Politique, religion et démagogie

Il est établi que le coronavirus, qui a fait des centaines de milliers de morts à travers le monde et contaminé des millions d’individus, se propage par contact direct, d’un être humain à un autre. C’est par des gouttelettes de salive et des contacts d’un être humain à un autre que s’effectue la contamination. C’est pour casser la chaîne de la contamination qu’aux quatre coins du monde on porte des masques de protection, on ne se serre plus la main, qu’on garde une distance d’au moins un mètre cinquante entre deux personnes et que l’on interdit tous types de rassemblements. Ce sont les gestes barrières appliquées dans tous les pays du monde pour lutter contre la prolifération pandémie. Pour protéger l’humanité contre ce virus, dont on ne connaît pas encore toutes les caractéristiques et contre lequel aucun vaccin n’a encore été mis au point, malgré les recherches intensives. Des pays n’ont pas pris au sérieux la menace et sont en train d’en payer le prix lourd en termes de pertes de vies humaines. C’est ainsi que pour ne pas avoir pris les mesures nécessaires à temps, les États-Unis se retrouvent aujourd’hui avec plus de 70 000 victimes, beaucoup plus que le nombre de soldats américains morts pendant la guerre du Vietnam.

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À Maurice, grâce à des mesures fortes — dont la pertinence a été remise en cause au départ —, nous avons, s’il faut en croire les chiffres du ministère de la Santé, réussi à contenir l’épidémie et le nombre de victimes et de contaminés est relativement peu élevé, comparé à d’autres pays. Ce résultat a été obtenu parce les Mauriciens ont joué le jeu et respecté les consignes. Réticents au départ, comme à chaque fois qu’on leur propose quelque chose de nouveau, mais rapidement conscients des risques qu’ils encouraient après, les Mauriciens ont adopté les gestes barrières pour se protéger et protéger les autres. Car il faut souligner que pour lutter contre le virus, la défense doit être collective et pratiquée par tous, indistinctement. Le port du masque, qui était une exception au mois de mars, est devenu la règle, tout comme les queues ordonnées devant les supermarchés, les pharmacies, les boulangeries et les marchands de légumes. Nous avons donc réussi notre confinement et, fort de ce succès, devons tout faire pour éviter la deuxième vague, qui serait provoquée par un abandon des mesures qui nous ont permis de nous protéger pendant la première.

Abandonner certaines de ces mesures, c’est exactement ce que quatre députés de l’opposition demandent au Premier ministre dans une lettre ouverte. S’appuyant sur le succès du confinement et le nombre peu élevé de malades, ils demandent que les mosquées soient ouvertes pour les prières des dix derniers jours du Ramadan. Il s’agit visiblement d’une démarche populiste essayant de jouer sur une sensibilité religieuse qui ne semble exister que dans une région bien déterminée du pays, représentée au Parlement par les quatre honorables signataires. Il y a de par le monde des millions de musulmans qui suivent le Ramadan en respectant les règles du confinement mondial pour se protéger du coronavirus. Le monde arabo-musulman s’est adapté aux règles de confinement pour protéger les fidèles en temps de Ramadan et les prières ont été adaptées en conséquence. À l’heure de la prière, les messages envoyés par le muezzin n’exhortent plus les fidèles à venir prier à la mosquée mais leur demandent de prier chez eux en ce mois sacré pour les musulmans. Les autorités saoudiennes ont interdit l’accès à la Kaaba, l’un des lieux les plus sacrés de la Mecque, suspendu le petit et le grand pèlerinages, qui réunissent des millions des musulmans des quatre coins de la planète, pour faire barrage à la pandémie.

À l’heure où l’humanité tout entière, tous pays et toutes religions confondues, pratique les gestes barrières pour se protéger de la pandémie, quatre députés mauriciens osent demander l’abandon de ces mesures de protection pour un motif religieux. On savait qu’en termes de démagogie les politiciens pouvaient faire n’importe quoi, mais dans ce cas précis, en mélangeant politique et religion, les quatre députés de la circonscription No 3 ont battu tous les records. Espérons que Pravind Jugnauth ne leur accorde pas satisfaction, au nom des « réalités électorales mauriciennes. »

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