Depuis janvier dernier, des images du déversement d’eaux usées au large de Baie du Tombeau circulent sur YouTube. Le ministère de l’Environnement en a été informé, mais aucune mesure corrective ne semble avoir été prise. Est mise en cause : la station de traitement des eaux usées de la Wastewater Management Authority (WMA) de la localité. Mais cet organisme nie toute responsabilité. Toujours est-il que la pollution est bien réelle, au grand dam des pêcheurs, baigneurs et habitants de la région.
C’est à la suite d’une plongée dans la région que l’océanographe Vassen Kauppaymuthoo a découvert cette pollution. Matières fécales, seringues et préservatifs et autres se retrouveraient parmi les déchets qui sont déversés à la mer par un conduit attribué à la Wastewater Management Authority (WMA). Ce que conteste le responsable de communication de cet organisme. “Nous n’avons reçu aucune plainte ou lettre officielle à ce propos, que ce soit du public ou des ministères de l’Environnement ou de la Santé.” Il considère “impossible” cet état des choses car la WMA oeuvre dans le traitement des eaux usées pour justement éviter la pollution marine. “Les déchets solides passent par un filtrage et ne peuvent être déversés à la mer. L’eau est aussi traitée avant d’être rejetée.” Pour lui, cette pollution ne peut venir de la station de traitement de la WMA.
Filtrage.
Vassen Kauppaymuthoo n’en démord pas. Il accuse nommément la WMA. Il dit avoir informé le ministère de l’Environnement et dénonce un laisser-aller des autorités. Qui, selon lui, veulent étouffer cette affaire afin de préserver l’image touristique du pays. Toute la zone de Baie du Tombeau à Roche Bois, en passant par le parc marin de Balaclava, serait menacée. L’océanographe confie qu’on peut trouver beaucoup de coraux morts dans la région.
Du côté de la WMA, on rétorque que ceux qui font des allégations de cas de pollution seraient en manque de publicité. Selon un préposé de cet organisme, un “traitement préliminaire” est effectué avant que les eaux usées soient rejetées à 1.5 km de la côte, à une profondeur de 35 mètres, dépassant largement le minimum requis, qui est de 300 mètres et 25 mètres respectivement. Tous les déchets passeraient par un filtrage avec des mailles de 6 millimètres. Ce “traitement préliminaire” signifie qu’il n’y a pas de traitement en profondeur : tout ce qui est “mauvais” est retenu par le filtrage et le reste va à la mer. Il ne peut donc y avoir de déchets solides provenant du tuyau d’évacuation de la WMA.
Avis divergents.
Le préposé de l’organisme souligne que là où les déchets sont rejetés en mer, les courants marins vont dans le sens opposé de la côte. Selon lui, le lagon ne peut donc être menacé.
Mais à en croire Vassen Kauppaymuthoo, la limite autorisée pour tout déversement d’effluents en mer, telle que prescrite sous l’Environment Protection (Standards for the Effluent Discharge into the Ocean) Regulations 2003, aurait été dépassée. Des analyses d’eau effectuées à cet endroit indiqueraient que les effluents déchargés ne respectent pas les normes environnementales. L’océanographe maintient que le lagon de Baie du Tombeau et ses environs seraient menacés, ainsi que les ressources marines. La baignade y serait également dangereuse.
À Reef Conservation Mauritius et à la Mauritius Marine Conservation Society, on ne partage pas l’avis de Vassen Kauppaymuthoo, même si l’on reconnaît que l’état de nos coraux laisse à désirer. Céline Miternique de Reef Conservation Mauritius considère leur état “moyen”, alors que Jacqueline Sauzier de la Mauritius Marine Conservation Society estime que nos coraux sont “assez dégradés”. Aucune cependant ne pointe du doigt les effluents rejetés en mer. Nos deux interlocutrices attribuent cette situation à plusieurs facteurs : la température de l’eau due au réchauffement climatique, la luminosité qui ne permettrait pas aux algues de fournir assez d’énergie aux coraux, les pesticides portés par l’eau des rivières en mer, l’érosion. Le rejet de l’eau douce en mer aurait un impact sur la salinité de l’eau, et affecterait l’écosystème marin.
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Sanctions sévères
La mer n’est pas une décharge publique. Des sanctions sévères sont appliquées en cas de pollution marine. En ce qu’il s’agit des effluents, le contrevenant est passible d’une amende n’excédant pas Rs 50,000 et un temps d’emprisonnement ne dépassant pas deux ans pour une première offense. En cas de récidive, l’amende n’excédera pas Rs 100,000 et l’emprisonnement peut aller jusqu’à 8 ans.
La loi fait également provision de tout autre déchet, liquide, solide, chimique ou toxique sur la plage ou dans l’environnement marin. L’amende ici ne dépasse pas Rs 10,000 et l’emprisonnement va jusqu’à un an.