Loin des vociférations, le leader du Mouvement pour le Peuple Mauricien (MPM) Nicolas Oudin, le citoyen engagé Nilen Vencadasmy ainsi que la citoyenne Anaïs Veerapatren estiment le moment venu pour des propositions politiques autres. Une émergence qui passe par un renouvellement de la classe politique et la naissance d’une intelligence collective. La monopolisation du pouvoir ainsi que la panne de l’ascenseur social sont clouées au pilori.
Au cours de ses études en Administration des Entreprises et en Sciences Politiques à la Sorbonne, Nicolas Oudin a constaté que les Français manifestent leur désapprobation lorsqu’ils ne sont pas d’accord avec les mesures prises par le gouvernement en place. Dans le même temps, revenaient vers lui des échos d’étudiants mauriciens pour qui rentrer au pays était hors de question. Ils estimaient l’avenir à Maurice tributaire d’un système politique corrompu, soumis à un ascenseur social qui ne fonctionne plus.
Méritocratie.
Panne d’ascenseur social implique, chez nous, ne pas être reconnu pour ses compétences. “Il n’y a pas de méritocratie. À Maurice, il faut connaître Monsieur X ou Monsieur Y pour arriver. C’est la raison pour laquelle ceux qui peuvent s’installer ailleurs, après leurs études, choisissent de ne pas rentrer.”
C’est une des raisons qui ont poussé Nicolas Oudin à fonder le Mouvement pour le Peuple Mauricien (MPM). Instaurer davantage de méritocratie dans les critères de recrutement, notamment pour accéder à des postes dans la fonction publique, sont quelques-unes des idées nouvelles proposées par le MPM.
Mauricianisme et méritocratie sont le credo du parti, dont un des objectifs est de battre en brèche l’appartenance ethnique utilisée comme critère de sélection. Cette formation travaille à définir un programme fondé sur des bases méritocratiques. “En 2015, le MPM arrivera avec un projet, qui sera défini avec des acteurs sociaux. Il proposera trois candidats dans chaque circonscription et ces derniers porteront un projet de société et non un projet électoral.”
Financement.
Avec un noyau dur comptant quelque vingt-cinq membres, la structuration du MPM est actuellement en cours. À ce propos, Nicolas Oudin souligne que le financement demeure problématique. Il estime que l’État aurait dû financer les formations politiques émergentes afin de maintenir une dynamique démocratique. “Ce n’est pas le cas, et c’est justement pour contenir l’émergence de nouveaux partis.”
L’avocat et citoyen engagé Nilen Vencadasmy préconise un cadre légal pour régir le financement des partis lors de campagnes électorales. Il constate un flou en ce qui concerne les dépenses prévues pour chaque candidat à la députation, ce qui laisse la porte ouverte à certaines dérives. Il fait allusion aux retours d’ascenseur escomptés par des sponsors et mécènes du privé, après une victoire du parti bénéficiaire aux législatives. Par ailleurs, l’avocat note que des bailleurs de fonds investissent des deux côtés de l’échiquier politique afin d’assurer leur mise.
Pas d’alternance.
Nilen Vencadasmy embraye sur la monopolisation du pouvoir politique depuis quarante ans par les mêmes partis, “pour ne pas dire par les mêmes familles. Nous avons droit à une monopolisation de la pensée politique”. Il regrette l’absence d’une démarcation tant idéologique que programmatique. On retrouve pratiquement les mêmes idées et quasiment le même programme chez les deux blocs en présence. “Il est risible qu’on nous parle d’alternance ou de renouvellement, alors qu’on prend toujours les mêmes et qu’on recommence.” Dans une alliance ou une autre, ce sont les mêmes qui sont reconduits au pouvoir.
Le moment est venu pour Maurice de favoriser une nouvelle classe politique qui réfléchisse sur les enjeux réels du pays afin de ne pas patauger dans la politicaille tandis que le peuple subit une paupérisation. L’émergence d’une nouvelle pensée implique un renouvellement des acteurs politiques.
Limiter le nombre de mandats des Premiers ministres, ministres, députés et Présidents ne pourrait qu’assainir la démocratie. Qui parmi les leaders des quatre partis qui se partagent le pouvoir en alternance préconisera une telle mesure pour faire de la place aux jeunes et à des idées nouvelles dans l’intérêt de la démocratie ?
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ANAÏS VEERAPATREN : “Faire émerger une intelligence collective”
“Je préviens d’emblée que mon avis est celui d’une profane qui aime tendrement son pays et qui s’inquiète en ce moment. D’abord, nous devons faire un inévitable constat : même si nous suivons le régime d’une démocratie représentative, ce sont toujours les mêmes visages qui occupent la scène politique à Maurice, alors que les citoyens ne se sentent plus vraiment représentés par leurs élus politiques.
Lorsque nous parlons de représentativité, est-ce en terme d’ethnicité ou d’idées politiques ? Les récentes élections ont prouvé que les discours et pratiques axés sur l’ethnicité des citoyens ont raison des idéaux politiques lorsque vient le moment du vote. La jeune idéaliste que je suis encore est d’avis qu’il faut éviter à tout prix les discours ciblant uniquement un certain électorat, privilégier les opinions politiques et se concentrer sur les programmes électoraux. Rassembler les gens autour de la communauté à laquelle ils appartiennent ne peut qu’être inapproprié dans un pays qui se distingue par sa multi-culturalité.
Un mot sur le cumul des mandats politiques, qui équivaut, quelque part, à une confiscation du pouvoir au profit d’une élite qui se ressemble sur beaucoup d’aspects et qui devient, de moins en moins, représentative (en terme d’idéaux) de notre population. Cette disjonction entre le citoyen lambda et son représentant politique ne peut que causer un certain malaise et une frustration qui peut devenir oppressante. Le défi est donc, je pense, de réconcilier le citoyen et son politicien. Pour cela, le pays aurait besoin de dialogues constructifs plutôt que d’alliances contre-natures ou de stratégies médiocres.
Nous avons récemment entendu parler d’une démocratie participative. Serait-ce une solution adaptée à nos problèmes ? Le défi est avant tout de faire de l’individu un citoyen et de parvenir à faire émerger une intelligence collective. Indignez-vous ! Une démocratie participative se prépare généralement par des mouvements d’éducation populaire et un travail de fond en vue d’éduquer chaque citoyen; un défi qui n’est pas gagné d’avance étant donné la nouvelle génération individualiste et apathique.”