer la croissance économique du pays. « La croissance est le plus gros problème auquel nous avons à faire face. Nous attendons des mesures dans cette direction. De plus, il y a la question de taux de change. L’appréciation de la roupie ces derniers temps reste aussi une préoccupation. Je ne suis pas sûr que les opérateurs économiques tournés vers l’extérieur vont faire les investissements qu’il faut dans une telle conjoncture », a ajouté Ahmed Parkar.