Depuis 2003, Maurice fait de la prolifération des sacs plastiques l’un de ses chevaux de bataille environnementale. Au programme, notamment : suppression des sacs de “50 sous” et abandon de la distribution gratuite de toutes autres formes de sacs. Dix ans plus tard, qu’est-ce qui a réellement changé ?
Des dizaines de tonnes de déchets plastiques collectés chaque jour, des centaines de millions de sacs plastique dans nos dépotoirs… À Maurice, les habitudes ont la vie dure, ce malgré les initiatives prises depuis maintenant dix ans sous trois gouvernements successifs. Fin 2002, Maurice interdisait en effet déjà les sacs plastiques de “50 sous”, avant d’abandonner ensuite leur production. Quelques années plus tard, les lois se durcissaient davantage et les autres sacs, dont l’épaisseur était équivalente ou supérieure à 80 microns, ne pouvaient plus être distribués gratuitement dans nos surfaces commerciales, en sus de l’introduction de sacs biodégradables.
Autant d’initiatives qui se seront, dans l’ensemble, avérées sans réel grand effet. Les Mauriciens auront beau avoir réduit un temps leur consommation, ceux-ci semblent revenir à leurs (mauvaises) vieilles habitudes, qu’importe le coût. “Souvan, mo prese. Kan mo fer mo bann komision, mo pa perdi letan, mo pran enn sak lakes.” Marilyn avoue faire ses courses deux à trois fois par semaine dans la même surface commerciale de Port-Louis. Et, à chaque fois, c’est le même rituel.
Idem pour Stéphane. “De temps en temps, je prends mes sacs avec moi. Mais le plus souvent, je les oublie; j’en achète alors au comptoir”, confie ce ressortissant français. IL souligne que, de toute façon, “rien n’est fait pour décourager les clients puisque les caissières leur proposent systématiquement un sac plastique au moment de payer”. Ce qui, dit-il, rapporte de l’argent, “pas au magasin, mais à l’État”.
L’exemple rwandais.
Stéphane a bien raison. Car si la cause verte a certes gagné du terrain en dix ans, la plasturgie reste une industrie en plein essor. Pour preuve, pas moins de 4% de la production pétrolière mondiale continuent de servir à la production de films plastiques. Malgré tout, de plus en plus de pays adoptent des mesures drastiques contre l’emploi du plastique dans les objets jetables. Y compris en Afrique.
Le meilleur exemple africain demeure le Rwanda, où les sacs plastiques ne sont pas seulement prohibés, mais où leur emploi donne également lieu à de sévères amendes depuis cinq ans déjà. “Comme on saisit ailleurs la drogue, ici, on saisit le sac plastique de la même façon”, témoigne le directeur d’une entreprise rwandaise chargée d’inspections et de saisies des sacs en polyéthylène. Les résultats ne se sont pas fait attendre : Kigali, la capitale, a été décrétée “ville la plus propre d’Afrique”.
Ce titre, le pays l’aura non seulement gagné à force de lois, mais aussi, et surtout, au prix d’une campagne répressive envers les contrevenants. Une brigade spéciale inspecte ainsi régulièrement les commerces peu scrupuleux utilisant encore ce type d’emballage. “Certains utilisent frauduleusement des sacs produits en Inde, qui coûtent 20% moins cher que les emballages autorisés”, explique un officier rwandais. À leurs risques et périls pourtant, car ce faisant, ils encourent jusqu’à 600 euros d’amende, assortis d’une peine d’un an de prison.
Responsabilité citoyenne.
Le cas rwandais devrait sans nul doute faire école, tant les dépôts sauvages de plastique se multiplient ailleurs sur le continent, y compris chez nous. La taxe sur les emballages plastiques ne s’avère en effet que de peu d’utilité tant que les lois ne se durciront pas quant à l’importation des produits finis ou des matières premières. Sans compter que les sacs fins n’ont jamais réellement disparu à Maurice, ces derniers étant largement utilisés dans nos marchés et chez nos marchands ambulants.
Reste qu’il revient aussi à la population de se responsabiliser davantage, non pas seulement dans une simple logique économique, mais aussi de prise de conscience environnementale. Il faut en effet savoir qu’abandonné en pleine nature, un sac en polyéthylène ne prend pas moins d’un siècle pour se dégrader. De même, incinéré, celui-ci engendre des fumées toxiques, dangereuses pour la population comme pour la planète.
Une fois encore, nous pouvons changer nos habitudes en adoptant quelques règles de vie très simples. En premier lieu, ressortons nos cabas et autres paniers à provisions. De même, réutilisons plusieurs fois nos sacs plastiques en prenant soin d’en garder toujours un avec soi. Mettons toutefois en garde contre l’emploi des sacs dits “biodégradables”, qui, selon plusieurs études, peuvent paradoxalement s’avérer plus nocifs que les sacs ordinaires (voir encadré). Bref, autant de conseils qui, s’ils sont appliqués, nous permettront peut-être un jour de redorer l’image “carte postale” de notre île, tout en protégeant la planète.